CH. II. MERITE DE LA MATERNITE I2Ù
d'omettre. On pourrait objecter que les témoii^na^es, empruntés soit aux saints Pères, soit à la Liturg'ic de l'Ég-lise, ne démontrent pas la doctrine que nous avions à prouver. C'est que le niéiite dont ils [)arlcnt peut s'entendre dans une signification toute dilïerente. Ne dit-on pas, en effet, que telle ou telle personne, à raison de sa beauté, de ses qualités purement naturelles, de la fortune qui lui doit échoir, mérile d'être choisie pour épouse? C'est l'exemple qu'on emploie communément. En voici un autre plus en rapport avec l'ordre surnaturel. Un enfant qui meurt au sorlir des eaux du baptême /^î^ViVe d'entrer au ciel; et pourtant quels actes méritoires a-t-il librement posés?
Je le confesse, le nom de mérite a parfois celte largeur de signification. INIais qu'on veuille bien relire les textes sur lesquels nous nous sommes appuyés, et l'on sera bientôt convaincu que le mérite y garde un sens moins impropre : car c'est principalement aux vertus de Marie qu'ils attribuent une préférence si glorieuse pour elle. Ne me demandez pas à quelles vertus? C'est à toutes sans exception. Pourtant, lorsqu'on vient pour ainsi dire au détail, les Pères en font honneur tantôt à sa très virginale pureté, tantôt à son humilité, tantôt à sa foi, tantôt à la charité dont elle
Dieu se fasse homme en elle, et cela, absolument, sans hypothèse préalable, elle doit cxii^er aussi qu'il se fasse homme ; ce deruier m^slere étaiil renfermé dan> le j'ieinier, comme on le disait tout à Ihcure. Mais le même mirite de la maternité civiue peut C-tre considéré sous la condition que Uieu doive prendre noire chair; et, de celte façon, le mérite de la maternité se distint;r.erait du mérite de l'Incarnalioii, puisqu'd en présupposerait la réalité future. Un exemple fera comprendre la chose. Supposez qu'un prince, devant venir dans une ville, un citoyen ait mé rite qu'il choisît sa maison pour demeure, de préférence a toute autre, cet homme n'aura pas mérité la venue du prince ; mais d aura mérité la circonstance qui la prébU()pose, c'est àdire l'honneur de le recevoir à son foyer, quand il sera venu.
brûlait au cœur (i);et cette diverg-ence, qui d'ailleurs n'est qu'à la surface, n'a pas lieu de nous surprendre. C'est que chacune de ces vertus est nécessaire dans une Mère de Dieu; c'est que chacune aussi, prise en particulier, brille d'un tel éclat en Marie qu'on ne peut la contempler sans juger qu'elle lui doit sa qualité de mère.
Ne croyons pas, du reste, que ses vertus seules
(ï) s. Fortunat. par exemple, appuie tout particulièrement sur hi pureté virginale de Marie :
Virginitas felix quae partu est die^na Tonanlis, Quae meruit Dominum progenerare suum.
Venant. Fortunat., Miscellan., 1. viii, c. 6. De Virjinitate. P. L. LXXXVIII, 268.
On connaît la préférence donnée par saint Bernard à l'humilité sur la virginité. « Dieu, comme elle le proclame elle-même, a regardé l'humilité de sa servante. Marie lui a plu par sa virginité, mais c'est par l'humilité qu'elle a conçu; d'où résulte cette conséquence que, si la virginité de sa mère fut si agréable à Dieu, ce fut un effet de l'humilité ». S. Bernard., liom. i super Missus est, n 0.
« Alors que tout était repos et silence dans la Vierge; repos et silence d'une chair que ne troublait ni révolte ni convoitise : repos et silence de tout mouvement désordonné de la malice, alors, dis-je, que ce grand silence règne dans la Vierge, la Parole toute-puissante du Père ne se tait pas; elle descend des régions célestes (Sap , xviii, i4) et trouve une demeure toute préparée dans les entrailles de Marie. Car c'est préparer la demeure du Verbe de Dieu que de garder le silence... Or, la Vierge observ.it un triple silence; mais c'était le second des trois qui plaisait davantage au Verbe tout-puissant. Le premier était l'effet de la virginité, puisque c'est elle qui ré[)rimait totalement dans la chair le tumulte des passions. Le dernier résultait de la charité ; car cette admirable charité de Marie suffisait à établir en elle une paix incompatible avec le plus léger trouble. Quant au second, l'humilité le conservait dans cette àme paisible, l'humilité, gardienne de l'excellence virginale, et protectrice de la charité contre les assauts de l'orgueil qui fait naître le péril de la grandeur même des vertus... N'esl-il pas écrit de Dieu qu'il résiste aux superbes, et donne la grâce aux humbles? Si la grâce est le partage des humbles, quelle surabondance n'en dut pas avoir celle qui, surpassant incomparablement tous les antres par l'éminence de sa dignité, dépassait encore incomparablement tout ce qui est humble par son humilité? Voilà donc que le flot de la divinité descend tout entier dans cette vallée creusée par l'humilité virginale... Et de celle inondation de la pluie céleste, emplissant jusqu'aux bords l'abîme profond de l'humilité de Marie, s'est formée dans notre Vierge la source qui jaillit jusqu'à la vie éternelle... El de celte source sont arrosés et fécondés les jardins des aromates, je veux dire les cœurs des Saints, ces cœurs tout parfumés de l'odeur des vertus w. Adam. Persen., in Mariali. Serm. 1. P. L. ccxi, 700, 706.