‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 26 sur 98 · CH. II. MÉRITE DE LA MATERNITE · texte numérisé non relu

CH. II. MÉRITE DE LA MATERNITE

aient préparé la Sainte Vierge à la maternité divine. Nous savons quelle admirable somme de privilèg-es elle a reçus avant tout mérite personnel, et plus tard, indépendamment du même mérite, pour élre la digne Mère du Sauveur. Cette double préparation, ou ce double mérite, l'un provenant de la Vierge, sous la motion de la grâce, l'autre du seul Esprit de Dieu, l'Église les rappelle dans une de ses oraisons les plus familières : « Dieu tout-puissant et éternel qui, par la coopération du Saint-Esprit, avez préparé le corps et l'âme de la glorieuse Vierge-Mère Marie pour qu'elle méritât d'être la digne demeure de votre Fils; donnez-nous », et le reste (i).

Ailleurs, j'ai plus d'une fois rappelé l'axiome si familier aux Pères, suivant lequel Marie dut concevoir le Fils de Dieu dans son esprit et dans son cœur, avant de le concevoir dans sa cliair(2). Qu'est-ce à dire, sinon que ces deux conceptions se tiennent; la conception dans la chair présupposant la conception par l'esprit, et la conception par l'esprit appelant après elle la conception suivant la chair. D'où nous devons de nouveau conclure que la Très Sainte Vierge a mérité sa maternité ; en d'autres termes, que son mérite

(i) Oraison du Bréviaire à la suite des Complies, à partir de la fête de la Très Sainte Trinité.

(2) Axiome qui se présente encore sous cette autre forme : l.a Vierge a d'abord conçu le Christ par sa foi, par son humilité, par sa pureté immaculée.

Abraham a mérité de congruo que le Messie naquît de sa race ; sa descendante, la B. Vierge, a mérité de porter elle-même le Messie dans fes entrailles. Qui ne voit l'immense intervalle qui sépare le privilège de l'un du privilège de l'autre, bien que le grand patriarche doive à sa foi dans la promesse divine d'être appelé Père des croyants ? Aussi bien les mérites de Marie sont-ils presque à l'infini supérieurs à ceux d'A braham, comme sa dignité de Mère du Christ l'emporte sur celle d'ancêtre du Christ.

fut la condition requise de Dieu pour que le Verbe s'incarnât dans ses chastes entrailles.

Voici, pour finir, uu passage d'un ancien auteur ecclésiastique où ces idées sont rendues avec une remarquable onction. « Donc, Marie a été faite Mère de Dieu en vue des pécheurs. Parce qu'il était impossible de trouver dans la famille humaine une personne plus chaste, plus sainte, plus humble qu'elle, c'est ajuste titre que celui qui ne voit ni ne peut voir rien de plus chaste, de plus saint, de plus sublime au-dessus de lui, l'a choisie pour une si excellente dignité ; car est-il chose plus grande que d'enfanter de sa chair, en demeurant perpétuellement vierge, un Dieu fait chair,? Or, cette excellence Dieu l'a conférée à la Vierge Marie, parce qu'il Ta vue plus que toute créature adhérer à lui par la double pureté deson cœur et de son corps. O l'heureuse adhérence qui colle en quelque sorte à celui qui seul est véritablement, qui seul est souverainement, qui ne manque jamais à la créature sincèrement unie de cœur avec lui ! Donc, ô notre pieuseDame, parce que vous vous êtes attachée à lui, lui de son côté s'est attaché à vous, et de la manière la plus douce entre toutes. En efFet, quoi de plus doux que les rapports d'une mère à son fils, d'un fils à sa mère » (i)?

Ainsi tombe déjà l'objection qu'on nous o[)posait dès l'abord. Non, ce n'est pas par hasard que la bienheureuse Vierge est devenue Mère de Dieu; ce n'est pas un concours purement physique qu'elle a prêté au Saint-Esprit pour une œuvre si merveilleuse. Avant de concevoir Jésus Christ dans sa chair, elle l'avait par l'excellence de ses mérites conçu dans son cœur ;

(i) Tractai, de Concept. B.M. V., n 23. P. L. ci.ix, 3i2.

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et cette conception suivant 1'e.sprit appelait la conception de nature.

Il importe peu que Marie n'ait pas su d'avance où la mèneraient ses mérites. Que d'âmes simples ignorent une foule de biens par lesquels il plaît à la divine munificence de récompenser leur fidélité! Donc aussi, de ce chef seul, nous pouvons et nous devons remercier Marie de nous avoir donné le Dieu Sauveur et par lui toute grâce. Sa libre volonté ne fut pas étrangère au don de Dieu, puisqu'elle prépara la voie par laquelle Dieu avait résolu de faire entrer son Fils dans le monde; une voie sans laquelle il ne fût pas venu sauver le genre humain, dégradé et perdu. A côté de son concours physique je vois son concours moral, et de celuici dépend celui-là. Donc, encore une fois, nous lui devons en toute vérité le Sauveur et, dans le Sauveur, toutes les grâces qui nous sont venues par lui. Donc, c'est tout un pour elle d'enfanter le Sauveur et d'être notre mère (i). Voilà ce qui ressort déjà de la considération de son mérite, et ce qui paraîtra plus clairement encore, quand nous aurons médité le consentement donné par elle, à l'Incarnation du Verbe de Dieu.

(i) Per meritam Virginis inclinantis ad se Deurrij ut assumeret carne.n nostram, inchoata est concalcatio satanae et reparalio nostra, et perDeum iiicaruatiim consummata est, S. Bernardin, Seneos ,Serm. 3 de glor. noniine Mariae, a 2, c. 2.0pp., t. IV (Lugduni, i55o),p. 83.

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