GH. I. POURQUOI MONTER AU GALVAIUE I
ce nom de Jésus qui contient en germe toutes les douleurs et toutes les grâces de la Passion (i).
Voici maintenant que Jésus, dans la cérémonie de la Présentation au temple, va confirmer publiquement, à la face du monde, la donation qu'il a faite jusqu'ici dans le secret des entrailles maternelles et du fojer dom;istique.« Nous savons, dit Bossuet, que le premier acte de Jésus, entrant dans le monde, fut de se dévouer à Dieu 'et de se mettre à la place de toutes les victimes, de quelque nature qu'elles fussent pour accomplir sa volonté, en toute manière. Ce qu'il fit dans le sein de sa mère par la disposition de son cœur, il le fait aujourd'hui réellement, en se présentant au temple, et en se livrant au Seigneur comme une chose qui est à lui » (2). Mais comment va-l-il ratifier cette offrande de lui-même ? Entre les bras et par les mains de sa mère. C'est elle qui le présente et qui le livre (3),
(1) Voluit (GhrisUis) statim post Nativitatem circumcidi ut pro nobis Deo Palri salisfacere inciperet, elredernplionis nostraeiiiilimii, quod non miuoris valoris essel qiiod tolum pretiu.n, Palri' otFerrel .. Uiide Paulus ad Galalas : Faclus sub Leiçe lU eos qui sub Lege eraut, redimerel Suarez, de Myst.er.vilae Christi, D. xv, S. 3.
(2) Bossuet. Eléuat. sur les mystères. i8« sera., 3° élevât. Voir aussi l'exorde du j" Serin, sur la Purifie. (Carême du Louvre, 1662).
(!) 11 n'y a que les Saints, pour entrer simplement et sans efforts dans les profondeurs de ces mystères. « On arrive à l'autel, écrit l'un d'eux ; la Vierge tombe à genoux, embrasée de plus d'ardeurs que les Séraphins du ciel. Elle a son enfant dans ses mains, et, l'oft'rant à Dieu comme une liaslie de très agréable odeur, elle fait cette prière : 0 Père toutpuissant, agréez l'oblatiou que je vous présente, moi votre servante, pour tout l'univers; recevez ce Fils qui nous est commun, le mien dans le temps, le vôtre de toute éternité. Je vous rends d'immenses actions de grâces pour m'avoir élevée JLisqu'à devenir la mère de Celui là même dont vous êtes. Vous, le Père. Recevez des mains de votre servante cette victime très sainte. C'est le sacrifice du matin qui deviendra plus t.ird, entre les bras dj la croix, le sacrifice du soir. Père très bon, jetez un regard favorable sur mon offrande et considérez pour qui je vous l'offre. Quelle oft'ense si grave le monde a-t-il pu commettre contre vous, de qu '1 crime a l'reux s'est-il rendu coupable, qui ne puissent être expiés
178 L. m, MARIE AU CALVAIRE
Et ne croyez pas qu'elle ignore toute la portée du mystère ; et que, par suite, elle ne soit pas en conformité parfaite de sentiments avec l'innocente victime. Elle a reçu trop de lumières sur les sens les plus profonds des Ecritures pour ne pas saisir pleinement la signification de la cérémonie qui va se dérouler devant elle. Ces premiers-nés^ offerts à Dieu comme sa propriété spéciale, représentaient le Premier-né du Père, fait homme pour la glorification du Père, c'est à-dire, le premier-né de Marie. Leur offrande prophétisait la sienne, tout comme l'immolation de l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus-Christ donc, s'offrant en ce jour au Père, ratifie solennellement, à la face de la terre et du ciel, ce que symbolisaitla cérémonie mosaïque ;et,parconséquent, il se voue tout entier d'une manière plus manifeste à l'œuvre de réparation sanglante exigée par la justice du Père. Les Juifs charnels ne considéraient que l'extérieur de ces rites sacrés, incapables par leur grossièreté d'en pénétrer la signification intime. Mais ce serait comme un blasphème d'attribuer semblable ignorance à la femme spirituelle par excellence, ]q veux dire à la Vierge, Mère de Dieu.
Or, pour écarter d'elle toute possibilité de méprise, ou plutôt, pour que nous-mêmes nous entrions sûrement dans les sens les plus cachés de l'offrande extérieure, voici venir le saint vieillard Siméon. Conduit par l'Esprit Saint lui-même, il reçoit l'Enfant des mains de sa mère comme pour en prendre possession au nom de l'humanité, et il le proclame à haute voix
par un tel sacrifice? » S.Thom.a Villan., .Serm. de Purifie. B. M.V., f» part.
cil. I. POURQUOI MONTER AU CALVAIRE 170
le Sauveur promis dès l'origine des siècles; mais un Sauveur qui sera tellement un objet de contradiction qu'un glaive transpercera le cœur de sa mère (i).
Chose bien digne de remarque, Joseph était là avec Marie, présentant Jésus au prêtre, et c'est à Marie seule que s'adresse prophétiquement Siméon. Pourquoi, sinon parce que c'est elle seule que sa destinée de mère appelait à la communion du grand sacrifice. Joseph peut mourir avant la dernière réalisation de l'offrande; quanta la Vierge, il faut qu'elle demeure jusqu'à la fin, puisque le glaive, pour ouvrir dans le cœur du Fils les sources du Sauveur, devra passer par le cœur de la mijre. Que la brebis r aisonnable, comme l'ont nommée les Pères, reprenne maintenant son Agneau. On le lui rend, mais offert, accepté et publiquement consacré. A elle de le nourrir et de coopérer par son dévouement à sa croissance jusqu'à ce
(1) Luc, II, 28, sqq.
Sur ces paroles de saint Luc : « Et ipsefSimeon) accepit eum in ulnas suas... » saint Bernardin de Sienne a fait la paraphase qui suit: « Vide igitur, beata Virgo, quibus condilionibus, quoque loedere recipiam hune Filiuni Dei et tuum. Salutem mundi procuro, mundi procurationem exerceo, officium meiim impleo. Vide tu, Mater Dei, quid necesse sit officio tuo; feci quod rneum est, t'ac et tu quad tua interest: pro salute mundi ipsum a Deo accepisti. pro mundo iiium peperisti ; vide ad quid venisli. Gui respondit beata Virc^o : Novi. fidelissime procuralor mundi, quibus egoat mundus, quare illuin mibi coiitulerit Deus. Pro mundi salute niiiii donavit ilium : quia sic Deus diiexit inundum ut Filiuni suuui unigenilum daret. Donc ig tur iilum etiani ego, et hoc caritate eviscerala, quia ad hoc illum accepi... Novi quid dono, novi quid facio, novi pro quibus dono. Pro dileclis filiis meis iilum offero, pro illis redimendis, pro illis expiandis. pro illis informandis, instruendis, reficiendis, gratificandis atque gloriîicandis illum e.xpouo; quia ipse est verus agnus qui toUit peccata mundi. Hune solum habeo. . Scio ergo quod dono filiis graliae, qui volunt esse parlicipes hujus doni ; nec solum Filium meum, sed meipsam SLi[)er hoc donum dono; atque ipsorum advocaiam, genitricem, tutricem, excusatricem. necnonet thesaurorum Filii mei dispensatricem charitate inviolabili repromitto ». S. Bernard. Sen , E. sermon, /jro festlvit. B. V. Sermo 10 de Purijîcat , a. 2, c. 3, t IV, p. lai .
l8û L. m. MARIE AU CALVAIHE
que l'heure de l'oTraiiie défîailive soit arrivée pour elle et pour lui.
Ne voyez-vous pis tout cela nous dire clairement qu'il en est de la mère comme du Fils? Pour celui-ci la conception, la naissance, la circoncision, la présentation au temple, tous ces mystères en un mot, encore qu'ils soient la rédemption commencée, sont plus ■encore autant d'engag-ements à parfaire l'oblation fina'e q li sera la rédemption consommée. Si donc Marie doit être la mère des rachetés, comme Jésus- Christ en est le Sauveur et le père, il faudra qu'elle pousse en quelque sorte son oTrande jusqu'où luimâmcporterala sienne, c'est-à-dire, jusqu'au Calvaire. S'arrêter en deçà, ce S3rait ne participer à la mission rédemptrice qu'à demi, et par conséquent n'être qu'à demi de ce grand travail qui donne à Dieu les fils d'adoption.
Imag-inez un chrétien qui fournisse le pain et le vin du sacrifice; supposez même qu'il ait lui-même donné le jour au prêtre qui va l'oîïrlr, et que, semblable à la mère de Sa-nuel, il l'ait consacré de ses mains au Seigneur. Ce fidèle, pour avoir la première part à l'offrande de la sainte victime après le prêtre et l'Eglise dont ce prêtre est le ministre, devra s'unir d'esprit et de corps à la célébration du sacrifice. A'nsi devonsnous juger de Marie. Certes, je ne l'ignore pas, elle a plus fait, même indépendamment de sa présence au pied de la croix, que le chrétien dont je parlais, tout à l'heure. Ce n'est pas, en elTet, la matière éloignée du sacrifice qu'elle a fournie, mais la victime elle-même; ce n'est pas une consécration telle quelle du prêtre qu'elle a faite, puisqu'elle l'a conçu librement comme souverain prêtre et comm^ victime, et qu'elle ne l'a
CH. I. — rOUHQUOl MONTER AU CALVAIRE l8l
accepté pour fils qu'à ce ti(re. Il u'cn est pas moins vrai que son absence du Calvaire, au moment où s'y consommera Toblalion de la sainte victime, ne s'enchaînerait pas avec ses autres mystères, et qu'elle irait non pas à neutraliser tout à fait,ma's à diminuer grandement son concours à l'œuvre rédemptrice, et par suite amoindrirait d'autant ses droits à la maternité spirituelle.
II, — A cette raison fondamentale qui réclame la présence de la bienheureuse Vierge au Calvaire^ vient s'en joindreune autre qui n'est guère moins pressante. Nous l'avons déjà plus d'une fois médité, la rédemption, d'après le plan divin, doit être la revanche et la contrepartie du drame originel. Par conséquent, il y faut les mêmesacteurs maisretournés. Satan, le tentaleurj sera là. C'est ce que signifient les paroles adressées par le Sauveur Jésus aux Juifs qui vinrent l'arrêter : « Voici votre heure et la puissance des ténèbres » (i); et ces autres par où l'Evangélisle termine le récit de la tentation du Christ au désert : « Et le diable se retira de lui pour un temps » (2). Voici le nouvel Adam, dans la personne du Sauveur. Je vois encore l'arbre dressé, l'arbre de la croix. Il faut donc que la femme soit aussi présente à la scène : car il n'est pas bon que l'homme soit seul (3). Gomment sera-t-elle présente, si la femme, prédestinée pour êtrel'ennemie perpétuelle du serpent infernal, n'est pas debout tout près de l'arbre où le fruit de vie va être suspendu. Ce n'est pas même assez de la présence de Marie. Eve avait eu
(i) Luc, xxii, 53.
(3) Luc, IV, i3.
(3) Gen., ii, i8.
iSa L. m. — MARIE AU CALVAIRE
sa part et sa grande part à la désobéissance, à la sensualité, à l'org-ueil de son époux. Par conséquent, le contraste, pour être complet, demande que Marie participe à l'obéissance, aux douleurs, aux humiliations du Christ, et qu'ils soient mutuellement l'un pour l'autre une cause de souffrances, comme la première femme et le premier homme goûtèrent en commun leurs joies criminelles.
N'est-ce pas là, d'ailleurs, ce que l'histoire évang-élique, avant même d'aborder le récit de la Passion, nous a fait clairement pressentir? Dès son entrée dans le monde, Jésus-Christ ne s'est pas seulement offert pour le sacrifice; il a commencé l'expiation, et cette expiation il l'a poursuivie si constamment que toute sa vie ne fut qu'un long- martyre. Or, afin que nous sachions que Marie doit être sa compagne inséparable dans ce mystère de douleurs, l'Evangile ne nous raconte jamais les épreuves de Jésus, sans y mêler le récit de celles de sa virginale mère. C'est entre ses bras, sur son cœur déchiré, qu'il verse les premières gouttes du sang- rédempteur; avec elle qu'il endure les premières caresses de la plus rude pauvreté; avec elle et porté par elle qu'il s'enfuit en Eg-ypte. Rappellerai-je les douleurs de celte divine Vierg-e, quand l'Enfant-Dieu la quitta pour la première fois, afin de se livrer « aux choses qui regardaient son Père », c'est-àdire, afin de préluder à sa mission de Sauveur. Lorsque plus tard il entra dans sa vie publique, vie toute de sacrifice, de contradictions et de privations de tout genre, Joseph n'était plus là pour prendre sa part des épreuves de Jésus; mais comme elles retentissaient douloureusement dans l'âme de Marie!
Les Saints nous montrent le souvenir, ou plutôt la
CH. I. POURQUOI MONTER AU CALVAIRE l83
prévision 1res présente et très claire de la Passion sang-lante qu'il aurait à subir, suivant partout notre Sauveur, et lui faisant savourer à l'avance toutes les amertumes du calice accepté par le Fils et préparé par le Père. Mais ils nous montrent ég-alement sa très douce mère portant perpétuellement à ses lèvres le même calice. Elle lisait trop constamment les Écritures, et la prophétie du vieillard Siméon s'était trop profondément imprimée dans son cœur, pour qu'elle pût un seul instant oublier à quelle condition son Jésus devait être Sauveur. Ainsi vojait-elîe toujours la croix dressée. Elle sentait, chaque année, chaque jour, se rapprocher celte heure où Jésus-Christ serait livré aux mains des impies, ce visage qui fait l'admiration des ang-es, obscurci parles opprobres et l'ignominie, ces pieds et ces mains qu'elle avait si tendrement baisés, cloués au bois infâme, cette chair enfin formée de sa chair, meurtrie, défig-urée, déchirée, jusqu'à n'avoir plus d'apparence humaine (i). Sans doute, comme Jésus lui-même, dans la plus haute partie de son âme, elle appelait cette heure, parce qu'elle apporterait le salut au monde. Sans doute aussi^ l'esprit d'immolation dont elle était, comme lui, div:nement imprég-née, l'empêchait de succomber sous le poids de si vives et si terribles prévisions. Mais qui dira pourtant qu'elle ne méritait pas déjà le titre de Mère de Douleurs que lui décerne la piété de ses enfants?
Donc, il faut en convenir, il était de toute nécessité que la nouvelle Eve suivît le nouvel Adam jusqu'à la dernière étape du sacrifice; et qu'après avoir
(i) Isa , un, 3, sqq.
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été partout auprès de lui dans ses premières expialions, elle y fût encore dans l'expiation suprême. Pour que je reconnaisse V Homme sur l'arbre de vie, je dois voir la Femme à ses côtés. En d'autres termes, et pour rester dans le même ordre d'idées, l'inimitié de la femme envers le serpent ne m'apparaîtrait plus telle qu'elle est prédite dans la Genèse, si je ne retrouvais pas cette femme au dernier acte du grand combat, où le serpent mord au lalon ce Fils de la femme qui lui écrase la tête.
Présentons ces vérités sous un autre jour. La sainte Ecriture raconte de Salomon que, s'étant assis sur son trône royal, il en fit dresser un autre pour sa mère et la fit asseoir à sa droite (i). Ne reconnaissons nous pas dans ce trait une figure de ce qui devait se voir au Calvaire? Là, je contemple le vrai Salomon, le roi [acifiant et pacifique (2), assis sur son trône c'est-à-dire sur la croix: car c'est vraiment ainsi qu'il règne, et dans cette posture que toutes les nations viendront l'adorer (3). Pour couronne, des épines ; pour sceptre aux mains, des clous; à la place du manteau dérisoire qu'il portait tout à l'heure, une pourpre royale faite du sang dont il est inondé. Et pour que je ne me trompe ni ne doute, je lis sur le titre, écrit sous l'action du Père, au-dessus de lui : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs.
Approchez-vous, filles de Sion ; venez, peuples de la terre, contempler votre Roi. Le voilà dans tout l'appareil de son triomphe sur le diable et ses anges; Ecce rex vester. Au dernier des jours, il redescendra
(1) III R(g-., n, 16.
(2) Col., 1, 90.
(3) Regnavit a ligne Deus.
eu. I. POtIRQUOI MONTER AU CALVAIRE lOD
sur celte (erre, baignée de ses larmes, arrosée de son sang-. Il redescendra comme juge dans toute la splendeur de sa puissance et de sa gloire et la croix sera là, parce que c'est par la croix qu'il a régné. Alors aussi Marie siégera gloiieuseà sa droite. Ainsi l'antique figure et la rcalifé que rcns atlcrdcns rcus disent clairement l'une et l'autre que la Mère du Roi Sauveur ne pourrait être absente du Calvaire, et qu'elle devait, elle aussi, trôner aux côtés de Jésus triomphant sur la croix.
III. — Élevons encore nos pensées, et considérons à quel prix Dieu lui-même, le Père du Premier-né, devient notre père. Peu content de joindre à son propre Fils des enfants qu'il adopte par miséricorde, il livre ce Fils à la mort pour donner le jour aux adoptifs. Et ce n'est pas moi qui le dis ; Jésus-Christ luimême nous l'a enseigné dans son Evangile : « Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient ne périssent pas, mais qu'il aient la vie éternelle » (i).
Et l'Apôtre ne faisait que répéter l'enseignement de son Maître lorsque, traitant de notre adoption dans le Christ, il écrivait aux chrétiens de Rome : « Dieu n'a pas même épargné son propre F'ils, mais il l'a livré pour tous », afin de nous donner toutes choses avec lui (2). Vous le voyez, il livre son Unique à la mort, afin de faire vivre les enfants d'adoption, et la même charité qui le sacrifie nous adopte et nous régénère.
(i) Joan., m, i5.
(3) Rom., VIII, Sa.
l86 L. III. MARIE AU CALVAIRE
Demandez-vous comment Dieu le Père a livré son Christ à la Passion qui nous vivifie ? Le Docteur ang-élique vous répond « que cela s'est fait de trois manières. Premièrement, parce qu'il a, dans ses éternels conseils, préordonné cette Passion pour la délivrance du genre humain, suivant la parole du Prophète : Il a mis sur lui l'iniquité de nous tous; et encore : Le Seigneur a voulu le broyer dans l'infirmité (i). Secondement, parce qu'il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous, en lui infusant au cœur une immense charité ; c'est pourquoi nous lisons dans le même texte d'Isaïe « qu'il a été offert, parce qu'il l'a voulu » (2). Troisièmement enfin, parce que, loin de le protéger contre ses ennemis, il l'a abandonné lui-même à leurs poursuites: d'où celle plainîe filiale du Sauveur pendu à la croix (3) : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné (4) » ?
Voilà donc comment le Père du Christ Jésus est devenu notre père : il était sur la sainte montagne, non pour y défendre l'innocente victime, non pour écraser de sa colère juges, insulteurs et bourreaux, mais pour consentir à l'immolation, pacifier toutes choses par le sang de la croix (5), et nous adopter comme fils, après nous avoir empourprés de ce divin sang.
Ce même ordre de providence ne dcmande-t-il pas que Marie, la Mère du Christ, ait dans le mystère de douleurs une part analogue au rôle du Père? Par conséquent, loin de m'étonner de la trouver au pied de la
(i) Isa., LU, 6, 10.
(3) Mallh , XXVII, 46.
(4) S Tliom., 3 p., q. 4?, a. 3.
(5) Col., I, 19; II Cor., V, 19.