‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 33 sur 70 · ES ©. À · texte numérisé non relu

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dispensables, ne pourraient passer impunément un troisième hiver dans ces régions, crut pouvoir user de la ressource suprème que lui laissaient les instructions de l’Amirauté. Réunissantsur le North- Star, stationné à l'ile Beechey, les marins de {a Résolute et de l’Intrépide, cernés par les glaces du bassin de Melville, à ceux de ses propres vaisseaux l'Assistance et le Pionnier, rivés pour ainsi dire depuis plus d’un an à la pointe d'Éden, dans le détroit de Wellington, il regagna avec tout son monde l'Angleterre dans l’automne de 1854.

Comme toutes les mesures extrèmes, celle-ci donna lieu à bien des jugements divers de la part du public. Il ne manqua pas de critiques pour blâmer l'abandon de cinq navires (y compris l’Investigator), et le délaissement de Collinson qui pouvait avoir besoin d’aide et d'appui dans quelque recoin ignoré des parages arctiques et pour lequel on pouvait craindre le sort de l'expédition perdue. Et quant à celle-ci, était-on condamné sans retour à ne pas même espérer d'en retrouver jamais une trace ou un débris?

Les événements ne tardèrent pas à justifier, sur ces deux derniers points, du moins, la conduite de sir Ed. Belcher. Dans le mème automne de 1854, une dépèche, datée des mers de Chine, annonça l’heureux retour, dans ces parages, du capitaine Collinson et de son navire l'Entreprise, après trois

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hivers passés par eux, sur les côtes de la terre de Victoria et de Wollaston', el une seconde dépèche venue du fond de la baie d'Hudson éteignit sans retour la dernière espérance que l’on pouvait conserver de retrouver, après neuf années écoulées, un débris vivant des deux navires de Franklin.

1. Le capitaine Collinson, arrivé plus tard que son collègue Mac Clure dans le détroit de Behring, n'avait pu doubler la pointe Barrow dans le courant du même automne (1850). L'année suivante, néanmoins, ayant réussi à doubler cette langue de terre basse et presque toujours encombrée de glaces, il suivit le long du continent les traces de son précurseur, traversa comme lui le détroit qui sépare les terres de Bank de celles du Sud- Est : il ne put, pas plus que Mac Clure, déboucher par cette voie dans le bassin de Melville, et revint hiverner dans la baie Walker sur la côte occidentale de l’île de Victoria. Dans l'été de 1852, il engagea son navire dans la suite de détroits qui séparent cette grande île du continent américain, et passa son second hiver dans la baie de Cambridge à l'extrémité orientale de l’île, dont ses traîneaux explorèrent la ligne des côtes jusqu’à l'ile Gateshead où ils trouvèrent les traces du docteur Rae qui les y avait précédés d’une année. De quelques Esquimaux qui visitèrent l'Entreprise dans ce dernier mouillage, le capitaine acheta un manche de hache et un boulon de fer, qu’il crut provenir du passage du docteur et qui étaient évidemment des débris du naufrage de l’Érèbe et de la Terreur; catastrophe dont Rae, sans s’en douter, avait presque foulé le théâtre. Le manque de charbon força Collinson à prendre, pour le retour, le même chemin qu’il avait déjà parcouru, au lieu de chercher à atteindre à travers ie canal de Victoria le détroit de Peel ou celui de Bellot, tentative qui, sans doute, eût été couronnée de succès, Néanmoins, il ne put doubler encore cette fois la pointe Barrow sans passer un troisième hiver sur les côtes septentrionales du continent américain.

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Nous donnons ce dernier document tel qu'il a été publié dans les blue-books du parlement anglais.

Rapport du docteur John Rae adressé au secrétaire de l’Amirauté anglaise.

« Repulse-Bay, le 29 juillet 1654.

« Monsieur,

« J'ai l'honneur de déclarer, pour l'instruction des lords-commissaires de l’Amirauté, que pendant mon voyage sur la glace et les neiges, ce printemps, dans le but de compléter la reconnaissance de la rive occidentale de la terre de Boothia, j'ai vu les Esquimaux dans Pellybay : j'ai appris de l’un d'eux qu’un détachement d'hommes blancs (kablounas) était mort de faim à quelque distance à l’ouest et non loin d’une granderivière où se voyaient plusieurs rapides. Plus tard, j'ai eu d'autres renseignements et acheté un certain nombre d'articles qui rendent le sort d’une partie ou peut-être de tous les survivants de l'expédition de sir John Franklin indubitablement aussi terrible que l'imagination le peut concevoir. Voici en substance les informations que j'ai obtenues à diverses fois et de différentes sources.

«Au printemps, il y a quatre hivers(printemps de i850),un détachementd’hommes a été vu, voyageant au sud sur la glace et trainant un bateau,

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par quelques Esquimaux à la recherche de veaux marins, dansle voisinage de K'ng-Williams-Land, qui est une grande ile. Personne, dans ce détachement, ne parlait la langue des Esquimaux d'une maniere intelligible ; mais ils ont fait comprendre par signes aux Esquimaux que leur vaisseau ou leurs vaisseaux ava'ent été abimés par la glace, et qu'ils cherchäient des daims et du gibier. Tous les hommes, à l'exception d'un officier, étaient

aigres, el ils tiraient péniblement leurs traineaux avec des cordes. On suppose qu'ils étaient à court de vivres. Ils achetèrent un veau marin aux indigèncs. Plus tard, mais avant la débâcle des glaces, les corps de trente individus furent découverts sur le continent et cinq autres dans une ile voisine, à une longue journée au nord-ouest d'une large rivière qui ne peut être que la grande rivière du Poisson ou de Back (nommée par les Esquimaux Out-ko-hi-ca lick); sa description etcelles de la côte dans le voisinage de Point-Aigle et de l'ile de Montréal s'accordent exactement avec la description de sir George Back. Quelques corps auraient été enterrés (probablement ceux des premières victimes de la famine). Quelques-uns étaient sous une tente ou des tentes; d’autres étaient sous le bateau qui avait été renversé pour former un abri; plusieurs étaient épars dans di verses directions.

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« Quelques-uns de ces malheureux doivent avoir survécu jusqu’à l’arrivée des oies sauvages, c’està-dire jusqu’à la fin de mai, car on a entendu des coups de fusil et on a trouvé des os frais et des plumes d’oies près du lieu qui fut lethéâtre de ces tristes événements.

« Parmi ceux trouvés dans l'île, il y en avaitun que l’on suppose avoir été un officier. Il avait son télescope suspendu à l'épaule et son fusil à deux coups était couché auprès de lui. D’après l’état de mutilation dela plupart des corpsetaussi d'après le contenu des chaudières, il est évident que nos malheureux compatriotes avaient été réduits à la dernière extrémité, le cannibalisme, pour prolonger leur existence. |

« Nos compatriotes paraissent avoir abandonné derrière eux une grande abondance de munitions; beaucoup de poudre a été éparpillée sur le sol par les indigènes, et au-dessous du niveau de l’eau on a trouvé beaucoup de balles de fusil et de plomb qui étaient restées probablement sur la glace. Il devait y avoir aussi beaucoup de malles, compas, télescopes, fusils à deux coups. Tout semble avoir été brisé : j'ai vu des fragments de ces divers objets entre les mains des Esquimaux avec des fourchettes et des cuillers d'argent. J'en ai

racheté autant que j'ai pu. Gi-joint la liste des articles les plus importants avec les chiffres de plu-

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