‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 15 sur 70 · D TR 00 ERRONÉE · texte numérisé non relu

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tout gelés, faute de moyen de cuisson, les ptarmigans que nous abattions sur la route. Quant aux chiens, quelques morceaux de vieux cuir formaient leur ordinaire, et ils ne souffrirent pas trop de ce régime. Pendant tant de jours de fatigues je n'ai jamais eu qu’à me louer de mon escorte; je l’ai toujours trouvée empressée à me suivre; mais le jeune et noble M. Bellot était le plus actif et le plus vaillant de notre petite bande.

« Je ne puis trouver d’expressions assez vives pour témoigner mon admiration de sa conduite pendant tout le voyage. Par son instruction supérieure, il a constamment assuré la bonne direction de nos opérations, en même temps que, par l’heureuse disposition de son caractère, il a soutenu nos hommes dans leurs travaux les plus difficiles, en partageant tout avec eux, même la fatigue du halage des traîneaux. »

Les capitaines Bclcher et Ingleñeld Campagne de 1852-1855.

Tel était l’homme qui, toujours le premier à l'heure du dévouement, a péri en août 1853 dans les dangereux parages du canal de Wellington.

Dès l’été de 1852, la lutte de l’art nautique contre les éléments du Nord avait repris de nouvelles proportions. Cinq navires de la marine royale

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anglaise, l’Assistance, la Résolue et l'Etoile-du-Nord, bâtiments à voiles, et deux steamers, /e Pionnicret l'Intrépide, se trouvaient réunis dans le détroit de Barrow sous les ordres des capitaines Belcher et Kellet. Un sixième vaisseau, le steamer l'Isabelle, était allé visiter les recoins septentrionaux de la mer de Baïfin, où les récits d’un Esquimau plaçaient une scène de naufrage, l'incendie de deux navires et le massacre de leurs équipages. Chargé spécialement par lady Franklin de diriger cette mission de confiance, le capitaine Inglefiel explora avec le plus grand soin toutes les plages des Higlands arctiques indiquées comme ayant été le théâtre du drame supposé, mais il n’en trouva de preuves et de vestiges nulle part. Des naturels, interrogés en masse ou isolément, il n’obtint au- Ccun aveu, aucune déposition douteuse; de leurs demeures livrées au plus sévère examen, de leurs sépultures fouillées, il ne s’éleva contre eux aucun témoignage ; nulle part des débris de bois, de métaux, d'objets européens; partout enfin la négation muette, mais absolue, du récit groënlandais propagé en Europe par le vieil amiral Ross.

Ce devoir rempli, le capitaine Inglefeld, pénétrant dans l'entrée de Smith, en avait vu s’élargir devant lui les rivages mal indiqués ou inconnus jusqu'alors. Le 27 août, doublant à portée de pis-

tolel le cap Alexandre, il découvrit une mer sans glace et sans borne du côté du nord. Les pentes des promontoires que rangeait l’Isabelle étaient couvertes d'une mousse abondante, et cette végétation arctique revêtait jusque par delà le 78° 35’, limite extrême atteinte par le capitaine Inglefield, les deux côtés du détroit, qu'il faut désormais reconnaitre comme le plus vaste et le plus direct de tous ceux quifont communiquer le bassin polaire avec la mer de Baffin.

Rejetée de ces hautes latitudes vers le sud par une redoutable tempête, l’Isabelle visita ensuite l'entrée de John, autre grand canal courant à l'ouest et au nord-ouest, entre de hautes falaises volcaniques dont les escarpements abrupts défient le pied de l'homme. Après avoir payé de plus d'un péril l'honneur de faire le premier la géographie de ces côtes de fer, Ingletield regagna l'Angleterre à la fin de 1852.

Au printemps su:vant, il repartait de nouveau pour rejoindre l’escadre du détroit de Barrow avec le brick le Phénix, le transport le Breadalbane et le lieutenant Bellot, dont il s'était empressé d’accepter les services volontaires.

Arrivés au commencement d'août à l’île Beechey, ils n’y trouvèrent que /’Étoile-du-Nord, qui restait à ce mouillage comme stationnaire. Le capitaine Pullen, commandant de ce navire, leur apprit que,

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pendant l'été précédent, la mer, plus libre qu'elle ne s'était montrée depuis bien des années, avait permis au capitaine Belcher de remonter le canal de Wellington jusque sous le 77° de latitude, oùil avait hiverné avec Le Pionnier et l’Intrépide, tandis que le capitaine Kellet, poussant droit à l'ouest, avait enfin pu atteindre l'île de Melville, fermée aux vaisseaux depuis le voyage de Parry; il y attendait ses camarades de l’Investigator et de l’Entreprise, partis en même temps que lui du détroit de de Behring, mais par la voie du nord-est, tandis qu’il en était revenu par celle du cap Horn.

Mort de Bellot.

Le Phénix apportait d'Angleterre des dépêches de l’amirauté pour le capitaine Belcher. Les lui faire parvenir à travers les glaces, les courants et les tempêtes du détroit de Wellington était une tentative aussi nécessaire que dangereuse. Le lieutenant Bellot s’offrit pour remplir cette mission. Le 16 août il se lança avec un traineau et quatre hommes dans la direction du nord.

Le 18 août de grand matin, il atteignit la limite des glaces et lança à l’eau pour s’y embarquer un bateau Halkett (canot en caoutchouc) qu’il avait apporté. Mais le vent était violent et contraire, et

ce ne fut qu'avec les plus grands efforts qua

deux des marins, emportant avec eux le bout d'une ligne, parvinrent à gagner le rivage avec le canot.

Les deux autres, restés sur la glace avec le lieutenant, se mirent à décharger le traineau et à faire passer à leurs camarades, au moyen de la ligne, tous les approvisionnements qu’il portait. Ils venaient de terminer cette tâche et s'efforçaient de ramener à eux le canot, lorsque, tout à coup, la glace, poussée par une rafale du sud-est se mit en mouvement e! les emporta rapidement au milieu du détroit.

L'état de la mer et de l'atmosphère était tel qu’ils ne pouvaient songer à se servir de leur canot, qu’ils étaient parvenus à ramener à eux après de longs efforts. Pour s'abriter du froid et du vent, ils se taillèrent alors, avec leurs couteaux, dans le flanc d’un pli de la glace, une sorte de gîte ; puis ils s’y blottirent tristement. Le lieutenant ne dissimula pas à ses compagnons les périls de leur situation. « Elle me semble désespérée, dit-il, car nous sommes entraînés vers le nord; mais jeconnais les devoirs d’un officier, et j'aime mieux en ce moment étre ici qu’à terre. Ayons confiance en Dieu! »

Il était huit heures du matin quand Bellot se leva pour passer derrière le monticule glacé afin de reconnaitre l’état des choses ; la tempête en ce

LA MER POLAIRE. 67 bout moment rugissait dans toute sa rage. Quelques avec minutes s'écoulèrent, puis d’autres encore, et les

marins, ne le voyant pas revenir, l’appelèrent à —lieu- haute voix. Ne recevant pas de réponse, ils paret à coururent le champ de glace, et n'aperçurent que de la le bâton de voyage du malheureux lieutenant. Il rtait. flottait sur le bord opposé d’une large crevasse effor- où son maître, sans doute précipité par la bourtout à rasque, avait trouvé son tombeau.

d-est Les deux survivants, sans feu, sans aliments, ement car leur traineau avait été entièrement déchargé, passèrent vingt-quatre heures sur l’homicide glalqu’ils çon. Ayant fini pourtant par rencontrer sur leur canot, route un autre champ de glace échoué sur un basrès de fond, ils y sautèrent; puis, à l’aide d’une rame vent, qui leur restait, ils accrochèrent un glaçon assez . dans fort pour les porter, assez petit pour être ma- : puis nœuvré comme un radeau. Ils s’en servirent pour e dis- gagner le rivage.

e leur Les détails précédents ont été puisés dans les il, car dépositions soigneusement recueillies de ces deux econ- hommes, écloppés et invalides depuis cette terrieux en ble nuit. Ainsi périt à vingt-sept ans un homme nee en : qui promettait d'être une des gloires de la marine … française. Partout où il a passé , dans sa courte llalise 4 carrière, il a laissé d’honorables souvenirs et des ab air 1 regrets. Dans une lettre qui a été rendue publique, at de … lady Franklin a dit de lui: « Il n’est plus, ce brave

se

k 68 LA MER POLAIRE.

et généreux jeune homme que j'aimais comme un

fils, à qui je dois tant, qui représentait si noble-

ment l'honneur et la chevalerie de la France, et

que tous nos marins aimaient et respectaient

| comme un frère... Il est mort comme il a vécu,

| en héros eten chrétien! » D'un autre côté, le gé- è ! néra]l Sabine, l’illustre physicien, le savant com- 1 pagnon de voyage des J. Ross et des Parry, a rendu ï À à notre compatriote ceglorieux témoignage: « En | ! vérité, j'ai rarement rencontré son égal, jamais

son supérieur ! » Enfin les Esquimaux eux-mêmes,

| les pauvres pêcheurs de la baie de Pound, en

| apprenant du capitaine Inglefield à son retour la

mort du jeune marin dont ils avaient éprouvé la

bonté et admiré le courage, ont éclaté en pleurs

en s’écriant : « Pauvre Bellot! pauvre Bellot! »

En élevant/ sur une des grandes places de sa métropole, un monument à la mémoire du jeune Français tombé dans les rangs des siens en combattant le grand ennemi de notre siècle — l'inconnu, l'Angleterre s’est honorée elle-même.

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Ainsi que nous l'avons déjà dit, les préparatifs de l’amirauté anglaise pour la croisière de 1852 avaient dépassé tout ce qu’elle avait fait jusque-là en ce genre et dans le même but. A bord des cinq | navires confiés à {a direction de sir Ed. Belcher, tout, équipement, approvisionnements, matériel

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ime un noblence, et ctaient vécu, le gét coma rendu e: « En jamais mêmes, und, en etour la ouvé la

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éparatifs de 1852 usque-là des cinq Belcher, matériel

et personnel, avait été l’objet des soins les plus judicieux, du choix le plus sévère. Leurs équipages, composés uniquement de vétérans des mers arctiques, avaient pour commandants les chefs les mieux trempés des précédentes expéditions. C'était pour les steamers le Pionnier et l'Intrépide, les capitaines nouvellement promus, Osborn et Mac Clintock; pour la Résolue et le North-Star, les capitaines Kellett et Pullen, revenant l’un et l’autre du détroit de Behring. Enfin sur l’Assistance flottait le pavillon de sir Belcher.

Les opérations de chacun deces navires ont donné lieu à de volumineux rapports, parmi lesquels nous sommes heureux de trouver celui de M. de Bray, officier de la marine française, qui, à l'exemple de Bellot, servait comme volontaire à bord de la Résolue.

Rapport de M. de Bray.

« L'expédition arctique sous le commandement de sir Edward Belcher quitta Woolwich le 16 avril 1852, pour se rendre à Stromness (îles Orcades), afin d'attendre les derniers ordres. Le 29 avril, nous quittions cette dernière place, ayant à bord provisions et combustible pour trois ans, etmunis de tous les ustensiles avec lesquels nous allions avoir à lutter contre les glaçons fixes ou flottants.

« Les premières glaces furent aperçues le 20 mai 1852, à envirou 50 milies ord du cap Farewell, sans toutefois arrèter notre course, et le 29 mai nous arrivions au mouillage de Kronsprins (iles Whale-Fish), sur la côte ouest du Groënland.

L’Assistance, la Résolue et Les deux vapeurs complé-tèrent leurs provisions à bord du transport le North-Star, ei le 5 juin nous quittions Kronsprins pour le mouillage meilleur de Licvely, sur l’île Disko, où nous arrivâmes le 6.

« Catte place étant l’un des principaux établissements danois dans la baie de Baflin, nons pümes nous v procurer facilement des chiens esquimaux, des effets d'habillement et des peaux de phoque pour mocassins.

« D’après les renseignements donnés par le gouverneur de Lievely, la saison ayant été reconnue favorable, nous essayàmes de passer par le détroit de Waïgatz, entre l'île Disko et la terre de Groënland; mais les glaces nous arrétèrent, et nous füiñes oblig’: de revenir sur nos pas et de passer dans l’ouest de Disko, faisant route au nord pour l'établissement de Uppernav'ek, où nous arrivàmes le 19 juin, rencontrant une grarde quantité de glaces flottantes et quelques icebergs (ou montagnes de glace).

Dans la soirée du 20 juin, un fort grain de neige nous obligea de quitter précipitamment cette place;

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