‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 24 sur 98 · CH. II. MERITE DE I,A MATERNITE · texte numérisé non relu

CH. II. MERITE DE I,A MATERNITE

menlalion de la grâce et sur la g-loire elle-même ; car elle est d'un ordre supérieur, loiiclianl, comme elle le fait, aux confins de la divinité. Donc, puisqu'il j a mérite et que ce mérite ne peut être le mérite de condignité, c'est un mérite de congriiilé. D'une part, il convenait à la divine bonté de choisir pour mère à son Fils une vierg-e riche de si ineffables vertus, parée d'une innocence et d'une pureté supérieures à tout ce que nous pouvons concevoir, la plus belle incomparablement de ses images créées; et, d'autre part, il convenait aussi qu'une vierg-e, enrichie de tant de privilèges et de mérites, n'eût pas d'autre fils qu'un Dieu fait homme, s'il plaisait à Dieu de lui donner un fils. Ce qui toutefois n'empêche pas Marie d'avoir mérité condignenient, je ne dis pas sa première grâce, celle de sa conception immaculée, mais le suréminent accroissement de sainteté qui lui valut, de préférence à toute autre, la g-loire de porter dans son sein le Verbe incarné (i).

(i) Il faut l'avouer, les théologiens, dans cette question, ne s'accordent pas tous avec le Docteur angélique. Il en est qui tiennent que la B. Vierge a mérité sa maternité divine d'un mérite de condijnité. On en trouvera les noms soit dans Fr. Suarez (t. J, de Jncarn., D. lo, sect. 7), soit dans le P. Christophe de Véga.

Un théologien d'autorité, le P. Viva \Trutina Iheol., P. 11, in propos. 26 et 3i e prohibilis ab Alex, viii, pp. 107, 108), regarde celte opinion comme très probable; et, chose singulière, il s'appuie pour la soutenir sur deux grands théologiens qui l'ont niée, je veux dire sur Fr. Suarez et sur Vasquez. Voici comment : deux conditions sont requises pour constituer le mérite de condujnité : une proporlion suffisante entre l'acte méritoire et le bien qui en est le prix ; une promesse par laquelle Dieu s'est engagé à donner celui-ci, si l'on posait celui-là. Pour Suarez (/. c. , il y aurait à la rigueur proportion suffisante, mais la promesse fait défaut; pour V^asquez, au contraire (in m P. D. 28, c. 3), il y a promesse, mais pas de proporlion, tant la maternité divine est chose sublime Que fait Viva? il prend de chacun ce qu'il affirme, de Suarez la proportion, dç Vasijuez la promesse, A-t-il réussi dans sa tentative, c'est ce qui me paraît plus que douteux. Mais eût-il démontré la vérité de son opinion, ce que nous voulons établir dans ce chapitre n'en serait que plus certain, puisque la part

C'est à dessein que j'ai passé sous silence plusieurs questions trop subtiles et moins nécessaires dont on peut trouver la discussion dans nos ihéologiens (i). 11 en est une pourtant qu'il n'est pas permis

morale de la Sainte Vierge à l'œuvre de l'Incarnation s'en accroîtrait d'autant.

Un mot encore sur une autre manière de voir qui est de S. Bonaventure. Le docteur Séraphique distingue trois genres de mt'rites. Il y a le mérite de pure congruitfi, comme e&t celui du pécheur qui par ses actes de lOi, d'espérance, de repentir et d'amour, s'est disposé prochainement à rentrer en grâce avec Dieu. Il y a le mérite de dignité : tel est, par exemple, celui d'un juste qui mérite d'être exaucé, lorsqu'il prie pour un autre. Il y a enfin le nr.érile de condignité, suivant lequel à un acte t'ait dans la charité répond un accroissement proportionr.el de grâce et de gloire. A bien considérer les choses, le mérite de dignité n'est autre qu'un mérite de congruité, qui serait d'un degré bien ^upérieur aux ihérites ordinaires du même genre.» Je dis donc, ajoute saint B naventure, ces distinctions une fui!^ établies, je dis que la B. Vierge, avant l'Annonciation, mcritait d'un mérite de congruité de concevoir le Fils de Dieu, parce que l'excellence inefTable de sa pureté, de son humilité, de sa liénignité, la faisait apte lidonea) à devenir Mère de Dieu. Mais, à l'Annonciatic n, quand elle eut donne son assentiment au message angclique, et que le Saint-Esprit fut descendu sur elle avec la surabondance de sa grâce, elle ne mérita plus seulement d'un mérite de congruiti', mais d'un mérite de dignité, d'être couverte et fécondée par la Vertu du Très-Haut. Mais, quant au mérite de condignité, elle ne l'eut jamais, ni ne pouvait l'avoir; et cela pour deux raisons : d'abord parce que le privilège d'clre Mère de Dieu surpasse tout mérite ; et de |j1us parce qu'il est le fondement de tous les mérites de la glorieuse Vierge. Soit donc qu'un Dieu se fasse homme, soit qu'une femme devienne Mère de Dieu, l'une et l'autre merveille est au-dessus de l'état dû à une simple créature (de quelque mérite qu'on la suppose ornée"; et, par conséquent, l'un et l'autre est purernent œuvie de bénignité ». S.Bonavent., in ill, D. iv, a. a, q. 3. On le voit, c'est, à part la diversité de certaines exiires-ions, la doctrine même de saint Thomas d'Aquin.et, nous pouvons l'ajouter, d'Albert le Grand. (Çuaest. super 3Iissus est, q. i4". Opp , t. XX. p. ijô).

(i) Une de ces qucatious est de savoir si la Sainte Vierge aurait pu mériter d'un mérite de condignité sa maternité divine, s.ins mériter aussi de condigno l'Incarnation. Il semble, en eflet, que ce dernier point est renfermé dans le premier. Car, si la Vierge a mérité de condigno d'être Mère de Dieu, elle a dû mériter que Dieu naquît d'elle; et par conséquent (]u'il se fit homme. En d'autres termes, on dirait : Elle a mérité d'être Mère de Dieu; donc elle a mérité de produire eu sa chair THomme-Dieu; donc elle a mérilé que ce composé théandrique vînt à l'existence : ce qui n'e.->t autre chose que le mystère même de l'Incarnation. Voici la solution donnée par Suarez [de Incarnat., t. I, D. lo sect. 7, in fine) ; Ce mérite de la maternité divine peut être considéré d'une double n:auière. D'abcrd, absolument, indépendamment de toute hypothèse. De celte manière il renferme nécessairement le mérite de l'Incarnation ; car, si la B. Vierge peut, à raison de ses mérites, exiger en quelque sorte que

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