CH. I. — POURQUOI MONTER AU CALVAIRE I
croix, ni de m'en scandaliser, j'aurais lien d'être surpris, si j'avais à constater son absence: car je ne m'expliquerais pins comment Dieu, qui l'a prise pour coopératrice dans la première préparation de la victime, ne la prend plus comme assistante, à l'heure et pour l'acte où l'offrande doit être consommée. Ne serait-ce pas rabaisser en ce moment la maternité spirituelle, autant que la paternité de g-râce est exaltée?
Ne m'objectez pas qu'à ce dernier point de vue Marie ne devrait pas souffrir, puisque l'offrande du Père et l'abandon auquel il livre son Fils ne troublent en rien l'éternelle béatitude de sa divinité. Bossuet, à qui rien n'échappe dans les explications qu'il apporte de ces hauts mystères, a donné le principe de la solution. Ecoutons-le : « Nous devons apprendre, mes frères, qu'il y a deux enfantements en Marie. Elle a enfanté Jésus-Christ ; elle a enfanté les fidèles ; c'est-à-dire, elle a enfanté l'Innocent, elle a enfanté les pécheurs . Elle enfante l'Innocent sans peine ; mais il fallait qu'elle enfantât les pécheurs parmi les tourments et les cris. C'est pourquoi, je vois dans mon Evangile qu'elle les enfante à la croix, ayant le cœur rempli d'amertume, et saisi de douleur, le visage noyé de larmes » (i).
Et pourquoi cette différence entre elle et le Père, puisqu'ils nous enfantent l'un et l'autre par leur commun Fils ? Ce n'est pas seulement parce que la nature du Père est impassible, et que celle de la mère est par sa condition présente sujette à toute douleur; c'est plus encore parce qu'il s'agit d'enfanter des coupables. Il
(1) Bossuet, Serin, pour la fête du Rosaire, 2^ point. Œuvres orat., t. II, p. 358.
y faut du sang; mais ce sang réparateur n'est pas versé par le Christ, en tant qu'il est le Fils du Père. C'est comme Fils de r homme qu'il l'offre; et, par conséquent, la participation aux douleurs du Christ retombe uniquement de ce chef sur la Vierge Mère.
IV. — Il y a pour la bienheureuse Vierge une quatrième raison de sa présence au Calvaire,qui se confond, quant à la substance, avec les précédentes. Lorsque nous méditions les causes qui rendirent nécessaire l'acquiescement de la Sainte Vierge à l'Incarnation, nous avons trouvé que l'une des principales reposait sur le caractère même de l'union contractée dans ce mystère entre le Verbe et la nature humaine. )l fallait le consentement des deux parties, et personne au monde ne pouvait, comme Marie, représenter l'humanité dans ce bienheureux contrat. Or, c'est au Calvaire que va se consommer le mariage mystérieux dont l'Incarnation fut le gage, ou, pour mieux dire, le principe. En effet, c'est là que l'épouse sortira du côté entr'ouvert de Jésus-Christ, tout empourprée de son sang: suivant que nous l'enseigne l'apôtre saint Paul, quand il écrit aux Ephésiens : i< Jésus-Christ a aimé l'Eglise jusqu'à se livrer lui-même pour elle, afin de la faire paraître devant lui une Eglise glorieuse,... sainte et immaculée » (i).
(i) Eph. V, 25, sq.
« Quid restât juveni (Christo post suam praedicationem et niiracula), nisi ut procédât sponsus de thalamo suo? Accipiat sponsus sponsam ; quaeratur et inveniatur quae ei conjungalur. Non est solus homo, sed Deus est et homo; quaeratur quae ei conjungatur. Qualis est de qua nalus est, talis ei inveniatur, quae et malrem reddat fecundam et virginem servet intactam. Filius permanentis Virginis virginem permansuram accipiat. ,cce tempus est: modo Judaei suam impleant voluntatem, quando dignatur ipse dare potestatem. Agite, Judaei, nescientes nuptias