CH. III. CONVENANCES DE CETTE MATERNITÉ
miséricorde même; mais, je ne l'ignore pas non plus, il est comme Dieu la justice même, et le jour viendra où, dans sa nature humaine, il descendra la foudre en main pour écraser ses ennemis. Qu'une mère commune s'interpose entre lui et moi, sa mère et la mienne, et je renais à la confiance. En elle, en effet, je trouve la médiatrice qu'il me fallait auprès du grand Médiateur; médiatrice capable de dissiper en moi les derniers restes de crainte, et de faire descendre de lui sur moi les bienfaits que je mendie, le pardon que mon repentir implore. Telle est la place que l'économie de la Rédemption réservait à la mère, et que ma nature réclamait, sans avoir toutefois le droit de l'exiger.
C'est ce que saint Bernard a merveilleusement expliqué dans un texte célèbre que je transcrirais dès maintenant, si l'occasion ne devait pas s'offrir plus tard de le rapporter dan s un endroit plus favorable (i). Bossuet a dit en moins de mots, mais avec une éloquence égale, ce rôle d'intermédiaire que fait remplir à Marie sa double qualité de Mère des hommes et de Mère de Dieu : « Pour pouvoir nous être secourable, il fallait deux conditions : que sa grandeur l'approche de Dieu, que sa bonté l'approche de nous. La grandeur est la main qui puise, la bonté, la main qui répand; et il faut ces deux qualités pour faire une parfaite communication. Marie, étant la mère de notre Sauveur, sa qualité l'élève bien haut auprès du Père éternel; et la même Marie, étant notre mère, son affection la rabaisse jusqu'à compatir à notre faiblesse, jusqu'à l'intéresser à notre bonheur » (2).
(1) Ile Part., 1. v,c. I, n. I. S. Bern., de Aquaeductu. P. L., clxxxiii,
{2) Bossuet. Exorde du 2">« serm. pour la fête de la Nativité de la S. V.
Ne me dites pas qu'il y a de l'exag-ération dans ces réflexions du grand orateur et du grand saint : car Dieu par lui-même est le Père des miséricordes qui s'incline amoureusement vers notre misère; car Jésus- Christ, surtout depuis qu'il a pris un cœur semblable aux nôtres, et qu'il nous l'a révélé tout brûlant d'amour pour les hommes, suffit à nous gagner à la confiance. Je ne nie pas la miséricorde infinie du Père; elle est le plus ferme fondement de mes espérances. Mais il appartenait à cette miséricorde de me procurer un guide aimé pour me conduire jusqu'à son trône, et ce n'est pas le moindre bienfait que nous ait accordé cette même miséricorde, de nous l'avoir donné dans une mère qui est la Fille du Père et la Mère de son Fils. A Dieu ne plaise aussi que je doute du cœur de mon Sauveur; mais le don par excellence qu'il m'a fait, n'est-ce pas le cœur de sa mère; et bien qu'il ait une force ineffable pour attirer les cœurs et les gagner à l'amour, n'est-il pas vrai que je me jette avec plus de confiance dans ce divin cœur, quand je pense qu'il a été formé du cœur de ma mère, et qu'elle est toujours là pour m'en ouvrir l'entrée ?
Pénétrons encore plus avant dans ces providentielles convenances. Dieu, quand il eut créé le premier homme, se dit à lui-même : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Faisons-lui une aide semblable à lui « (i). Et il lui envoya un sommeil mystérieux et, prenant une de ses côtes, il en façonna la première femme qui devint avec lui et par lui la mère de la race humaine. Certes, le Créateur avait assez de puissance pour multiplier et conserver les hommes indépendam-
(i) Gen., H, 18.