LA MA£R POLAIRE
« Pendant ce second hiver, tous les eflorts furent mis en œuvre pour préserver la santé des hommes, qui étaient beaucoup plus nombreux que l'hiver précédent, car nous avions en plus l'équipage de l’Investigalor, et, gràce à la viande fraîche que nos chasseurs avaient ju nous procurer sur l'ile Melville, nous fümes à même d'éviter le scorbut, qui ne se montra que très-légèrement. Un traineau expédié à l'ile Beechey, le 4 mars 1854, pour communiquer avec sir Edw. Belcher, revint à bord le 11 avril, apportant l’ordre d'abandonner la Résolue et l'Intrépide, et de diriger les hommes sur l’île Beechey où se trouvait le North-Star. Les navires furent préparés à cet effet et on les mit en état de prendre la mer, complétement arrimés, la machine du vapeur prête à marcher, de maniére à les trouver en état d'être occupés de nouveau si nous les rencontrions en sortant du détroit de Barrow.
« Le 8 mai, je quittai la Résolue, avecun convoi composé des malades, et j'arrivai à l’île Beechey le 25; trois jours apres, le capitaine Kellett nous y rejoignit avec tous les officiers et équipages des deux navires.
« Le 2 avril 1854, deux train-aux avaient été expédiés : l’un sous le commandement du lieutenant Mecham, se rendit aux iles de la Princesse- Royale, dans le détroit du Prince-de-Galles (pre-
« Le 30 juin, nous rencontrâmes les baleiniers à l'entrée de la baie de Melville, n'attendant qu'un moment favorable pour traverser la baie de Baffin.
« Enfin après un mois de rude travail, ayant eu à lutter contre l’étreinte des glaces et contre tous. les dangers de cette navigation, la Résolue, aecompagnée de {’Intrépide et du North-Star, atteignit le Cap-York le 1° août 1852. Nous espérions rencontrer là l’Assistance et le Pionnier, que nous avions perdus de vue peu de jours avant; mais, ne les y trouvant pas, nous communiquâmes avec les Esquimaux, leur donnant quelques présents, et fimes route sur le cap Warrender, pointe nord €: l'entrée du détroit de Barrow, ayant la mer ouverte devant nous. Le 9 août, nous arrivaämes à l'ile Beechey, où l'Assistance et le Pionnier nous rejoignirent trois jours après. L'ile fut examinée soigneusement pendant notre séjour, mais rien ne fut découvert qui püt ajouter aux notions déjà obtenues par l'expédition précédente. Les trois tombes avec inscriptions et dates prouvent sans aucun doute que sir John Franklin passa un hiver sur cette île; mais tout le reste est un mystère, car rien n’a été trouvé qui puisse indiquer quelles étaient ses intentions quant à la route qu'il avait résolu de suivre, L'ile Beechey ayant été choisie comme le centre de nos futures opérations, Le North-Star reçut l’ordre de se préparer à hiverner,
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tandis que l’Assistance et le Pionnier, sous la direction de sir Edward Belcher, prenaient la route du détroit de Wellington, nous laissant, avec l’Entreprise, poursuivre notre route dans l’ouest sous les ordres du capitaine Kellett.
« Ayant traversé l’entrée du détroit de Wellington, nous longeàmes la côte sud de l'ile Cornwallis, où {a Résolue échoua, mais n’éprouva heureusement aucune avarie sérieuse et perdit seulement une partie de sa fausse quille. Les glaces ne nous permettant pas de poursuivre cette première direction, nous nous dirigeàmes sur l'ile Loudther, où nous fümes détenus pendant douze jours. Enfin, après un fort coup de vent du nord-ouest qui libéra des glaces la côte nord du détroit de Barrow, nous fimes route pour l'ile Melville, et arrivàmes le 7 septembre à l'entrée de Winter-Harbour, où sir Edward Parry hiverna en 1819.
« Un dépôt de provisions fut envoyé àterre pour l'usage des traineaux, qui devaient prendre cette direction dans le printemps suivant, et revenant sur nos pas, nous vinmes prendre position pour notre hivernage à un mille de l'ile Dealy. Les préparatifs pour passer l'hiver commencèrent aussitôt, et le 13 septembre la glace était formée autour du navire.
« Cinq traîineaux furent immédiatement organisés pour transporter des dépôts de vivres dans
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différentes directions, et, chargé de la conduite de l’un d’eux, je partis le 22 septembre pour le cap Providence, et retournai à bord le 8 octobre, précédant de peu de jours le lieutenant Mecham, qui rapportait des nouvelles très-importantes.
« Ayant visité soigneusement Winter-Harbour, il y avait trouvé un document laissé depuis peu par le capitaine Mac Clure, de l’Investigator, annonçant que ce navire avait réussi à se frayer un passage à travers les glaces dans l’ouest, et, longeant la côte nord d'Amérique, était arrivé à la terre de Bank, dans le détroit de Barrow, et avait ainsi trouvé une solution au fameux problème du passage du nord-ouest.
« Le à novembre, le soleil disparut au dessous de l'horizon pour ne revenir que le 5 février
« Afin de passer aussi agréablement que possible les interminables lenteurs de l'hiver, tout fut mis en œuvre pour occuper les hommes. A cet effet, un théâtre et une école furent établis, ainsi que des heures régulières de promenade, soit sur la glace marine lorsque le temps le permettait, soit sur le pont dans le cas contraire. Un système constant de ventilation fut organisé dans toutes les parties du navire, permettant ainsi de conserver toujours, au moyen du calorifère, une température à peu près égale,
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« La température la plus basse, marquée par le «nermomètre, pendant ce premier hiver fut 52" centigrades au-dessous de zéro. Le commencement de l’année 1853 fut employé à achever nos préparatifs pour le voyage du printemps. Le plan de recherche fut divisé en quatre sections : le capitaine Mac Clintock, de l’Intrépide, fut chargé de l'exploration des parages nord-ouest de l’île Melville; le lieutenant Mecham, dut marcher à l’ouest; le lieutenant Hamilton, au nord-est, et le lieutenant Pim dut se rendre à la baie de Merci (terre de Sank), derniers quartiers d'hiver de /’Investigator.
« Le lieutenant Pim se mit en marche le premier, quitta le navire le 10 mars, avec un traineau et sept hommes, qu'accompagnait le docteur Domville, dans un {raîneau attelé de six chiens.
« Le 4 avril, tous les autres traineaux prirent leurs différentes directions, et il ne resta à bord des deux navires que deux officiers et sept hommes.
« J'avais en charge un traîneau de huit hommes, et j’accompagnai le capitaine Mac Clintock dans la première partie de son voyage. Traversant l’île Melville, nous arrivàmes dans le fond de la baie Hécla et Griper ; de là, nous fimes route te long de la côte, dans ladirection du nord-ouest, examinant soigneusement tous les replis de cetle
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côte. Nous arrivâmes ainsi par la latitude de 76 30’ nord et le méridien de 118° ouest de Paris, où la terre, tournant soudainement vers le sud, nous donnait à présumer que nous allions à la rencontre du lieutenant Mecham, qui allait de l’est à l'ouest, en suivant la côte sud de l’île Melville. Atin d'éviter cette rencontre, le capitaine Mac Clintock quitta l'ile Melville et fit route sur une terre éloignée que nous apercevions depuis quelques jours dans le nord-ouest. Je pris congé de lui le 2 mai, lui laissant des provisions pour cinquantesix jours, et je retournai à bord, où j'arrivai le 18 mai, rapportant sur mon traîneau l’un de mes hommes qui était mort soudainement en route.
« Pendant mon absence, le lieutenant Pim était revenu à bord, après avoir découvert l’Investigator dans la baie de Merci, et lorsque j'arrivai, une partie ue l'équipage de ce navire était déjà installée sur la Résolue.
« Le dernier oflicier qui revint à bord fut le capitaine Mac Clintock, après une absence de cent cinq jours, pendant lesquels il avait exploré 1148 milles de côte et délimité les contours de la terre la plus occidentale de l'archipel de Parry, l’île du Prince-Patrick.
« Le lieutenant Mecham futabsent quatre-vingtquatorze jours et explora 1006 milles, et le lieu-
LA MER POLAIRE. 77 tenant Hamilton, en cinquante quatre jours, explora 585 milles, communiquant en même temps avec un traineau envoyé de l’Assistance à sa rencontre.
« Aucune trace de sir John Franklin ne fut trouvée par ces différents officiers, malgré toutes leurs recherches etleur soigneuse exploration des côtes; il fut, dès lors, évident que l'Érèbe et la Terreur n’ont jamais poussé leurs recherches dans la direction de l'île Melville.
« Les préparatifs pour prendre la mer furent commencés immédiatement après le retour des traîneaux, en même temps que les arrangements intérieurs du navire furent changés, pour y instailler les officiers et l'équipage de ?’/nvestigator, autorisés à abandonner leur navire dans la baie de Merci.
«Une maison avait été construite sur l'ile Dealy, dans laquelle furent déposés deux cents jours de provisions pour soixante-six hommes. Elle devait servir au capitaine Collinson, de l'Entreprise, dansle cas où lui aussi eût été obligé d’abandonner son navire. Un mât fut placé sur le sommet de l'île, afin d'attirer l'attention des voyageurs qui passeraient en vue du littoral, et une boîte en fer-blanc renfermant tous les documents concernant notre propre bâtiment y fut attachée.
« Enfin, le 18 août 1853, à une heure du matin,
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les glaces commencèrent à se mouvoir sous l’influence d’un vent violent du nord-ouest, et dans le court espace de trois heures nous faisions voile dans l’est, tout paraissant nous promettre un promptretour à l’île Beechey. Mais nous comptions sans les glaces, qui bientôt nous arrêtèrent sur la côte est de l’île Melville jusqu’au 10 septembre. La saison avançant rapidement, il fut résolu de tenter un dernier effort, et, profitant d’une fraiche brise du nord, nous larguâmes nos amarres, faisant route dans le sud-est, où nous apercevions à travers la brume un large espace de mer ouvert. Nous n'avancions que très-lentement, malgré l’aide du vapeur qui nous remorquait, à cause de la glace qui commençait à se former et atteignait en quelques endroiis 5 centimètres d’épaisseur; enfin le 12 septembre le navire s'étant heurté à une barrière infranchissable, malgré tous nos efforts secondés par une brise très-fraiche, nous commençämes à regarder notre retour comme très-incertain. Ce ne fut cependant que le 26 septembre que tout espoir fut abandonné et que nous commençâmes à préparer nos quartiers d'hiver, au milieu du détroit de Barrow, en latitude 70°4 nord, et longitude 103° 48 ouest de Paris, ayant dérivé dans l’est avec les glaces, depuis le 12 septembre, de plus de 59 milles en droite ligne.
la Résolue n'échappa même que par miracle au danger de se briser sur les récifs qui se trouvent à l'entrée de la baie et que l’épaisseur de la brume nous empêchait d'apercevoir.
« A dater de ce jour nous enträmes réellement dans les glaces, nous frayant un passage à travers d'immenses floes (ou champs de glaces), et essayant de remonter vers le nord, le long de la côte ouest du Groénland. Les steamers montrèrent alors leur immense utilité dans une semblable navigation ; ils étaient lancés à toute vapeur contre la glace, et agissant alors comme un coin poussé par une énorme puissance, l’obligeaient à s'ouvrir pour nous livrer passage. Quelquefois nous avions recours à la mine et à la scie afin de couper un bassin dans lequel les navires étaient halés, pour les mettre à l’abri de la pression occasionnée par des /floes de plusieurs milles d’étendue, dérivant devant les fortes brises de nord et de nord-ouest qui sont fréquentes à cette époque.
« À plusieurs reprises cependant les glaces arrivérent sur nous si rapidement, que cette opération ne pouvant être exécutée à temps, les navires eurent à supporter une violente pression. La Résolue, dans une de ces occasions, fut renversée violemment sur le côté de bäbord, et les glaces, envahissant le navire, ne s’arrêtèrent qu’à la hauteur des porte-haubans.
miers quartiers d'hiver de l’Investigator), pour s'assurer si l'Entreprise, en suivant les traces de ce premier navire, n’était point arrivée au même but. L'autre traineau, commandé par M. Krabbe, master de l’Intrépide, se rendit à la baie de Merci pour voir dans quel état se trouvait l'Znvestigator.
« Ces deux officiers qui avaient été informés de l'abandon de la Résolue et de l’Intrépide par lelieutenant Hamilton, envoyé dans ce but à leur rencontre, firent route directement pour l'ile Beechey, où ils arrivèrent le 12 mai.
« Le lieutenant Mecham avait trouvé au dépôt des îles de la Princesse-Royale un document déposé par l'Entreprise, portant que le capitaine Collinson, après avoir suivi la même route que l’Investigator, le long de la côte d'Amérique, était arrivé à ces mêmes îles, et que, trouvant le détroit du Prince-de-Galles obstrué par les glaces, ilavait essayé de remonter dans l’ouest de la terre de Bank, pour pénétrer dans le détroit de Barrow, mais que, ne pouvant y réussir, il avait été obligé de retourner sur ses pas et d'aller prendre ses quartiers d'hiver dans la baie de Walker, au mois d'août 1852. Le lieutenant Mecham, poursuivant sa route dans le sud, pour atteindre s'il était possible la baie de Walker, arriva à l’île Ramsey, à l'entrée de cette baie, où il trouva un nouveau document annonçant que l'intention du capitaine
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LA MER POLAIRE, 81 Uollinson était de poursuivre son voyage, en longeant la côte d'Amérique et de tâcher de pénétrer dans l’est par le détroit du Dauphin et de l'Union. Ayant acquis ces importanis documents, le lieutenant Mecliam retourna immédiatement sur ses pas, et, stimulé par ses découvertes, accomplit un voyage unique dans les annales des voyages arctiques ; il avait parcouru une distance de 1157 milles géographiques en soixante-dix jours, dont huit passés sous la tente à cause du mauvais temps.
< Je fus envoyé immédiatement avec un traineau et un attelage de dix chiens pour porter ces nouvelles au commandant en chef, qui se trouvait, avec l’Assistance, au nord du cap Osborn, dans le détroit de Wellington. Je parcourus cette distance de 60 milles en douze heures, et, aprèsavoir pris un repos de deux jours à bord de l’Assistance, je retournai à l'ile Beechey, où nous fimes nos derniers préparatifs pour le départ définiiif. »
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