MERITE DE LA MATERNITE
mes, et devenait d'iieiire en heure plus écrasant. C'est que la sagesse du Dieu suprême ne trouvait pas, dans la masse des hommes, la voie par laquelle il avait éternellement résolu de venir au monde pour réparer une ruine si lamentable, jusqu'au jour où parut la Vierg-e dont nous parlons. Mais dès que le cours des générations eut donné cette Vierge à la terre, elle y resplendit d'un tel éclat de vertus que la divine Sagesse la jugea parfaitement digne de l'introduire elle-même dans le monde, soit pour eîTacer la faute de nos premiers ancêtres et celles qui l'ont suivie, soit pour y renverser l'œuvre du diable, son perpétuel ennemi. Qui donc pourra méditer ces merveilles, sans estimer digne de toute louange celle qui, de préférence à tant d'autres, a mérité à' èive la médiatrice de si ineffables biens » (i)?
A ce texte d'Eadmer ajoutez ces belles paroles adressées à Marie par saint Anselme, son illustre maître : « Tige bienheureuse , racine sacrée... vous seule, pleine du Saint-Esprit, avez mérité de concevoir vierge un Dieu, de porter vierge un Dieu, d'enfanter vierge un Dieu » (2).
Ajoutez encore l'explication mystique donnée par saint Bernard sur la fontaine qui arrosait toule la surface du paradis. Le saint voit dans cette fontaine le Verbe vivant et vivifiant. Or, « ce fleuve est descendu par un aqueduc, non pas certes pour déverser sur nous toute la plénitude de la source, mais po'.ir eii épancher dans nos cœurs desséchés les filets vivifiants, plus abondamment chez ceux-ci, moins
(i) Eadmer, de Excellent. V. M., c. 9. P. L. clix, 674. (2) S. Aaseltn., Or. 56 (al. 55,. P. L. clvui, 9G2.
ii6
chez ceux-là. L'aqueduc a la plénitude, mais en sorte que les autres reçoivent de la plénitude, et non la plénitude elle-même... Vous avez compris,, si je ne me trompe, quel est cet aqueduc qui, prenant au cœur du Père la plénitude même de la source, l'a amenée jusqu'à nous, sinon tout entière, au moins dans la mesure où nous pouvions la recevoir; car vous savez à qui il a été dit : Je vous salue, pleine de grâce... Mais comment notre aqueduc a-t-il été capable d'atteindre une source si prodigieusement élevée? Comment, je vous prie, si ce n'est par la véhémence de ses désirs, par la ferveur de sa dévotion, par la pureté de sa prière... Toutefois, ce n'est pas seulement par sa prière que Marie pénètre les cieux, mais par sa pureté qui, suivant le mot du Sage, rapproche de
Dieu (i)... par sa charité toute brûlante par son
incomparable humilité... C'est ainsi qu'elle s'élève au-dessus du genre humain, qu'elle monte jusqu'aux Ang-es, qu'elle dépasse enfin toute créature céleste : car il faut qu'elle puise au-dessus des Ang-es cette eau vive qu'elle répandra sur les hommes » (2).
Ou'est-il besoin maintenant de faire appel aux témoignag-es de la sainte Liturg-ie? Et pourtant, comme elle affirme de partout ce mérite de la divine maternité ! C'est ici l'Eg-lise g-recque qui, dans ses chants sacrés, nous propose la bienheureure Vierge « comme la seule digne des divins prodig-es ; la seule digne d'avoir été faite Mère de Dieu » (3). « Le Fils, incréé comme le Père, dit-elle à Marie, a découvert en vous
(i) Sap., VI, 20.
(2) S. Bernard., Serai, de Aqaaedactu, n. 3-5, 9 P. L. clxxxiii, 4'jo, sqq.
(3) Men., die 20 Jan.,od. 7; die 26 oct., od. 4-