‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 29 sur 98 · CH. III. — CONSENTEMENT DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

CH. III. — CONSENTEMENT DE LA SAINTE VIERGE

est certaine; elle ressort des divines Ecritures; et Pères, interprètes et théologiens s'accordent pour lui rendre témoignag-e. Comme c'est une vérité de souveraine importance pour entendre la maternité spirituelle de la Très Sainte Vierge, je ne peux me dispenser de faire parler mes témoins. Je les choisirai comme toujours dans les différentes parties de l'Eglise, afin qu'il soit bien constant qu'il n'y a pas là seulement une de ces opinions particulières auxquelles on ne doit pas attribuer trop d'autorité.

Voici d'abord la paraphrase que l'évêque Antipater a faite sur les paroles de Marie : « Je suis la servante du Seigneur; je suis la tablette sur laquelle il peut écrire; qu'il écrive ce quebon lui semblera. La matière se livre au divin ouvrier; à lui d'en faire ce qui lui plaît. Et l'Ange s'éloigna d'elle : car il avait obtenu les paroles de consentement qu'il attendait « (i).

Et encore : « Voici la servante du Seigneur; qu'il me soit fait selon votre parole. La Vierge ne répond pas : « Loin de moi; retirez- vous avec cette trompeuse et vaine annonce. Je suis vierge, je ne connais pas d'homme... Mais, dès que l'Ange lui eut dit : l'Esprit Saint surviendra en vous; cette vierge spirituelle et sainte, docile aux lumières de l'Esprit, et recevant saintement les saintes paroles de l'envoyé céleste, demeura constante dans la foi, et consentit à la promesse. Donc, alors, l'Ange s'éloigna d'elle » (2).

Prêtons maintenant l'oreille à Jean le Géomètre. Lui aussi expose la scène de l'Annonciation telle que l'Evangile l'a racontée.» Que d'autres célèbrent à leur

(i) Antipater, Bostr. episc, Hom. in S.Deip. Annunc, P. G.,lxxxv, (2) Id., ibid.

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choix les merveilles contenues dans ce mystère, celui-ci laprudence de la Vierçe bénie, celui-là son obéissance; un autre la discrétion qu'elle a su ç^arder pour ne pas se laisser imprudemment séduire par les splendides promesses de l'Archang-e, ni se montrer opiniâtre à lui refuser créance ; ég-alement éloignée de l'aveugle simplicité d'Eve et de la défiance de Zacharie, son parent. Pour moi^, je ne trouve rien de plus admirable; je ne vois rien, dis-je, qui me jette plus dans la stupeur que la profondeur d'Awm//;7e qui l'a faite digne d'une hauteur si sublime, et l'a sacrée pour être une aide au Christ anéanti jusqu'à notre chair, jusqu'à la mort et la mort de la croix. Que dit-elle, en effet? Honorée, comme elle l'est, de la présence et de l'entretien d'un Arcliange, saluée pleine de grâce, épouse de Dieu; croyant fermement d'ailleurs la vérité de ce qu'on lui dit, elle prend pour elle-même le nom de servante. Elle acquiesce, \\ est vrai, aux propositions du ciel et donne V assentiment réclamé de Dieu. Mais profondément convaincue que ces grâces dépassent infiniment son mérite: Voici, dit-elle, la servante du Seigneur; qu'il me soit fait suivant votre parole. Elle dit ; et aussitôt l'Ange prend congé d'elle, heureux d'avoir réussi dans sa mission et ravi plus encore de tant de beauté virginale et d'une si prodigieuse vertu; il n'avait plus rien à traiter avec Marie, puisqu'il avait obtenu le fidèle aveu de son consentement (i). » Ce que les Grecs ont si explicitement reconnu, les Latins l'affirment encore avec plus de force et d'ensemble. Pénétrés de ces hautes pensées, et fidèles à cette

) Joaan. Geomet., Serin, in SS. Deip. Annanc.^ n. 19. P. G. cvi,

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règle qui nous eng-açe à contempler les mystères de la vie du Sauveur, comme si nous étions là, entendant ce qui se dit, voyant et reg-ardant ce qui se fait, ils s'imaginent être présents à l'entrevue de l'Ange et de la Vierge. Et, se joignant à Gabriel, ils la sollicitent, ils la pressent de donner ce consentement d'où dépend avec l'Incarnation du Verbe et la gloire de Dieu, et la joie des Anges, et le salut des hommes, et la ruine de l'enfer.

« 0 Vierge, lui crient-ils, vous avez entendu le mystère qui vous est proposé de Dieu ; vous en savez le mode : l'un et l'autre admirables, l'un et l'autre pleins de douceur... Vous avez entendu que vous concevrez et que vous enfanterez un fds. Vous avez entendu que cela se fera non par le ministère de l'homme, mais par le Saint-Esprit. Voici que l'Ange attend votre réponse. Le temps est venu pour lui de retourner à celui qui l'a député vers vous. Et nous aussi, ô Notre Dame, nous sur qui pèse une sentence de condamnation, nous attendons de vous la parole de miséricorde.

«Vous le voyez, on vous offre leprix de notre rançon. Consentez et sur l'heure nous allons être délivrés. Faits par le Verbe éternel de Dieu, nous n'en sommes pas moins voués à la mort ; un seul mot de votre bouche, et nous voilà refaits et rappelés à la vie.

« C'est ce qu'implore de vous, ô pieuse Vierge, le malheureux Adam avec sa postérité déplorable, exilée comme lui du paradis; c'est ce que demandent Abraham, David, et tous les saints patriarches, vos pères à vous-même, habitant avec eux dans les ombres de la mort ; c'est ce que le monde tout entier, prosterné à vos genoux, attend comme eux. Et c'est justice : car

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de votre bouche dépend la consolation des misérables, la rédemption des captifs et la délivrance des condamnés. 0 Vierg-e, hâtez-vous de répondre. 0 Notre Dame, donnez cette parole que désirent la terre, le ciel et les enfers. Le Roi et le Seigneur lui-même, du même cœur qu'il a convoité votre beauté, souhaite ardemment entendre l'expression de votre consentement : car c'est en lui qu'il a résolu de sauver le monde. Vous lui plaisiez par votre silence; mais aujourd'hui c'est votre parole qui lui plaira ; car il vous crie du haut du ciel : 0 toute belle entre les femmes, faites que j'entende votre voix (i). Si donc vous lui faites entendre celte voix. Lui vous fera voir notre salut.

(( N'est-ce pas là ce que vous cherchiez, l'objet continuel de vos gémissements, de vos prières, de vos soupirs? Quoi donc?N'êtes-vous plus celle pour qui sont les promesses, ou devons-nous en attendre une autre? Oui, c'est vous, vous-même et pas une autre. Oui, vous êtes la Vierge promise, la Vierg-e attendue, la Vierge désirée, de qui Jacob, votre saint ancêtre, aux portes de la mort, espérait l'éternelle vie, quand il disait : J'attendrai votre salut, ô Seigneur (2); vous êtes celle en qui et par qui Dieu notre Roi a résolu, avant tous les siècles, d'opérer le salut au milieu de la terre. Pourquoi donc attendre d'une autre ce qui vous est offert et viendra par vous, à condition que vous profériez une parole, la parole de votre acquiescement? Répondez donc promptement à l'Ange, ou plutôt à Dieu dans son Ange. Proférez une parole qui passe, la vôtre, et concevez la Parole qui demeure éternellement, le

(i) Gant., VIII, i3.

(2) Gen.. xLix, i8.

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Verbe de Dieu...O Vierg-e bienheureuse, ouvrez votre cœur à la foi, vos lèvres à la confession, voire sein au Créateur » (i). Peut-être eût-il mieux valu écourter ce passage de saint Bernard. C'est du moins une pag-e pleine d'onction, outre l'avantage qu'elle a de nous remettre vivement en mémoire les biens ineffables que devait nous apporter l'Incarnation du Verbe, et l'éternelle reconnaissance que nous devons à la Mère de Dieu pour son libre concours au mystère.

L'auteur inconnu d'un sermon sur la Nativité de Notre Seigneur^ publié parmi les œuvres de saint Augustin, fait une prière toute semblable à la bienheureuse Marie : « Vierge sacrée, lui dit-il, répondez vite; pourquoi marchander la vie du monde, vitam quid tricas mnndo? L'Ange attend votre assentiment, c'est pour cela qu'il demeure. Déjà vous avez entendu comment cela se Jera : car le Saint-Esprit surviendra en vous, et la Vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre, afin que vous enfantiez sans péril pour votre virginité. Déjà la porte du ciel, fermée jadis par Adam, commence à s'entr'ouvrir ; par elle le messager céleste est venu jusqu'à vous. Voyez Dieu qui s'y tient debout dans l'attente de l'Ange ; et vous relardez son départ?

« O bienheureuse Marie ! le monde captif implore votre assentiment; il a fait de vous la caution de sa foi près du Seigneur, et vous conjure d'effacer l'injure faite àDieii par ses premiers parents... Dites oui, et le ciel nous est ouvert... Votre sein virginal est le sanctuaire où Dieu a préparé les noces de son Fils; et dans la joie de la fête nuptiale il veut pardonner ses

(i) s. Bernard., hom 4 sup. Missus est, n. 8. P. L.clxxxiii, 83,84.

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offenses au mondecoupable. Vous, messager du grand Roi, vous, confident des divins secrets, qui êtes descendu du palais de la majesté souveraine pour annoncer le pardon aux coupables, la vie aux morts, la paix aux captifs, pressez la Vierge... Vos compagnons seront dans l'allégresse, si vous menez à bonne fin l'affaire du monde. Le glaive de notre impiété nous a séparés de vous ; c'est par vous que "se traite la cause de notre retour. Voyez dans quelle horrible prison nous sommes enfermés, et répétez encore à Marie : Pourquoi donc, ô Vierge, retarder un envoyé si impatient de partir ? Encore une fois, ne voyez-vous pas Dieu lui-même en expectative, au vestibule des cieux? Dites une parole, et recevez pour fils le Fils de Dieu... Ouvrez vos entrailles, ô toujours Vierge. En ce moment, les destinées de la création sont entre vos mains ; il appartient à votre foi d'ouvrir le ciel ou de le fermer à jamais » (i).

Et Marie de répondre : Ecce ancilla Domini , qu'il me soitfait selon votre parole. J'y consens ; qu'il descende en son humble servante, l'Attente des nations, le Désiré des collines éternelles, le Prince du siècle futur, l'Ange de la nouvelle Alliance, le Rédempteur du monde et mon Sauveur.

Alors, aux invocations enflammées succèdent chez les Pères des actions de grâces plus ardentes encore, s'il est possible, que les supplications : « 0 bienheureuse Vierge, qui pourra jamais vous offrir assez de reconnaissance et de louanges, à vous qui, par un si admirable consentement, avez délivré le monde ! Par

(i) Serm. lao, in Nativ. Djm. 4. n, 7. Append. serm. S. August. P. L. XXXIX, 1986. Même exhortation, presque dans les mêmes termes, dans le serm. 194, n. 3. Ibid., 3io5.

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quels hoinmag-es l'humaine fragilité vous paiera-l-elle ce pieux commerce qui nous a rouvert la porte des cieux? Ag-réez nos actions de grâces, si faibles, si disproportionnées qu'elles soient avec votre méiite; et, recevant nos vœux, daignez par vos prières excuser nos fautes. Que nos prières arrivent au sanctuaire de votre miséricorde, et veuillez en retour nous envoyer l'antidote de la réconciliation... » (i).

Auguste Nicolas a sur ce sujet une page à grande allure, si pleine de vérité qu'elle mérite d'être citée tout entière, car il serait difficile de mieux dire : « Tou- . tes ces expressions (ceHes que je rapportais tout à l'heure), si enflammées qu'elles soient par le cœur de ces grands saints, si inspirées qu'elles soient par le génie de ces grands hommes, restent au-dessous de la simple et incontestable réalité. La seule exposition de celle-ci les dépasse. Qu'on se représente, en effet, non plus seulement l'attente de l'Ange, mais l'attente du inonde depuis quatremilleans, et son égarement croissant plus déterminant encore que son attente; les promesses de Dieu, les vœux des patriarches, les prédictions des prophètes, les soupirs des justes, les gémissements du genre humain ; qu'on se rappelle tous ces grands noms d'Attente des nations, de Prince du siècle futur, d'Ange de la nouvelle Alliance, de Dominateur de Justice, de Rédempteur, de Sauveur, sous lesquels le Fils de Dieu est incessamment promis et appelé dans tout le cours des saintes Ecritures; et ces cris de sainte impatience: Oh! si vous veniez ouvrirles

(i) Serm. 194 n. 5, in Append. sermon. S. August. P. L. xxxix,2io6. On retrouve et cette prière et les supplications adressées à Marie dans un sermon souvent attribué à saint Fulbert de Chartres, serm. 9 de Annunc. Dom. n. 3. P. L. cxli, n. 387, sq. L'un et l'autre sermon contient aussi la prière liturgique: « Sancta Maria, succurre miseris, juva pusillanimes, etc. »

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cieux et en descendre! — Envoyez donc, Seigneur, celui que vous devez envoyer ! Cieux, distillez votre rosée, et que la terre enfante son Sauveur ! et toutes ces figures, et tous ces préparatifs, et toute cettesuite de la Religion, et toutes ces révolutions des empires, et tout ce mouvement universel calculé et dirigé, depuis l'origine du monde, en vue de l'apparition de la Sagesse éternelle parmi les hommes, et de son union avec son ouvrage; — qu'on se représente, d'autre part, tous les siècles futurs devant sortir et dater de ce grand événement, le renouvellement du monde, la destruction de l'idolâtrie, la prédication apostolique^, la formation de la chrétienté et son progrès civilisateur sous le règne de l'Evangile et de l'Église, depuis ce temps jusqu'à jamais. — Ce n'est pas tout; en dehors de ces intérêts du temps, qu'on envisage ceux de l'éternité, la joie des Anges, la ruine des démons, la délivrance des justes, la conversion des pécheurs, le salut des élus, l'honneur de la création, la gloire de Dieu, la consommation de toutes choses dans son unité divine, les destinées du ciel et delà terre, le Plan divin : tout cela vient fondre, pour ainsi parler, sur Marie, sur son humilité, sur sa virginité, sur sa foi; tout cela se trouve comme arrêté par son qiiomodo fiet istiid, et déterminé par son Fiat.

« Voilà la réalité, non pas amplifiée, mais resserrée dans des termes insuffisants à sa sublimité. Et comme il convenait à une telle sublimité, tout cela se dit et se fait avec une simplicité ineffable. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon votre parole, et l'Ange se retira » (i).

(i) Aug. Nicolas. La Vierge Marie d'après l'Evang., c. 8, l'Annonciat., pp. 209, 210.

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