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captif. Le premier de retour fut celui qui, sous les ordres de Bonsall et de Me Gary, avait été chargé d'explorer les abords du grand glacier de Humboldt.
Partis du brick le 3 juin, ils étaient arrivés le 15 au pied de cet immense escarpement deglace.
Quoique contrariés, par de fortes neiges, ils auraient pu rester plus longtemps dehors, sans les dégâts commis par les ours dans les dépôts de provisions que nous avions espacés sur la route, dès les premiers jours du printemps.
Je suis convaincu, cependant, que tous leurs efforts n'auraient pu leur faire franchir le grand glacier ; de sorte que la perte de nos provisions, quoique certainement très-fâcheuse, ne peut être considérée comme la cause de leur insuccès. Ils étaient bien pourvus de bâtons ferrés, de crampons et autres appareils pour franchir la glace; mais, d’après ce qu'ils me dirent, toute tentative d'escalader cette énorme masse de glace aurait été folie, et je suis vraiment content qu'ils y aient renoncé avant d’éprouver quelque accident,
La neige a été le plus grand obstacle qu'ils aient rencontré. Elle était principalement accumulée sur les pointes de baie, et comme elle était déjà ramollie par la chaleur du soleil, il fallait les plus grandes précautions pour la traverser. Ils rencontrèrent des ravines impénétrables, et dans ce cas
ne pouvaient avancer que par de longs circuits, après une reconnaissance préalable faite du haut - des promontoires.
Cette époque de l’année est aussi celle où les ours se montrent en plus grand nombre. Les traces étaient partout, sur la glace marine comme sur celle de terre. Un d'eux eut l’audace de vouloir s’introduire au milieu des voyageurs durant une de leurs haltes de nuit, et le récit que Bonsall m'a fait de la réception faite à ce visiteur ne manque pas d'intérêt. Il était environ une heure après mi- | nuit, tout le monde dormait après une longue journée de fatigue, quand M° Gary entendit ou sentit 4 |
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quelque chose qui grattait la neige tout près de sa tête. Il ne tarda pas à reconnaître qu’un mons- 4h trueux animal était occupé à faire le tour de la £ tente. Son cri de surprise éveilla ses compagnons, mais sans troubler le moins du monde le malen- hf contreux visiteur, d'autant plus malencontreux en 4 ce moment que tous les fusils étaient restés sur le 1 traineau, à une prtite distance de la tente, où il ‘AS ne se trouvait pas même un bâton. Il y eut, com- ni: me on le pense, un peu de confusion dans le petit conseil de guerre. Le premier mouvement fut de dei | courir vers les armes; mais il fut bientôt reconnu 1) | que le moyen était peu praticable et peut-être im- 0 possible, car l'ours, satisfait de la reconnaissance HN militaire faite par lui autour de la tente, se pré- Re
sentait maintenant à l’ouverture. On mit le feu à de nombreux paquets d'allumettes et à destorches improvisées de papier, sans alarmer l'animal, qui fixe à son poste devant la porte, "1mmença par souper de la carcasse d’un phoqu, tué la veille.
Tom Hickley fut le premier à se souvenir d’une ruse de guerre, employée pendant plus d’un siége sanglant, — lasortie d’une poterne, —etfaisantune trouée avec son couteau, il sortit en rampant à l'arrière de la tente. Là il dégagea de la toile une gaffe qui formait un des supports et s’en servit pour faire une légitime et vigoureuse attaque. Un coup bien appliqué sur le nez de la bête obligea celle-ci à faire un mouvement de retraite derrière le traîneau, et Tom, calculant justement sa distance, s’élança en avant, saisit un fusil et revint sainet sauf vers ses camarades. Quelques secondes plus tard, M. Bonsall avait traversé d’une ballele corps de son ennemi. Inutile d'ajouter qu'après cette aventure le parti observa strictement la consigne que j'avais donnée: avoir en tout temps une sentinelle, et garder des armes en dedans de la tente de campement.
La dernière cache, celle sur laquelle je fondais le plus d'espoir pour nos opérations ultérieures, avait été construite avec un soin extrème de quartiers de rochers rassemblés à grand’peine et réunis à l’aide de barres et de leviers. L'ensemble de cette
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construction récente était, autant que nos moyens nous l’avaientpermis, très-solide, et cependant elle avait à peine arrêté un instant les tigres de la glace. Pas une bouchée des vivres n’y était restée, à l'exception de ce qui était contenu dans les boîtes de fer, qui par leurs formes rondes et leur extrémités coniques, défiaient dents et griffes. Les ours avaient éparpillé ces boîtes dans toutes les directions, les pressant dans leurs grosses pattes et les roulant comme des pelotes, en dépit de leur poids de quatre-vingts livres. Un tonneau d’alcoo! fortement cerclé en fer avait été réduit en petits fragments, et une boîte à liqueurs, en étain, triturée etcontournée en boule. Les griffes des ours avaient percé et coupé le métal comme aurait pu le faire un ciseau à froid,
Dédaigneusement délicats à l’égarddes salaisons, les ours avaient évidemment fait leurs délices du café moulu. De la vieille toile, pour une raison ou l’autre, avait été rangée par eux au nombre des friandises; même notre drapeau qui avait été disposé pour prendre possession de l’abîme fut rongé jusqu’au bâton. Ils s'étaient fait des jouets de nos barils à pain, les roulant sur la glace unie ou raboteuse; et ne pouvant manger notre grosse toile de c&outchouc, ils l'avaient contournée en nœuds inimaginables.
Me Garv décrit tous les alentours de la cachette
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comme entièrement pétris par les pattes de ces animaux,etun monticule adjacent, couvert de glace et formant un angle de 45° avec la plaine, était si usé et tellement recouvert de leurs poils, qu'on aurait pensé qu'ils s'étaient amusés à s’y laisser glisser sur leurs hanches, — un jeu de ces messieurs dont j'ai eu plus d'une occasion d’être témoin.
Voyage de Morton vers le nord. — La mer polaire.
La reconnaissance que Morton poussa droit au nord fut, sous tous les rapports, la plus remarquable de toutes nos excursions.
IL quitta le vaisseau le 4 juin, accompagné de Hans le Groënlandais,
La glace était d’abord d’un difficile accès, et dans la neige sèche ils enfonçaient jusqu'aux genoux ; mais après avoir traversé quelques inégalités, ils la trouvèrent assez solidifiée pour porter le traineau; les chiens firent alors quatre milles par heure, et ils parvinrent ainsi au milieu de la baie de Peabody. Il se trouvèrent en cet endroit au milieu des pics de glace qui avaient empêché les autres partis de pousser plusloin. Ils avaient dans la journée laissé sur leur droite, par 72° de latitude, cet étrange jeu de la nature que, dans une
a= excursion précédente, j'avais nommé le monument | ce de Tennisson, minaret ou obélisque de 480 pieds de 1 di si haut, qui élève solitaire, au débouché d’une som- ff ni bre et profonde ravine, son füt calcaire, aussi ré- {l er gulièrement arrondi que s’il eût été taillé pour la | | s- | place Vendôme. | é- Par suite du rapprochement inaccoutumé des A montagnes de glace, les voyageurs pouvaient dis- hi tinguer devant eux, à plus d'une longueur de na- 1 vire, les vieux glaçons qui faisaient saillie à travers t 1 les nouveaux en disloquant leur surface. On ne pou- } À! vait se glisser entre ces aspérités qu’en suivant des D au 1 couloirs quin’avaient souvent pas quatre pieds de fl ne = ; largeur et dans lesquels les chiens avaient peine à h ; | mouvoir le traîneau. Il arrivait même que l’inter- ï de À valle qui semblait séparer deux montagnes se ter- j 1 minait par une impasse impossible à franchir. Dans ns l ces circonstances, il fallait transporter le traineau HA X ; au-dessus de: blocs les moins élevés ou rétrogra- K ils ji der en quête d’un chemin plus praticable.. f aie È Parfois si une passe assez convenable apparais- il ar 14 sait entre deux pics, ils s'y engageaient gaiement 1 ie F et arrivaient à une plus étroite: puis trouvant le 4 4 au ; chemin complétement obstrué, ils étaient obligés A ! es f de rétrograder pour tenter des nouvelles issues. . : S Malgréleurs échecs et leurs désappointements mul- ‘à i- tipliés, ils ne perdirent pas courage, déterminés 4h
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de couloir long de six milles les conduisit hors de ce labyrinthe glacé, maisils furent depuis huitheures du soir jusqu’à deux ou trois du matin à diriger leurs pas avec autant d'incertitude et de tàtonnement qu’un homme aveugle dans les rues d’une ville étrangère.
Dans la matinée du lundi 16 juin, Morton grimpa sur un picélevé afin de choisir la meilleure route. Au delà de quelques pointes de glace, il apercevait une grande plaine blanche qui n’était autre que la surface du glacier de Humboldt vu au loin dans l'intérieur, car en montant sur un autre mamelon il en découvrit la falaise faisant face à la baie. C'était près de son extrémité nord; il semblait couvert de pierre et de terre, et çà et là de larges rocs faisaient saillie à travers ses parois bleuâtres.
Les deux explorateurs se trouvaient le 20 par le travers de la terminaison du grand glacier. Là, glace, roches et terre formaient un mélange chaotique; la neige glissait de la terre vers la glace, et toutes deux semblaient se confondre sur une distance de huit ou dix milles vers le nord, point où la ligne de terre, se relevant abrupte, surplom: baït le glacier d'environ cent trente mètres.
Au delà de cet endroit la gläce devint faible et craquante, les chiens commencèrent à trembler, la terreur manifestée par ces animaux sagaces indiquait un danger peu éloigné.
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