CH. I. — PRINCIPE FONDAMENTAL
monde; par vous, les hommes sont devenus des anges...; par vous, la croix a resplendi dans toute la terre, cette croix où fut suspendu votre Fils, le Christ, notre Dieu ; par vous, la mort est détruite et l'enfer, dépouillé; par vous, sont tombées les idoles, et la céleste doctrine a conquis le monde; par vous, nous avons connu le Fils unique de Dieu, que vous avez enfanté, Vierge Sainte, Notre Seigneur Jésus-Christ, adoré des anges et des hommes; par vous enfin, nous professons le Père sans commencement, et nous glorifions l'indivisible et consubstantielle Trinité, aux siècles des siècles» (i). Quoique l'homélie d'où j'ai tiré ce morceau ne paraisse pas appartenir à saint Epiphane, auquel on l'a très longtemps attribuée, il n'est pas douteux qu'elle exprime ses idées et celle des autres Pères grecs.
Témoin saint Jean Damascène, dans son homélie sur l'Annonciation de la bienheureuse Vierge. Le discours tout entier n'est guère qu'une longue série de salutations à la Mère de Dieu. Tous ses titres, tous ses privilèges, toutes ses gloires, toutes les images et tous les symboles qui la représentent à la piété des fidèles y sont éloquemment rappelés. « Salut, ô vous, par qui la Trinité, créatrice du monde, principe de toute vie, nous a été manifestée. Salut à vous, par qui nous sommes le peuple chrétien, portant le nom de votre Fils, notre Dieu. Salut à vous, par qui nous sommes enrôlés dans l'Eglise une, sainte, catholique, apostolique. Salut à vous, par qui nous rendons nos hommages à l'adorable et très salutaire croix. Salut
(i) Homil. 5 in Laudes S. M. Deip., inler 0pp. S. Epiphanii, P. G., XLIII, 5oi .
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à VOUS, par qui nous possédons la foi qui éclaire et qui sauve les âmes. Salut à vous, par qui nous participons à la pure et redoutable chair du Dieu fait homme, et goûtons le vrai pain de Timmortalilé. Salut à vous,/)t7r qui, retirés des portes de l'enfer, nous sommes élevés jusqu'au ciel. Salut à vous, par qui, rachetés de la malédiction, nous sommes inondés d'une inexplicable joie... Salut à \ous, par qui nous foulons aux pieds les idoles et les images sacrilèges des démons. Salut à vous, par qui nous résistons à l'ancien et superbe ennemi de la famille humaine »... (i).
Impossiblede tout citer. Contentons-nous d'ajouter encore quelques paroles détachées de longs discours. « O sainte Mère de Dieu, par votre enfantement audessus de la nature, vous avez réparé la ruine de notre liberté... /*«r yoM5, le genre humain est revenu de l'exil à la patrie ; par vous, nous avons recouvré l'immortelle joie du paradis... ;par vous, nous avons reçu les gages de la résurrection glorieuse; par vous, nous espérons obtenir le royaume des cieux (2) ». « O Reine de tous les hommes, vousavez porté dans vosentrailles la Sagesse et le Verbe substantiel du Père.... c'est pourquoi vous êtes la vie des vivants, la cause de notre vie » (3). « 0 Vierge, Mère de Dieu, l'homme est devenu spirituel, lorsque l'Esprit Saint est survenu en vous comme dans son temple. Aussi personne, ô Très-Sainte, n'est rempli de la connaissance de Dieu
(i) s. Joan. Damasc, hom. in Annunc. B. M. V. P. G, xcvi, 656,
(2) Georg. Nicom , Orat. 6 in SS. Deip. ingressum. P. G. c, i437, sqq.
^3) S. Andr. Crel., Bom. in Dormit. S. M., 3. P. G. xcvii, iio8.
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que par vous ; personne, ô Mère de Dieu, n'est sauvé que par vous ; personne, ô Vierg-e Mère, n'échappe à la mort que par vous; personne, ô Mère, n'est racheté que par vous; personne ne reçoit le bienfait de la miséricorde (jue par vous; par vous, qui avez mérité de renfermer Dieu môme en vous w (i).
Voilà ce que pense et ce que dit l'Eg-lise grecque par la bouche de ses représentants les plus illustres et les plus saints. Les. autres églises d'Orient n'ont pas une autre foi. J'en appelle à saint Ephrem, cette gloire des chrétiens de rite syriaque. Il salue Marie comme « l'unique espérance des chrétiens, la gloire des prophètes, la prédication des apôtres, l'honneur des martyrs, la joie de tous les saints, le concert de toutes les hiérarchies... Car, ajoute-t-il, c'est par vous que nous avons été réconciliés (2) au Christ, notre Dieu et votre très doux Fils » (3). Direz-vous que ce discours sur les Louanges de la bienheureuse Vierge n'est pas certainement de saint Ephrem, voici des paroles d'une authenticité non douteuse : « Il se trompe, mes bien-aimés, celui qui croit pouvoir comparer le jour de la réparation à celui de la création première. Au commencement. Dieu produisit la terre, il la renouvelle aujourd'hui. Au commencement, le crime d'Adam la lit maudire; aujourd'hui \a paix et la sécurité lui sont rendues. Au commencement, la mort, par la prévarication du premier père, passa dans tous les hommes ; aujourd'hui, par Marie, nous sommes transférés de
(i) s. German. Gonst., Hom. in Dormit. M. Deip. 2. P. G. xcviii,
(2) N'oublions pas que la réconciliation du pécheur ne va pas sans la grâce. Etre réconcilié, c'est passer de la mort à la vie. Point de milieu, dans l'économie surnaturelle du salut.
(3) S. Ephraem Syr. ,0pp., t. III (graece-lat.), 575.
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la mort à la vie. Au commencement, le démon, s'emparantde l'oreille d'Eve, y glissa le poison qui de là s'épancha dans le corps entier; aujourd' hui Mane, prêtant l'oreille de la foi à la parole de Dieu, a introduit par là dans notre humaine nature l'auteur de l'élernelle félicité. Ainsi, ce qui fut autrefois l'instrument de la mort est devenu la cause de la vie » (i).
Après avoir écouté cet universel concert des Orientaux, parcourez les œuvres de leurs frères d'Occident, plus rapprochés de l'Eglise mère et maîtresse de toutes les églises, ce sera toujours et partout la même foi, la même profession de l'influence universelle de Marie sur le salut du monde ; et, par conséquent, sur le privilège et la cause de sa maternité de grâce. Ce qui le prouve, indépendamment de tout autre texte extrait de leurs écrits, c'est que l'Eglise romaine a fait entrer dans sa Liturgie la plupart des témoignages que nous rapportions tout à l'heure; c'estqu'elle-même, en cent endroits, en a consigné d'équivalents, par exemple quand, au grand scandale des hérétiques, elle nomme [e sacrée Vierge « notre vie, notre douceur, notre espérance (2), et voit dans sa naissance bienheureuse (( le commencement de notre salut » (3). Ce qui le prouve encore, ce sont les textes où les Pères latins, opposant Eve à Marie, proposent universellement celle-ci comme le principe de la vie surnaturelle et divine (4).
Voulez-vous d'autres témoignages non moins explicites, relisez presque au hasard les prières que saint Anselme adresse à la Mère de Dieu. « Que dirai je
(i) Serra. 4". i8 serm. de diversis. 0pp., t. III (syr. et lat.), 607.
(2) Salve Regina, vita, dulcedo el spes nostra.
(3) B. V. parlas extitit salutis exordiam. Orat. pro /est. Nativ. B. V. M.
(4) II' p., 1. I, c. I.
cil. 1. — PRINCIPE FONDAMENTAL Q^
qui soil di^nie de la Mère de mon Créateur et de mon Sauveur; de celle qui, par sa sainteté, me purifie de mes fautes, par son intégrité me donne l'incorruptibilité, par sa virg-inité me fait aimer de son Seii^neur et fiance mon âme à mon Dieu? Quelles dignes actions de grâce rendrai-je à la Mère de mon Seigneur et de mon Dieu : captif, elle m'a racheté par sa fécondité toute pure; voué à la mort éternelle, elle m'a délivré par son enfantement; perdu, j'ai été relevé par le fruit béni de ses entrailles et rappelé du plus misérable exil dans la bienheureuse patrie? Oh! la bénie parmi les femmes, tout cela m"est venu par votre Fils dans son baptême, soit en espérance, soit en réalité... Par votre fécondité, ô Notre Dame, le monde pécheur est justifié; le mondeperdu, sauvé; le monde exilé, ramené dans sa vraie patrie. Oui, votre enfantement a racheté le monde captif, g'uéri le monde malade, ressuscité le monde mort .
« Le ciel, les astres, la terre, les fleuves, le jour, la nuit, en un mot, tout ce qui est soumis au pouvoir de l'homme ou fait pour son utilité, tout cela se félicite d'avoir été rappelé par vous à son antique beauté, paré par vous d'une nouvelle et ineffable g-râce... Car tous ces bienfaits nous sont venus de votre fruit béni, ô Vierge bénie.
« Mais pourquoi dire seulement que le monde est plein de vos bienfaits? Ils pénètrent jusqu'aux enfers, ils vont au delà des cieux. Par la plénitude de votre grâce, ce qui était dans les enfers (i) se réjouit d'avoir été délivré par vous; ce qui était au-dessus du monde, d'avoir été restauré. Par le même glorieux Fils
(i) G eit-à-dire les limbes.
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de votre glorieuse virginité, tous les justes, morts avant son vivifiant trépas, tressaillent d'allégresse en voyant leurs chaînes brisées ; et les Anges se félicitent à la vue du rétablissement de leur cité à demi renversée...» (i). Afin de mettre encore plus en évidence la part de choix qui revient à Marie dans l'œuvre de notre salut, comparons ce que la tradition catholique a proclamé d'elle avec ce que les Ecritures nous enseignent du Sauveur lui-même . Or, d'après nos saintes Lettres Jésus-Christ est le Réparateur de notre nature, l'auteur de la vie (2), l'auteur de la foi sans laquelle il n'y a point de vie surnaturelle (3), l'auteur du salut (4). Et Marie qu'est-elle? Si vous la considérez dans son rapport avec Jésus, le Sauveur universel, elle est, au témoignage des Pères et des monuments liturgiques, les prémices du salul, primitiae salutis.primitiae nostrae salutis (5), parce qu'il lui appartient singulièrement d'avoir été sauvée d'une manière plus sublime; parce qu'elle est la première dans l'ordre des rachetés. Mais si vous l'envisagez dans son rapport avec la race humaine dégradée et réparée, vous la verrez toujours et partout saluée comme le principe et la cause de notre salât : capiit salutis nostrae, salutis un'wersalis causani (6j ; comme la mère du salut pour tous, comme le salut des fidèles, le salut du monde, niatrem salutis, salutem gêner is christiani , saluatricem mundi {']).
(i) s. Anselm., Oral. 52, ad B. V. M. P. L. clvui, g5Z, sqq.
(2) Act., m, i5.
(3) Hebr., xu, 2.
(4) Hebr., 11, 12.
(5) Passag-lia de Immaculalo Deip. semper virginis conceptu. S. 6, n. 1374.
(6) Passaorl., ibid., n. 1374.
(7) Id.jibid., an. 1376, 1376.