‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 20 sur 70 · DRE EE · texte numérisé non relu

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« Le 21, nous laissämes à tribord l’île de Garry et le delta du Mackensie, Le 24, un campement d'Esquimaux m'ayant été signalé sur la pointe Warren, j'espérai qu'il pouvait être en communication avec la Compagnie de la baie d'Hudson; je me hâtai donc de clore mes dépèches pour l’amirauté, et je voulus les porter moi-même à terre. Grand fut mon étonnement de voir, en approchant du rivage, les naturels faire les démonstrations les plus hostiles ; ils avaient l’arc tendu et le couteau à la main; ils nese calmèrent que très-diflicilement, et grâce à la connaissance parfaite qu'avait de leur langue et de leurs coutumes M, Miertsching, qui avait en outre revêtu, pour cette entrevue, leur costume au grand complet. Nous apprimes par lui que les tribus de cette partie de la côte, en guerre permanente avec les chasseurs indiens de la Compagnie anglaise ‘, n'avaient de rapports commerciaux qu'avec les établissements russes, auxquels, malgré une distance double ou triple, ils préféraient faire passer leurs pelleteries, plutôt que de les céder aux agents anglais.

« Le chef de cette peuplade portait un bouton de cuivre suspendu en manière de boucle d'oreille.

1. Moins de deux mois avant le passage de l’Investigator, des Indiens Louchoux, attachés au fort Good-Hope, avaient indignement massacré de sang-froid, dans un guet-apens, six Esquimaux de ces parages,

Je désirai connaître l’origine de ce bijou. Il expliqua qu’il provenait d’un homme blanc tué par un des membres de leur tribu, mais que le meurtrier avait pris la fuite à la vue de l'Investigator. Cet homme blanc, ajouta-t-il, faisait partie d’une troupe qui avait paru un jour sur la pointe Warren et y avait construit une habitation. D'où venait ce détachement, où était-il allé? nul ne le savait. L'homme tué s'était séparé de ses compagnons, et son corps reposait sous la mousse d'un coteau du voisinage. Interrogé par moi sur la date de cet événement, le chef me répondit que cela s'élait passé l'année dernière ou bien autemps de sa pre. mière enfance ! Le lendemain, il me conduisit aux huttes que, suivant lui, avaient habitées les hommes blancs. Leur construction était effectivement régulière, mais remontait à une époque évidemment ancienne, et rien n'y pouvait indiquer quels étaient ceux qui les avaient édifiées. M. Miertsching, qui est si parfaitement au courant des habitudes des Esquimaux, pense qu'il s’agit ici d’un de ces faits dont la tradition seule s’est conservée parmi eux, mais dont l’origine remonte, le plus souvent à une époque déjà éloignée.

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Les Esquimaux du cap Bathurst.

« .…. Le 30 avril, étant en vue du cap Bathurst, je fis mettre en mer la grande chaloupe, où je pris place avec M.Miertsching et le docteur Amstrong. Le lieutenant Creswell et quelques autres ofliciers nous suivirent dans le canot. Nous portions avec nous une collection de caceaux.

« Nous ne trouvâmes à terre que deux femmes, qui nous accueillirent avec beaucoup de cordialité et nous offrirent de nous guider vers le gros de leur tribu, alors occupée à la pêche de ia baleine dans les environs du cap Bathurst.

« Acceptant avec empressement cette proposition, j'ordonnai à nos bateaux de nous suivre en longeant le rivage, et de notre côté, escaladant une chaine de rochers, nous gagnûmes pédestrement une belle et large plaine, recouverte d’un épais tapis de mousse verdoyante, où nous espérions bien rencontrer quelques rennes. Cette attente fut déçue; après trois bonnes heures de marche, nous n'atteignimes qu'une petite baie solitaire d’où nous n’apercevions ni le cap ni la tribu annoncée. Deux tentes abandonnées s'élevaient seules en ce lieu. Selon nos conductrices, elles avaient servi à abriter, l’année précédente,

les équipages de deux bateaux kablounas. Nous comprîmes qu'il s'agissait de l'expédition du docteur Richardson.

« Cependant l'aspect du temps devenait menacant; il fallait songer à regagner le vaisseau. Ce fut en vain que les deux dames de ce désert, nous offrant, l'hospitalité sous les tentes, nous pressèrent de différer notre départ jusqu’au lendemain matin. Nous déclinèmes cette généreuse invitation et nous nous hâtâmes de retourner à bord; je fis jeter l’ancre pour la nuit.

« Le lendemain de bonne heure, je repartis pour rejoindre la troupe des pêcheurs esquimaux. Ce ne fut pas sans peine, et seulement après une navigation de dix milles, que nous parvinmes à la découvrir. À l'extrémité du cap Bathurst s’élevait un vaste campement composé de trente tentes et de neuf huttes d'hiver, comprenant ensemble près de trois cents personnes. Toute cette population se mit en mouvement à notre approche.

Les hommes armés, se précipitant en toute hâte sur la grève, lancèrent leurs kayaks à la mer, et s'avancèrent à notre rencontre, mais non dans des vues amicales, car leurs arcs étaient tendus et leurs couteaux tirés. L’interprète, en leur affirmant que notre visite était toute pacifique, les ayant invités à déposer leurs armes :

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côté, vous déposez vos fusils, car nous avons une grande peur de vous ! »

« Une heure au moins s’écoula en pourparlers. M. Miertsching chercha à persuader le chef de cette peuplade, assez bel homme, de moyen âge et fort intelligent, de se charger de transmettre nos dépêches aux postes anglais du fleuve Mackensie. Un fusil et des munitions devaient être le salaire immédiat de ce service, sans compter une autre récompense à laquelle il aurait droit en remettant le paquet à sa destination

« Le chef accepta le marché et promit de remplir fidèlement le message; mais comme, avant de parvenir jusqu'au premier poste anglais, la dépêche avait à passer entre les mains de trois tribus différentes, j'eus tout lieu de craindre qu'elle ne parvint jamais à son adresse. M. Miertsching, qui connait mieux que personne le caractère de ces sauvages, affirma le contraire. Rien ne peut égaler l'étonnement que ce digne interprète éveilla parmi ces hommes simples par sa facilité à comprendre et à parler leur langage. Ils lui firent les plus vives instances pour le décider à fixer son séjour parmi eux. Le chef alla jusqu’à lui offrir pour femme sa propre fille, fort jolie créature d’une quinzaine d'années, qui devait avoir en dot des tentes et un abondant mobilier.

« Pendant que cette négociation se poursuivait,

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