‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 13 sur 98 · GH. III. — CONVENANCES DE CETTE MATERNITÉ · texte numérisé non relu

GH. III. — CONVENANCES DE CETTE MATERNITÉ

ment de la femme. Mais, clans cet autre ordre de providence, la mère aurait disparu, et avec la mère tout ce qu'il y a de tendresse, de douceurs, d'amabilité, de dévouement et de charme dans ce nom, ou plutôt dans la chose signifiée par ce nom. Voilà pourquoi, dans la connaissance qu'il avait du cœur de l'homme, il voulut que l'homme eût une compagne, et que de l'homme et de sa compagne naquît la famille humaine.

Si nous voulons savoir quelle salutaire et profonde influence est celle de la mère, regardons ce foyer d'où la mort l'a fait disparaître, et dans lequel aucune autre femme, véritablement mère par une sollicitude et une affection toutes maternelles, ne l'a remplacée ; ou, si nous l'aimons mieux, considérons ces enfants privés, dès l'âge le plus tendre, des caresses et des soins d'une mère. Est-il rare de trouver qu'il manque en eux ce je ne sais quoi d'épanouissement joyeux, de dilatation, de sensibilité délicate, qui s'acquiert au contact maternel? Oui n'a pas eu roccasion d'en faire ou d'en entendre faire la remarque, et de constater ainsi par analogie la nécessité qu'il y ait pour les hommes une mère dans l'ordre de la grâce aussi bien que dans l'ordre de la nature? La mère naturelle, même la plus aimante et la plus chrétienne, ne suffirait pas à combler cette lacune. Lorsque l'homme entre dans l'ordre surnaturel, cette mère ne l'y suit pas avec son rôle de mère, je veux dire que ce n'est pas d'elle que nous vient cette vie supérieure. A des hommes nouveaux il faut une nouvelle naissance, une mère nouvelle. Des enfants de Dieu, des frères de l'Homme-Dieu réclament pour mère la propre mère de cet Homme-Dieu.

Presque au début de cet ouvrag-e (i), je signalais un . fait très g'rave : c'est que, dans la mesure où le culte de la Mère de Dieu est abandonné, la croyance à la divinité de son Fils va déclinant et s'effaçant ; et j'en apportais comme exemple les contrées où règne en maître le protestantisme. Un autre fait non moins frappant, c'est que le même protestantisme, là même où l'ig-norance et la bonne foi sont pour ses adhérents une légitime excuse devant Dieu, n'a dans ses rapports avec Jésus-Christ ni l'onction de la piété, ni le sentiment tendre et filial, ni cette familiarité joyeuse et sainte qui se reflète, même sur les visages, chez les populations catholiques. On pourrait sans doute en donner plus d'une raison . Mais la principale, celle qui se rapporte plus directement à notre sujet, c'est que le protestantisme a chassé de la religion du Christ le culte de la Mère du Christ et de la nôtre. Qu'il garde encore quelque simulacre de la famille de Dieu, je ne le lui disputerai pas. Mais c'est pour le moins une famille, où la mère est négligée, méconnue, bannie. Vous étonnez-vous, après cela, de ne plus trouver chez les enfants l'allégresse, l'abandon, l'épanouissement de cœur qui caractérisent les vrais catholiques, ce peuple élu pourqui la Vierge Mère est non seulement une gloire, mais la plus pure des joies (2) ?

Là où il n'y a pas de femme, dit l'Ecriture, le pauvre gémit (3). Entendez par cette femme la mère com-

(i) Première partie, 1. i, c. 3, t. I, pp. 48, siiiv.

(3) Tu laetilia Israël, tu honorificealia populi ûostri. Judith, xv, 10.

(3) Eccli., XXXVI, 27.

Louis Veuillot dans ses Nattes (Paris, Waille, i844, pp- 29701 siiiv ) écrivait d'un grave personnage qui fut longtemps ministre plénipolentiaire en Allemagne ; « il m'a cent fois raconté qu'il y a connu des

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mune du Seig-neur et des hommes ses frères, et vous verrez le texte biblique merveilleusement réalisé dans le domaine de la religion. Oui, partout où cette femme est absente, je veux dire partout où elle n'est ni connue, ni honorée, ni aimée, le pauvre, c'est-à-dire, tout homme si vertueux qu'il puisse être, porte dans sa vie religieuse je ne sais quel poids de tristesse dont elle seule pourrait le soulager. A l'exemple du Protestantisme, ajoutez celui des Jansénistes. Eux encore, s'ils ne bannirent pas totalement la mère, lui firent la place aussi étroite que possible dans le culte des chrétiens. On sait aussi quelle place leur piété rigide et sombre laissait à la dilatation du cœur, à l'amour affectueux, confiant et tendre qui est le propre des enfants (i).

hommes, des femmes surtout, d'ua haut mcrile d'une haute vertu, d'une piété véritable, qui prient, fout du bien, Usent et goûtent nos meilleurs ascétiques, se nourrissent de l'Imitation, des Lettres spirituelles (le Fénelon. des écrits de Louis de Blois, et qui néanmoins restent dans l'hérésie. Mais, aioulait-il, leur foi a toujours (juclque chose de tendu et de riijide ». J'ai moi-même entendu raconter sur ce chapitre une anecdote assez curieuse. En 187 1, alors que l'armée française était refoulée du Mans sur les confins de la Bretagne, une noble châtelaine recevait à sa table trois officiers français. « Madame, lui dit l'un d'eux, vous n'aurez pas souvent des convives si différents entre eux par la croyance; car vous avez devant vous trois religions différentes; l'un de nous est protestant, l'autre Israélite et le troisième catholique. — Je vous crois, répondit-elle, et je peux même compléter votre confidence. Vous, vous êtes le catholique, voici l'officier d'origine judaïque et monsieur est le protestant. » Elle ne se trompait pas; et comme on lui demandait d'après quels indices elle avait pu porter un jugement si exact, sur des personnes inconnues d'elle jusqu'à cette heure : «Rien de plus sim[»le, reprit la châtelaine. Vous êtes le plus épanoui des trois; donc vous êtes le catholique. Monsieur paraît extérieurement le plus triste; il n'est donc pas chrétien; et comme le troisième de mes hôtes ne m'a semblé ni si joyeux, ni si triste, j'ai jugé qu'il devait être le protestant ».

(i) Voici un autre fait que je donnerai sous toutes réserves, quoique les écrivains catholiques s'accordent généralement à le signaler. Les catholiques anglais, au commencement du dix-neuvième siècle tout comme au dix-huitième, considérés dans leur ensemble, n'avaient ni cet entrain dans la piété, ni cette dilatation de cœur, ([ui faisaient une note caractéristique de leur race, avant l'invasion du schisme et de 1 héré-

Donc, pour conclure, si Dieu voulait de nous un culte d'amoureux abandon, « qui nous fît aller avec confiance au trône de la grâce » (i);s'il était de son dessein « de nous attacher à lui parles liens d'Adam (îî), par une chaîne d'amour, injuniculis Adam, in viiiculis charitatis, rien ne pouvait lui servir comme le don qu'il nous a fait de sa Mère.

sic. Les écrivains en assignent différentes causes, et le joug insupportable sous lequel ils furent si longtemps courbés, ne serait pas la moindre. Mais ne pourrait-on pas avouer aussi que cela provenait, comme je crois l'avoir lu, du délaissement relatif dans lequel le culte familier de Notre-Dame était tombé parmi eux. La peur des persécutions et plus encore peut-être le contact et les perpétuelles diatribes des hérétiques en avaient comprimé l'élan. De là ce quelque chose de dur, de resserré, dont la Vierge, pleinement rentrée dans ses droits de mère, les a dépouillés pour refaire une nouvelle Britannia mariana.

(i) Hebr,, iv, i6.

(2) C'est-à-dire, par des liens et des attraits assortis à notre nature humaine. Os., xi, 4.

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