PRINCIPE FONDAMENTAL
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le sein de leur mère » (i). On peut voir ces deux textes de l'abbé Guerric insérés presque mot pour mot dans le traité de Richard de Saint-Laurent sur les Louanges delà Bienheureuse Vierr/e Marie (2).
Pourtant, ce dernier auteur ajoute une idée, disons mieux, une comparaison qui. bien comprise, n'est pas sans utilité. « Quoique Marie, dit-il, n'ait engendré corporellement qu'un fils, elle est toutefois devenue spirituellement en lui mère d'une multitude immense d'enfants. Ce n'est donc pas sans raison qu'il est écrit d'elle en saint Luc : Elle mit au monde son premier né... De même qu'Eve a été nommée « la mère de tous les vivants » selon la nature (3), ainsi la bienheureuse Vierg-e est la mère de tous ceux qui vivent de la vie de la grâce... C'est pourquoi elle est figurée par Sara qui, tout en ayant donné seulement un fils au père des croyants, Abraham, est pourtant appelée par l'Ecriture la mère de tout le peuple d'Israël. Ne lit-on pas, en effet, dans Isaïe : 0 Rappelez-vous Abraham, votre père, etSara qui vous aenfantés ))(4)' Marie, comme Sara, n'eut jamais qu'un fils selon la chair, le véritable Isaac, notre ris et notre joie; mais, suivant l'esprit, c'est la mère universelle du peuple de Dieu... Car la vie divine que nous avions originellement reçue, cette vie dont nous fûmes privés par Eve, Marie nous l'a rendue » (5).
Telle est donc la raison dernière et fondamentale
(i) Idem., ibid. n. 3 et 4 ; 188, sq.
(2) Je rappelle que ce dernier ouvrage est celui-là même qu'on trouve parmi les œuvres d'Albert le Grand {t. XX de l'édition de Lyon, i55i), et qu'on a coutume de citer sous le titre de Mariale Alberti Magni.
^3) Gen.,n, 20.
(4) Isa , Li, 2.
(5) Ricard a S. Laur.,o/). cit. 1. vi, c. i. 0pp. Albert. M., t. XX, p. 187.
fie la maternité spirituelle de Marie : nous tenons d'elle et par elle tous les principes de la vie qui nous range au nombre des enfants de Dieu. Aucun d'eux, si humble ou si élevé qu'il soit, dont nous n'ayons àlui rendre grâce. Et c'est parce qu'elle a enfanté le Dieu fait homme, le Christ Sauveur, cause de toute grâce et de toute vie surnaturelle, qu'elle nous a fait ces dons; en d'autres termes, elle est notre mère selon l'esprit et la grâce, parce qu'elle est la Mère du Dieu Sauveur selon la nature et la chair.
Voilà ce que ne se lassent pas de répéter les anciens panégyristes de Marie. Quoiqu'il n'y ait pas grande nécessité d'en donner d'autres exemples, je citerai pourtant quelques nouveaux témoignages, ne fût-ce que pour familiariser mes lecteurs avec des écrivains ecclésiastiques qui mériteraient d'être plus généralement connus. Ecoutons d'abord Guillaume le Petit (i).
(i) Que! était, au juste, ce Guillaume le Petit? On pense plus communément qu'il était abbé du Bec, quoique ce ne soit guère qu'une hypothèse. Jl aurait vécu vers la fin du xn« siècle et le commencement du xni». Le P. Cornélius, a Lapide, commentant le Cantique, et surtout le P. Martin Dcl'Rio dans l'interprétation qu'il nous a laissée sur le même Livre, donnent de longs fragments de l'œuvre de Guillaume, alors inédite. « Dabo ex illo praecipua ex Mss . CoUegii Societ. J. Lovaniensis », dit le second, c. 5, p. i3, dans l'Introduction de son Commentau'e. Du reste, il ne se lasse pas de louer la doctrine, et surfout la piété et l'onction du vieil auteur. « Acutus, docfiis, plus fuit ». (1. c). « Audite denique suavem susurrum dulciloqui Gulhietmi, cujiis agnomen, aetas, patria nobis içjnola, nota coelesiibus » fp. 258). Del'- Rio l'appelle encore mellilegnlum, melliloqiium, etc. Et ce n'est pas une flatterie. S. Bernard lui-même n'a certainement pas plus que lui mérité ces titres, comme en sera persuadé quiconque aura parcouru ce comment aire Au milieu de ses éloges, le panégj'riste a cru pourtant qu'il devait glisser quelques réserves : « Flactenus (lie, dit-il à propos d'une interprétation trop fantaisiste, acco/72/«of/o//us ad pie medilandum et conlemplandum, quani ad explicandam in scholis aul pulpitis germanam loci interprelationem et seriem Cantici canticoruni » (In Cant. IX, i3). C'est dans ce qu'il appelle « mixta interprétât io quae est de B. Virgine », que Del'Rio donne pour chaque section de chapitre des passages empruntés aux manuscrits de l'abbé Guillaume. On y trouve parfois des choses d'une délicatesse, d'une grandeur et d'une simplicité vraiment ravissantes, où se peint tout l'amour filial du pieux abbé pour la Mère de Dieu.
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(( Le fruit de la Vierge est unique, ce fruit qui porte le nom de Jésus, parce qu'il est la cause efficiente du salut des hommes; mais dans ce fruit unique quelle multitude de fruits I Dans son Jésus, le Sauveur universel, Marie a enfanté de nombreux fils à la g-râce; engendrant la Vie, elle nous a engendrés nous-mêmes à la vie... Par cela même qu'elle est la mère du Chef, elle est la mère d'une infinité de membres. Oui, la Mère du Christ est la mère des membres du Christ, parce que la tête et les membres forment un seul Christ : enfanter corporellemenl le Chef, c'est enfanter spirituellement les membres. Aussi, tous lui donnent-ils à bon droit le doux nom de mère, et lui rendent-ils le culte de filiale vénération réclamé par ce titre » (i).
Un autre auteur, à peu près du même temps que Guillaume le Petit, prêche la même vérité dans des termes presque identiques. C'est l'illustre Geoffroy, abbé de Vendôme. Après avoir, dans une prière rythmée (2), chanté Marie comme la réparatrice de la vie.
(i) Gulhiflm. P. In Canf. IV, i3. A noter encore !e connmentaire du même abbé Guillaume sur ces mots du Cantique : Duo ubera tua sicut duo hinnuli gemelli capreae (VII, 3). Par ces deux hinnuli gemelll il entend assez arbitrairement les fidèles de l'un et l'autre sexe. Ilis (hinnulis) Mariae viscera Salvalorem nutrierunt. Nam sicut magnus ille Parvulus nalus est nobis, id est, ad salutem rostram, ita etiam nutritus est nobis. Pariebat nobis Virgo salutem, atque eo ipso pariebat nos ad salutem; sacro lacté suo nutriebat nobis vitam, atque eo ipso nutriebat nos ad vitam, Piis cajiut nostrum brachiis suspendebat ad ubera sua, et nos ad eadem in illo suspendebat. Nec sibi ille nasccbalur, sed nobis; atque ideo nos, nos in illo nascebamur, nos in illo pascebamur. (2) 0 Maria gloriosa,
Jesse proies generosa,
Per quam fuit mors damnata,
Atque vila reparala.
Virgo semper speciosa
Stella maris, coeli porta,
Ex qua mundo lux est orta.
Mundi salus, mors peccati.
l'exterminatrice de la mort et le salut du monde; comme la porte céleste par où s'est levée sur nous l'éternelle lumière; comme le refuge des pécheurs et notre très puissante protectrice auprès de Dieu, Geoffroy nous parle de sa douce matemité : « En vérité, s'écrie-t-il, la très bonne Marie a enfanté le Christ, et dans le Christ tous les chrétiens. Donc, la Mère du Christ est aussi la mère des chrétiens. Or, si la Mère du Christ l'est aussi des chrétiens, il est manifeste que les chrétiens et le Christ sont frères » (i).
Un siècle plus tard, l'auteur an Miroir de la Vierge écrivait à son tour : « Marie n'est pas seulement la Mère du Christ pris individuellement ; mais la mère universelle de tous les fidèles. Aussi, le bienheureux Ambroise a-t-il dit : « Si le Christ est le père des croyants, pourquoi celle qui a engendré le Christ ne serait-elle pas leur mère » (2)? Donc, mesbien-aimés, réjouissons-nous et répétons dans notre allégresse : Béni soit le frère par qui Marie est notre mère; et bénie soit la mère par qui nous avons le Christ pour frère » (3).
Disons enfin que, dans le même siècle, le bienheureux Albert le Grand, au nom de la théologie, proclamait hautement la maternité spirituelle de la Mère de Dieu, et la faisait reposer sur les mêmes titres. L'extrait de ses œuvres qui va suivre est d'autant
Surnmi facta parens nati...
. . . . Godefrid. Vindob. F". L. clvm, 234, sq.
(i) Serin, de Purif. S. M. Ibid , 2o5, 356. Dans la suite nous reviendrons sur ce sermon et sur le suivant : car ils décrivent avec une singulière onction ce que Marie fait pour nous et ce que nous devons être pour elle.
(•-)) Ce texte ne se trouve nulle part, quanta la lettre, dans les œuvres de S. Ambroise.
!3) Spéculum B. M. V., lect. lo. 0pp. S. Bonaventurae, t. XIV, p. 260, sq. (éd. Vives).