‹ La mer polaire [microforme]Chapitre 52 sur 70 · ACIER · texte numérisé non relu

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Peu à peu l’eau augmenta, et il ne resta plus devant nous qu’une zone de glace de trois ou quatre milles d’étendue seulement, mais qui, soutenue par une chaine de petits îlots, résista à l’action dissolvante des pluies et à la violence des vents d'automne. Attendre de jour en jour que le passage fût libre pour nous remettre à flot et ne pouvoir y parvenir, bien que les vagues vinssent baigner le pied des rochers qui se trouvaient à quelques milles de nous, au midi, était un vrai supplice de Tantale.

Pendant l’automne et tant que la lumière du jour nous le permit, nous nous efforçèmes de transporter des dépôts de provisions du côté du pôle magnétique, dans le but de faciliter d’autant nos opérations projetées pour le printemps. Mais nous ne pümes réussir, par suite de la rupture des glaces dans cette direction. Le lieutenant Hobson et ses hommes revinrent en traineau au mois de novembre, après avoir beaucoup souffert du mauvais temps et couru les plus grands dangers : une fois la glace sur laquelle ils étaient campés se détacha du rivage et les entraina au large avec elle.

L'hiver fut le plus froid et le plus rude que j'aie éprouvé dans ces régions. Pendant sa durée, nous fimes nos préparatifs pour meitre à exécution notre plan de recherches. Je pensais qu'il

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était de mon devoir de visiter personnellement l'île Matty, et de compléter le circuit de l'ile du Roi-Guillaume, pendant que le lieutenant Hobson se chargerait de faire des recherches sur les côtes extérieures de Boothia jusqu’au pôle magnétique, et à l'est, depuis l’île de Gateshead jusqu'à celle de Wynniatt. Je confiai au capitaine Allen Young, excellent marin, le soin d'explorer les bords de la terre du Prince-de-Galles; en outre, il devait inspecter la côte du North-Somerset, depuis le nord au détroit de Bellot jusqu'aux dernières limites atteintes en 1849 par sir James Ross.

Nos premières recherches de printemps commencèrent le 17 février 1859. Le capitaine Young transporta son dépôt à travers la terre du Princede-Galles, pendant que je me dirigeais au midi, vers le pôle magnétique, dans l'espoir de communiquer avec les Esquimaux, et d’en obtenir des informations propres à conduire à bonne fin nos recherches.

J'étais accompagné par MM. Petersen, notre interprète, et Alexandre Tompson, notre quartiermaitre. Nous avions avec nous deux traineaux tirés par des chiens. Le 28 février, près du cap Victoria, nous eûmes le bonheur de rencontrer quelques indigènes, dont le nombre s’éleva bientôt à quarante-cinq individus.

C'était ce même clan nomade qui, vingt ansau-

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paravant, avait eu des communications suivies avec l'équipage de {a Vielory. Un vieillard m’ayant dit qu’il s’appelait Oublouria, je me souvins que sir James Ross avait employé comme guide un homme de ce nom; c'était le même individu que j'avais devant moi, et il s'enquit avec empressement de son ancien compagnon de course et de chasses, dont le souvenir se perpétuera longtemps parmi les Esquimaux sous le nom d’Agglugga qu'ils lui ont donné.

Ayant demandé des nouvelles de l’homme auquel le charpentier de la Victory avaitconfectionné une jambe de bois', je n'obtins aucune réponse directe ; on se contenta de me montrer une femme qu'on me dit être sa fille. Petersen m'’expliqua que ces pauvres gens redoutent de faire la plus petite allusion à un homme mort, et que leur silenceen cetteoccasion, indiquait suffisamment que l'individu dont je venais de m'informer n'était plus au nombre des vivants.

Pendant quatre jours, nous demeurâmes en relations avec ces bons indigènes. Nous en obtinmes quelques reliques et la certitude que, plusieurs années auparavant, un navire avait été pris par les glaces, au nord de l'ile du Roi-Guillaume, mais que tout l'équipage, parvenu à descendre à

1. Voir, pour ces allusions, le volume de la même collection intitulé : Voyages dans les glaces, etc., p. 244-301.

terre sans danger, s'était dirigé vers {a rivière du Grand-Poisson, où il avait péri jusqu au dernier homme. Ces Esquimaux étaient bien fournis de bois, provenant, selon leur aveu, d'un bateau abandonné par les hommes blancs sur la Grande- Rivière.

Nul d’entre eux n'avait rencontré nos compatriotes en détresse ; mais un homme me dit avoir vu leurs ossements sur l’île où ils étaient morts, etoù quélques-uns seulement avaient reçu une sépullure.

Nous retournâmes à notre navire après vingtcinq jours d'absence, en bonne santé, mais exténués par de longues marches et par les rigueurs du froid auquel nous avions été exposés. Pendant les premiers jours de cette excursion, le mercure était resté constamment gelé.

Excursions et découvertes, — Irrécusables . documents.

Le 2 avril commencèrent nos recherches finales. Le lieutenant Hobson m'accompagna jusqu’au cap Victoria; nous avions chacun, outre un traineau traîné par quatre hommes, un traîneau auxiliaire tiré par six chiens. C'était là toute la force que nous pouvions réunir.

Avant de nous séparer, nous rencontrâmes deux

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familles d'Esquimaux, vivant sur la glace dans des cabanes faites de neige. Elles nous informèrent qu'un second navire avait été vu, huit ou neuf ans auparavant, près de l’île du Roi-Guillaume, et que, dans le courant de lamême année, il avait été jeté et brisé sur la côte. Ge navire avait été pour eux une mine féconde de bois et de fer.

D'après le plan arrêté pendant l'hiver pour nos recherches, le lieutenant Hobson était chargé de relier, le long de la terre Victoria, les‘dernières découvertes de Collinson à celles de Wynniatt; mais par suite des renseignements obtenus des Esqu’naux, je lui donnai l'ordre de faire des recherches sur le lieu présumé de la catastrophe et de suivre toutes les traces qu’il trouverait au nord et à l'ouest de l'ile du Roi-fuillaume.

Accompagné de ma petite troupe, je marchai le long des côtes orientales de cette même île, visitant les cabanes de neige abandonnées, mais sans rencontrer d'indigènes jusqu’au 8 mai, où près du cap Norton nous arrivâmes à un village de neige contenant trente habitants. Ils vinrent à nous sans la moindre apparence de crainte ou d’hésitation, quoique aucun d'eux n’eût vu des hommes blancs en vie auparavant.

Ils mirent beaucoup d’empressement à nous communiquer tout leur savoir et à échanger leurs

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