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cent soixante lieues à l’est de l’un comme de l’autre de ces deux points, le petit bâtiment que lady Franklin avait confié au capitaine Kennedy et à l’héroïque Bellof stationnait sur la côte même où vingt-huit ans auparavant s'était brisée la Fury. Aucun des trois équipages, formant ainsi sur la surface congelée des régions arctiques les coins d’un long triangle, ne possédait la moindre notion de la position on même de l'existence des deux autres ; chacun d'eux pouvait se croire isolé dans ces sombres régions, et cependant les cœurs de tous ces hommes vraiment hommes battaient à l'unisson. Un même souffle de dévouement et de foi courait des uns aux autres, et les chefs anglais de l’Investigator et de l'Entreprise ne puisaient pas dans l'heure présente des pensées différentes de celles que le Français Bellot confiait alors même à son journal auquel nous sommes fiers de les emprunter.
« Le 1°" janvier 1852, dans la baie de Batty.
« La brise et les tourbillons de neige qui nous « empêchent de sortir et de nous livrer aux quel- « ques jeux, seules distractions que nous ayons, « nous portent à des réflexions assez naturelles, « et à une comparaison involontaire avec ce que « ce même jour est généralement chez nous au « sein de la famille, au milieu des joies du foyer.
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Sans éprouver un profond et véritable regret de notre situation actuelle, nous ne pouvons nous empêcher de laisser nos âmes faire un retour mélancolique vers le passé. Tous nous sommes entrés avec ardeur et de notre plein gré dans la cause sacrée où nous sommes aujourd'hui engagés, et pas un, j'en suis sûr, ne songe à compter les fatigues ou les privalions, et à tourner les regards en ar« rière, Non, c'est dans l'avenir, c'est en avant que nos yeux se portent... Quelques lignes reçues avant le départ, aimés et précieux souvenirs de la patrie absente, de tout ce qui nous est cher, sont des reliques devant lesyjuelles le cœur se recueille, et, loin de s’affaiblir, l'esprit prend dans cette prière intime un nouvel élan! Le souvenir, n'est-ce pas la force et le courage? Pour mon compte, j'ai passé toute la journée et les deux nuits qui l’ont précédée et suivie à fouiller et à refouiller tous les coins et recoins de ma mémoire, cherchant à me rappeler quelque détail nouveau qui m'eût échappé desrelations si bonnes de l’amitié et de tout ce qui touche au cœur. Chers bons amis! s'il existe entre les êtres sympathiques de ces influences dont parlent les magnétiseurs, vous devez savoir combien chaque soir vos noms sont tous réunis dans une fervente prière, et combien, dans toutes les heures qui précèdent ou interrompent mon
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« sommeil, vous venez tour à tour occuper ma < pensée entière! Où étais-je l'an passé à cette époque? où serai-Je l'an prochain? Qu'importe, < sic’est sur la route d’un but indiqué par ma « conscience! »
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« …. Malgré Ja violence du vent et la fréquence des ouragans, la température de l'hiver fut moins rigoureuse autour de l’Investigator que durant l'année précédente. Des chasses régulièrement organisées, et qui ne furent interrompues que par les ténèbres du mois de janvier,nousp ‘rèrent, grâce à l'abondance des bœufs musqués, des lièvres et des ptarmigans, le précieux secours de trois distributions de viande fraiche par quinzaine. Le 1‘ avril, nous avions même en avance plus d'un millier pesant de cette excellente venaison.
« À quel prix, néanmoins, s’acquéraieni ces provisions? Le fait suivant peut en donner une idée.
« Un homme de l'équipage, mulôtre de naissance, en poursuivant un dain qu'il avait blessé s’égara sur sa piste, juste au moment ou s'élevait une tempête de neige. La température était trèsbasse, il se sentait à bout de force, et devant les dangers de sa situation il perdit tont à fait la tête, et s’éloigna de plus en plus de la baie de
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Merci. Heureusement, un hasard favorable amena de son côté, le sergent Woon, un des meilleurs chasseurs du bord, qui se livrait alors même à son utile exercice favori. Il trouva le mulâtre en proie au paroxysme del’égarement et de l'horreur. En vain, chercha-t-il à le rendre à lui-même en lui promettant de le ramener sain et sauf au navire, ses sages conseils échouaient devant les attaques de nerfs qui se succédaient chez le pauvre égaré. — Enfin, après de longues prières, après des instances réitérées, le sergent le décida à cheminer quelque temps avec lui; mais vers deux heures, alors que le jour éphémère de cette période de l’année touche à son torme, l’infortuné se laissa tomber sur le sol, perdant le sang par le nez et par la bouche et se tordant dans d’atroces convulsions. Le sergent comprit alors auw’il n’y avait plus à espérer de lui le moindre effort personnel pour son salut et que l’abandonner où il était, à plusieurs milles du vaisseau, c'était le livrer à une mort certaine, les loups devant le dévorer avant même que le froid eût terminé ses souffrances. Uu seul moyen restait, c'était de le traîner jusqu'au vaisseau; mais ce n'était pas chose facile, car le sergent n'osait se séparer de son fusil et le pauvre mulâtre était l’homme Le plus gros et le plus grand d'un équipage qui ne comptait que de solides gaillards. Le sergent Woon,
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néanmoins, se mit bravement à la besogne, Ayant fixé solidement son mousquet et celui de son camarade sur ses épaules, il passa les bras du moribond autour de son cou et s'achemina, en le trainant, du côté de lInvestigator. Le labeur était excessif et le seu! allégement que le sergent y touvât, étais de faire rouler, le long des déclivités du terrain, le corps inerte qu'il tirait péniblement dans les montées. Ce procédé était, à la vérité, un peu dur pour un moribond, mais il avait le mérite d’arracher quelque peu celui-ci à sa léthargie. Ver les onze heures du soir, le brave marin était parvenu à charrier son homme à moins d'un mille du navire ; mais là, épuisé par dix heures d'efforts à travers les ténèbres, les tourbillons de neige et une température mortelle, il fléchit à son tour. Il se seni i.capable de traîner sor fai deau,et, comme dernière ressource, il supplie son malheureux compagnon de tenter un dernier effort et cherche à le ranimer en lui montrant dans l’espace les sillons lumineux tracés par les fusées que, dans ce moment, inquiet de leur absence, je faisais tirer pour leur servir de guides, Remontrances et prières échouent devant l'insensibilité physique du pauvre mulâtre qui ne peut que murmurer :
« Va-t'en! laisse-moi mourir en paix!» Le sergent se décide enfin à le laisser gisant sur sa couche de neige et à courir au vaisseau pour y cher-
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LA MER POIAIRE. 137 cher des secours. Sur sa route, il rencontre des
camarades envoyés à sa recherche; il retourne avec eux auprès du mulûtre ettous ensemble arrivent à temps pour le sauver.
« Ils le trouvèrent les bras tendus vers le ciel et roides comme ceux d’une statue, les yeux démesurément ouverts et la bouche si hermétiquement fermée qu'ils durent employer la force pour faire gl:sser quelques gouttes de cordial à travers ses lèvres. La peau de ses mains, de ses pieds et de sa face était profondément corrodée par la gelée, mais il survécut néanmoins à cette terrible épreuve, et c'est par son témoignage que l’on eut connaissance de tout ce que son sauveur avait déployé de courage et de dévouement.
« Le 11 avril 1852, le temps me paraissant favorable, je résolus de mettre à exécution mon projet depuis longtemps arrêté de traverser sur la glace le détroit de Bank et de me rendre à Winter-Harbour, où j’espérais trouver soit un des bâtiments, soit un des détachements du capitaine Austin. 1l me peraissait urge:t d'arrêter avec ce chef d’escadre ou avec un de ses officiers les mesures que pourrait exiger le salut de l'équipage de l’Investigator. I nous restait à peine à bord un approvisionnement suffisant pour dix-huit mois, et si, durant l'été de 1852, les glaces “e s’ouvraient pas, j'allais me trouver dans l'obligation,
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pour ñe pas courir le danger de périr par la famine, de réduire le nombre de mes hommes, en faisant partir, à tout hasard, un détachement pour l'Angleterre dès le printemps de 1853.
« Le 28 avril, avec un traineau et sept hommes, j'atteignis sur l’île Meiville le lieu où l'expédition de Parry avait hiverné trente-trois ans auparavant. Mais, à côté de l'inscription commémorative de cet événement, je ne trouvai que le cairn dans lequel le lieutenant Mac Clintock avait déposé, durant le printemps de 1351, une mention de son passage. Ma déception fut cruelle; les vaisseaux du capitaine Austin étant, selon toute apparence, retournés en Angleterre, je ne pouvais plus compter, pour le soin de notre avenir, que sur nos seules ressources et sur la protection de celui dont il est écrit : « Confie-toisà lui dans ton cœur; « dans toutes tes actions rends-lui témoignage, et « il dirigera tes pas! »
« Avant de laisser l'ile de Melville à sa solitude, je crus devoir toutefois confier au cairn du lieutenant Mac Clintock uu récit succinct de nos deux campagnes et de notre situation. « Mon intention, « y disais-je, est, si cela se peut, de retourner en « Angleterre cet été en touchant à l’île de Mel- « ville et au port Léopold. Mais, si l'on n’enten- « dait plus parler de nous, c’est que probable- « ment nous aurions été entraînés dans les glaces
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« qu’accroitre le mal, car tout vaisseau entré dans «les glaces polaires doit être inévitablement
« broyé. Un dépôt de provisions ou un vaisseau « placé à Winter-Harbour est le meilleur ou plus «tôt le seul moyen auquel on doive recourir « pour le salut de ce qui aura survécu de l’équi- « page de l’Investigator.
« Je terminais par ces mots : « Cet avis a été « déposé en avril 1852 par une expédition com- « posée du capitaine Mac Clure, etc. (suivent les « six autres noms). Quiconque le trouvera est prié « de le faire parvenir au capitaine de l’Amirauté, « Daté du navire deS.M.h1 annique l'Investigator, « gelé dans la baie de Merci, le 12 avril 1852, »
« À mon retour au vaisseau, je pouvais espérer que l'été ne tarderait pas à amener le dégel et à nous permettre de remettre à la voile; mais cet espoir ne fut pas de longue durée : mai et juin se passèrent sans qu'aucun signe annonçât la fonte prochaine de l’épaisse couche de neige qui recouvrait la terre comme au cœur de l'hiver. Nous reconnümes même avec effroi que, durant la dernière moitié de juin, la glace avait augmenté d'épaisseur. Les oiseaux voyageurs, à peine venus du midi, reprenaient leur vol dans cette direction,
parce qu'ils ne trouvaient sur la terre de Bank aucune trace de végétation, et, ce qui était plus grave, la santé de l’équipage commençait à s’altérer : seize cas de scorbui furent constatés par le rapport mensuel du chirurgien. Je fus obligé de faire suspendre tous les travaux publics, et nos chasseurs durent redoubler d'efforts pour nous procurer de la viande fraîche. Le 8 juillet, l’un d'eux, en poursuivant un renne rencontra inopinément deux bœufs musqués, et parvint à les abattre l’un et l’autre; il fit preuve en cette circonstance d’un remarquabie sang-froid : il ne lui restait plus une seule balle, lorsqu'il fut assailli par un de ces deux animaux blessé et furieux; sans se troubler, il l’attendit à bout portant et lui déchargea dans le cœur la baguette de son fusil. Nous recueillimes aussi jusqu’à la fin d'août une quantité d'oseille suffisante pour en fournir une ration quotidienne aux scorbutiques qui finirent par se rétablir.
« Le 20 août la température tomba tout à coup à 15° au-dessous de glace : toute cette saison peut être appelée un long jour sans soleil; car, depuis la fin de mai, c’est à peine si cet astre a été visible ou si son influence s’est fait sentir sur les masses de glaces qui bloquent le détroit complétement d’un bord à l’autre, et je ne crois pas que la mer Polaire se soit ouverte cette année, car
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Troisième hiver (1852-1853).
« Le 8 septembre les circonstances critiques où nous nous trouvions exigeant une prompte détermination, j'assemblai les hommes de l’équipagé et je leur annonçai la nécessité où j'étais de renvoyer, dès Le printemps suivant, la moitié d’entre eux en Angleterre, les uns par le port Léopold et la baie de Baffin, les autres par la voie du Mackensie et des établissements de la baie d'Hudson. Je devais garder le reste avec moi pour tenter au printemps de dégager le vaisseau et de le ramener en Angleterre. Si je ne pouvais y parvenir j'essaycerais de gagner avec des traîneaux le port Léopold, l’état de nos provisions n’admettant pas un meilleur arrangement. « Quoique réduits de- « puis un an à deux tiers de ration, nous devons, « ajoutais-je, no’: disposer à subir pendant dix- « huit mois encore cette même privation, qui, si « pénible et si contraire qu’elle soit à la santé de s chacun, est comniandée par le devoir; car le « vaisseau étant aussi solide que le premier jour « de notre navigation, il serait peu honorable de « l'abandonner tant que nous aurons l'espoir de « franchir avec lui, l'été prochain, les détroits de
« Bank et de Melville. À notre retour en Angle- « terre, l'heureuse découverte du passage nord- « ouest, si longtemps et si vainement cherché, « nous vaudra un accueil qui nous dédommagera « amplement des fatigues et des périls de notre « pénible entreprise. »
« Cette communication fut bien recue de tous mes hommes, et j’eus lieu d'espérer que je mènerais à bonne fin l'exécution de mon projet.
«L'hiver 1852-1853 dépassa de beaucoup en rigueur les deux précédents. Par un bonheur inespéré, le gibier, cherchant des abris dans les vallons les plus bas et les plus voisins de la mer, ne cessa de se montrer ; et, quoiqu'il fût devenu trèscraintif, on réussit toujours à tuer un certain nombre de rennes, qui contribuèrent pour une bonne part à donner au festin de Noël une apparence d'abondance confortable.
« Comme c'était le dernier jour de Noël que nous devions passer ensemble, l'équipage résolut de le célébrer d’une manière mémorable. Chaque table fut gaiement illuminée et décorée par des peintures de nos artistes de l’entre-pont, qui représentaient le navire dans toutes les périlleuses positions où il s'était trouvé dans la mer Polaire; mais l’ornement principal consistait en énormes plum-puddings, pesant 25 livres, flanqués de quartiers de daims, de lièvres rôtis et d’onctueux salrmis de
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ptarmigans. Jamais, je pense, un tel luxe, avec une telle profusion, ne brilla dans un entre-pont; un étranger qui aurait été témoin de cette scène n'aurait jamais imaginé qu’il voyait un équipage qui avait passé plus de deux ans dans ces régions abandonnées, entièrement livré à ses propres ressources, et cependant jouissant d'une excellente santé. Une réunion aussi joyeuse, en toutes circonstances, aurait épanoui le cœur de luut offcier ; mais dans cette situation abandonnée, je ne pus qu'être profondément touché en contemplant ce gai et consolant spectacle, et en pensant aux grandes miséricordes que nous accordait la Providence, à qui seule est due notre sincère reconnaissance pour tous les bienfaits qu’elle nous a prodigués au milieu des situations les plus extrêmes que l’on puisse concevoir.
« Dans les jours qui suivirent, le froid devintexcessif; il y eut en janvier 42° au-dessous de zéro, 17 de plus que l’année d'avant à pareiile époque ; un jour le thermomètre tomba jusq"’à 54, et il resta à 52 pendant vingt-quatre heures. J'aurais douté de l'exactitude du thermomètre si je ne l’avais éprouvé … mais, en outre, l’état de mon équipage attestait la rigueur de la température. Le froid avait amené beaucoup d’humidité dans l'entre-pont, et nous ne pouvions faire assez de feu pour la combattre. La liste des malades
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monta un moment jusqu'à dix-neuf: parmi eux il y avait des cas de scorbut et d’hydropisie.
« Le 15 mars 1653, je désignai les hommes qui devaient composer les détachements destinés pour la baie de Baftin et pour la côte d'Amérique. C'’étaient ceux que les officiers, les chirurgiens et moi, nous croyions les moins capables de supporter un quatrième hiver arctique. Je me flattais qu'ils parviendraient à trouver les moyens de revoir heureusement l'Angleterre ; mais, avant d'atteindre le premier dépôt de vivres ou le premier fort de la compagnie d'Hudson, ils avaient à tirer pendant deux mois leurs traîneaux sur la mer glacée ou sur la terre couverte de rcige.Que de chances contre eux dans un si long trajet! Le sort qui les attendait était plus qu'incertain, et une sombre tristesse, qui ne faisait que s’accroitre à mesure que s’approchait le jour de la séparation, pesait sur l'esprit de ceux qui devaient partir et de ceux qui devaient rester.
Délivrance.
« Tout était prêt pour le départ, et il était fixé au 15 avril. Le 6 du même mois, comme le lieutenant Creswel et moi nous nous promenions ensemble sur la glace marine, assez loin du vaisseau, nous vimes subitement apparaître du côté
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du nord un petit point noir qui semblait rouler plutôt que courir sur la glace. Nous imaginant que c'était quelqu'un des nôtres poursuivi peutètre par un ours blanc, nous nous porlâmes à sa rencontre; mais nous ne tardâmes pas à distinguer que la figure qui s’approchait avec tant de rapidité n’appartenait à personne du bord. Cet être, quel qu'il füt, se mit, à notre vue, à agiter les bras en l'air et à pousser des cris que l’éloignement ou tout autre cause nous rendit inintelligibles. J'avoue qu’alors nous fùmes tentés de chercher si cette apparition, au teint de suie etaux gestes étranges, ne cachait pas les griffes et la queue du vieux Nich. Nous finimes pourtant par nous joindre, et on peut juger de notre surprise quand, à cette question naturelle de ma part: « Qui êtes-vous et d’où venez-vous, au nom du ciel? » l'étranger répondit d'une voix étranglée par l’émotion et la rapidité de sa course: « Prim, « le lieutenant Prim, du Hérald, » A la place du diable, c'était un ange de lumière que j'avais devant moi. On peut juger quelle poignée de main je donnai à mon vieux camarade, que j avais laissé en 1850 dans le détroit de Behring!
« Il nous expliqua que le capitaine Kellett, avec deux vaisseaux, avait atteint l'ile de Melville pen dant le dernier automne, et qu’ayant trouvé dans le cairn de Winter-Harbour la dépêche que j’y avais
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laissée, il s'était empressé, dès les premiers beaux jours, de diriger sur le havre de Merci un détachement commandé par son lieutenant Prim. Impatient denous apporter la nouvelle de notre délivrance, ce brave officier avait devancé de beaucoup la troupe qu’il conduisait,
« La présence subite d'une troupe de compatriotes, lorsque aucun de nous n'imaginait qu'il pût en exister à mille lieues de distance, causa une émotion que je me sens incapable de décrire et qu'il est impossible de se représenter, à moins de s'être trouvé dans une position semblable. Tous nos hommes sentirent revivre leur courage; l’abattement fit place à la joie la plus vive. Les malades, oubliant leurs souffrances etleur faiblesse, s'élancèrent de leurs hamacs et vinrent se jeter dans le flot de créatures humaines qui débordait sur le pont par l'unique écoutille que la rigueur du froid permit de tenir ouverte. Chacun voulait être certain que ces apparitions surprenantes étaient des êtres de chair et d'os, et non des habitants de l’autre monde : car leurs visages, imprégnés de la fumée dela tente, étaient aussi noirs que ceux de l’Érèbe. Lorsqu'il fut bien avéré que ce n’était point un songe, mais une réalité, la parole fit défaut à mes pauvres compagnons comme
à moi même, pour. exprimer nos pensées. Nos
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