CHAPITRE PREMIER
Du principe fondamental de la maternité spirituelle de Marie. — Ce qui l'a faite Mère des hommes, c'est qu'elle est pour eux, après Jésus-Christ el par Jésus-Çhrist, la source de la vie surnaturelle ; — en d'autres termes, c'est qu'elle nous a donné le Verbe fait chair, notre salut et noire vie.
I. — Le fait de la malernité spirituelle de la Sainte Vierg-e est hors de conteste. Quoique, plus d'une fois, nous ayons, du moins au passage, indiqué la nature et les raisons de cette maternité, il s'agit maintenant d'en faire une étude plus large et plus approfondie; par là Marie nous apparaîtra plus évidemment encore comme la mère universelle des hommes dans l'ordre de la grâce et suivant l'esprit.
C'est d'abord une vérité toujours professée dans le Christianisme que par elle nous avons reçu la vie de la grâce, et tout ce qui se rapporte soit à la production, soit à la conservation, soit au perfectionnement de cette vie divine. Or, cela même qu'est-ce autre chose pour Marie que nous avoir enfantés à cette vie supérieure, et, par conséquent, être pour nous une mère?
go L. II. BASES DE LA MATERNITE SPIRITUELLE
Le nom de mère a plusieurs significalions : c'est le titre mérité par une femme auprès de ceux qu'elle a sauvés par son courag-e et par son dévouement. « Les forts, lisons -nous dans léchant triomphal de Débora et de Barac, les forts défaillirent en Israël, leur courage était sans ressort, jusqu'à ce que Débora se levât, jusqu'à ce qu'une mère se levât en Israël » (i). C'est un nom donné comme témoignag-e de vénération respectueuse et de sainte affection :« Saluez, dit l'Apôtre, Rufus, l'élu du Seigneur, et sa mère, la mienne aussi » (2). Venance Fortunat, parlant de sainte Radegonde et de saint Germain de Paris, qui l'un et l'autre se disputaient sa présence : « D'un côté, dit-il, une mère me retient, mais de l'autre un père me réclame » (3). C'est encore un nom qui convient aux personnes respectables par leur âg-e et par la profession spéciale qu'elles ont faite de la vie relig-ieuse. Il serait oiseux d'apporter ici des exemples. Mais toutes ces sig-nificalions et d'autres du même genre s'effacent devant une signification, la première et la plus commune: la mère est celle dont nous avons reçu l'être et la vie. Telle est par excellence la mère.
Or, au point de vue surnaturel, c'est, après Deu, de Marie que nous tenons la vie des enfants de Dieu. Sans elle nous serions dans la mort. Voilà ce que nous disent son titre de nouvelle Eve et les témoignages infinis qui le lui assurent (4). Voilà ce
(i) Judic, V, 7.
(a) Rom., XVI, i3.
(3) Me vocat iade Pater radians Germanus in orbe,
Hinc relinet Miter, me vocat inde Pater. Venant. Fortun., Miscellan. 1. viu, c. 2. P. L.lxxxviii, 263. (4i II" p. I. I, c. I.
CH. I. PUI.NCIPE FOiVDAMENTAL Ç) l
qu'ont unanimement enseigné tous les Pères, depuis les premiers temps du Christianisme, et ce que les maîtres de la doctrine ont prêché constamment après eux. Et puisqu'à l'heure même où j'écris ces lig'ues, l'Eg-lise fait réciter à ses prêtres une homélie de saint Cyrille d'Alexandrie, où celte vérité est hautement proclamée, prêtons l'oreille à cet illustre docteur ; mais en l'écoutant, n'oublions pas ce qu'il est, et devant quel auditoire il parlait. Cyrille fut, avec le pape Céleslin, qui fit de lui son légat à Ephèse, le plus grand défenseur de la maternité divine deMarie, assertorem inuictum, comme l'appellent Léon XIII et l'Eg-lise dans l'oraison de son office liturg-ique. Il parlait devant les Pères réunis en Concile œcuménique pour veng-er la Vierg-e des impiétés que les Nestoriens avaient vomies contre elle; et du sein de l'aug-uste assemblée pas une voix ne s'éleva pour protester contre sa parole. Ce que sa bouche prêchait, tous, sauf les hérétiques, le pensaient dans leurs cœurs.
C'est donc avec une autorité sans égale qu'il a pu chanter à Marie cet hymne de triomphe :
« Salut à vous, Mère de Dieu, Vierge Mère, vase sans tache. Salut, Vierge Marie, mère et servante... Salut à vous, Mère de Dieu, de laquelle est sortie 1 ineffable grâce dont l'Apôtre a dit: Elle est apparue à tous les hommes la grâce du Dieu Sauveur (i)... Salut à vous. Mère de Dieu, par qui la lumière s'est levée sur les misérables assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort (2)... Salut à vous, Mère de Dieu, par qui... les églises orthodoxes se sont multipliées dans les cités,
(1) Tit., 11, I I.
(a) Isa., IX, 2.
g2 L. 11. BASES DE LA MATERNITE SPIRITUELLE
dans les bourgs et dans les îles. Salut à vous, Mère de Dieu, par qui nous est venu le vainqueur de la mort, et l'exterminateur de l'enfer... Salut à vous. Mère de Dieu, par qui toute âme fidèle est sauvée... (i) ».
Du reste, saint Cyrille n'a rien dit ici que d'autres Pères, avant lui et après lui, n'aient exprimé dans des termes ég-alement glorieux pour notre céleste mère.
« Vous êtes vraiment bénie parmi les femmes , puisque vous avez changé la malédiction d'Eve en bénédiction; parce que Adam, qui gisait frappé d'exécration, a été, grâce à vous, relevé et béni. Vous êtes vraiment bénie parmi les femmes, puisque la bénédiction du Père s'est levée par vous sur les hommes, et les a délivrés de l'antique réprobation. Vous êtes vraiment bénie parmi les femmes, puisque vos ancêtres trouvent par vous le salut : car vous enfanterez le Sauveur qui leur procurera le salut divin... Vous êtes vraiment bénie parmi les femmes, puisque, tout en étant une simple femme par votre condition naturelle, vous deviendrez en toute vérité la Mère de Dieu » (2). Ce texte est de saint Sophrone.
En voici un autre tout semblable qui vient encore de l'Eglise grecque. Après avoir magnifiquement décrit « les incompréhensibles et redoutables prérogatives » de la Mère de Dieu, l'auteur continue : « Les Anges accusaient Eve; et maintenant ils glorifient Marie qui l'a relevée de sa chute, et a fait monter dans les cieux Adam chassé du paradis... Par vous, en effet, ô Vierge sainte, le mur de séparation a été renversé; /)ar vous, la paix du ciel a été départie au
(1) s. Gyril. Alex., Encom. in S. M. Deip. P. G. lxxvii, io33.
(2) S. Sophron., Serm. 10, in B. V . Annunciat . a . a . P. G. lxxxvu,