‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 23 sur 98 · CH. II. — MERITE DE LA MATERNITE IIQ · texte numérisé non relu

CH. II. — MERITE DE LA MATERNITE IIQ

III. — Une autie question se pose naturcllomenl ici: de quel mérite s'ag"it-il, car il en est de plus d'une sorte? Assurément, on ne peut dire que la Sainte Vierge ait mérité la substance même de l'Incarnation du Verbe; je parle du mérite proprement dit, du mérite de condignité. C'est un axiome en théolog-ie que le principe du mérite ne peut tomber sous le mérite : car ce principe serait à la fois effet et cause : effet du mérite, puisqu'il en serait le prix; cause du mérite, puisqu'il en serait la source. Voilà pourquoi nul homme n'a jamais pu mériter sa première grâce; et c'est aussi pourquoi l'Incarnation, premier principe de la grâce en vertu de la([uelle nous posons des actes méritoires, n'est d'aucune manière un fruit du mérite. D'ailleurs, l'Incarnalion du Verbe est une grâce infinie dans son ordre, puisque c'est une union dans l'être personnel entre la nature humaine et le Fils éternel de Dieu; elle est encore d'une valeur sans limites, puisqu'elle va de sa nature au relèvement de toute la famille humaine. Donc, il est manifeste qu'elle dépasse tout mérite limité dans sa valeur, c'est-à-dire, tout mérite d'une pure créature (i). Donc, « la très sacrée

(i) s. Thom., 3 p , q. 2, a. ii.

La thèse pourtaut ne va pas sans objections. En voici trois que je prends à l'endroit indiqué de la Somme, et que je rapiporle avec les réponses. Première objection. L'Incarnation présupposait des mérites: car la Glose (au psaume xxxii, 22; en fait honneur aux prières et au mérite des Prophètes. Rt'ponse : 11 n'est queslion que d'un mérite improprement dit : « les saints de l'ancienne Loi méritèrent, il est vrai, l'Incarnation par leurs désirs et par leurs prières, mais c'était mérite de pure convenance. Il convenait, en effet, à la divine bonté d'écouler les vœux de ceux qui lui obéissaient ». Abraham, le père des croyants, entendit de la bouche de Dieu cette conso'ante promesse : « Parce que iu us fait cela, et que pour m'obéir tu n'as pas é[)argné ton fils unique . . voici que toutes les nations seront bénies dans la postérité, in seminc iuo » (Gen , xxn, 16-18). La récompense promise et méritée n'était pas tant la naissance du Vcibe incarné que l'honneur [ our Abraham de l'avoir parmi ses descendants.

Deuxième objection. Quiconque mérite une chose mérite ce sans

Vierge n'a pas strictement mérité l'Incarnation; mais, l'Incarnation présupposée, elle a mérité qu'elle se fît par elle, non pas d'un mérite de condiffnité, mais d'un mérite de congriiité, en tant qu'il convenait que la Mère de Dieu fût une vierge parfaitement pure et parfaitement sainte (i). »

Méditons ces derniers textes pour en saisir la signification précise. La Très Sainte Vierge n'a pas, au sens le plus strict du mot, mérité sa maternité divine, non seulement en tant qu'elle renferme l'Incarnation du Fils, mais même en tant qu'elle la présuppose indépendante de tout mérite (i). C'est que le mérite strictement dit, le mérite de condiffnité, ne va pas sans une certaine égalité entre l'acte méritoire et la récompense dont il est divinement payé (2). Or, nous le savons, la dignité de Mère de Dieu l'emporte excellemment sur la plus haute récompense promise aux mérites condiffnes d'une créature, je veux dire sur l'aug-

quoi celte même chose ne saurait être obtenue. Or, d'un côté, les anciens Pères ont mente la vie éternelle; de l'autre, ils ne pouvaient entrer en possession de cette vie que par l'Incarnation du Verbe. Donc... Réponse : « Il n'est pas vrai que tout ce que présuppose la possession de la récompense méritée soit objet de mérite. 11 y a des choses, en effet, qui sont, non seulement présupposées pour la récompense, mais encore pour tout mérite; par exemple, la divine bonté, sa grâce et la nature même de l'homme. Pareillement, le mystère de l'incarnation est le principe de tout mérite, car il est écrit : De sa plénitude nous avons tout reçu (Joan., i, lOj ».

Troisième objection se rapportant directement à Marie. L'Eglise affirme par ses chants « qu'elle a mérité de porter le Seigneur de toutes choses » : ce qui manifestement s'est fait par l'Incarnation. Réponse. « La B. Vierge a mérité de [)orter le Seigneur, non pas iju'tUe a.t mérité l'Incarnation prise en elle-même, mais parce qu'avec le secours de la grâce elle a mérité le degré de pureté et de sainteté qui convenait pour une Mèie de Dieu, ut cunj rue posset esse Mater » [l. cit., ad i, 2 et 3).

il) S. Thom. , 111 Sent., D. 4, p, 3, a. i, ad 6.

(2) Dicitur aliquis mereri ex condigno, quando invenilur aequalitas inler praemium et meritum, secundum rectam aestimationem ; ex congruo autem lantum, quando talis aequalitas non invenitur, sed solum secundum liberalitalem daiitis munus Iribuitur, quod danlem decet. S. Thom., in a Seni.,D. 27, q. i, a. 3.

Page 1