‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 37 sur 98 · CH. I. POURQUOI MONTER AU CALVAIRE · texte numérisé non relu

CH. I. POURQUOI MONTER AU CALVAIRE

C'est là que l'Epoux versera la j)lénilude de ses dons sur l'Epouse, el lui confiera les trésors de grâces acquis au prix de si ineffables souffrances. Donc, parce que les desseins de Dieu sont soutenus, il est nécessaire que la Vierg-e assiste de sa personne à la conclusion de cette divine alliance, et qu'elle y prenne une part égale à celle qu'elle avait eue lors de l'élaboration première et fondamentale du contrat.

Dj plus, remarquoas-le bien, dans le mystère de la Passion, c'est tout uu pour l'Eg-iise de naître et de former avec Jésus-Christ le sacré mariag-e qui doit l'unir éternellement à l'Epoux. N'est-il pas vrai que cela même exig-e à double titre la présence et le concours de Marie ? Si l'Eglise qui va naître est sa fille,

Agiii; date praemium pecuniae malo nebuloni Jtidae; agile ut ille qui iiatus est de Virgine, a Poatio Pilato suspeudalur in cruce. Ascendat spousus nosler thalami sui ligiium. . . Djriniat morieudo.aperiatur ejus latus, et Ecclesia prodeat virgo ; ut quomodo Eva facta est ex lalere Adae donnieiUis, ita Ecclesia forraelur ex latere Christi m cruce pendeatis. Percu^sum est eiiim ejus latus, ut Evaiigelium loqiiitur,et slatim manavit saiigiiis et aqua, qtiae suiit E^clesiae gemiua sacramenta. A [ua in qua est s[)Oasa puriUcala; sanguis ex qiio inveuitur esse dotata».. Exulta, exulta, spuusa Ecclesia, quia, nisi ista in Christo facta essenl, lu ab illo formata non esses. Veuditus redemit te, occisus dilexit te; et (juia te piuriinuin dilexil, niori volait propter te. 0 magnum sacrameiitum huj;is conjagii! O quam magnum mysterium hujus Sponsi et hujus spoasae! Non exjilicalur digne humanis verbis. De spoiiso sponsa nascitur, et ut nasciiar stcilim illi conjunjitur ; et lune sponsa nubit cum sponsus moritur; et tune ille sponsae conjungitur quando a mortalibus sepj^ratur. Quid est hoc? Qais est iste spoasus absens et praesens? Qais est iste s,)onsus pi-aese.is et latens, qnem sponsa Ecclesia tidc tantum conspicit, el sine uUo amplexu membra ej.is qnolidie paril? » Sjrin. de S[/»ib. ad Catjchum. a. i4 (aiiclore ignotoi. P. L. xl, 6'i5. Cf. s. Joaa. GhrysosU, in Joan . hom. 84, n. 3 P. G. lix, 463; it.jSerm.De cultara ajrl Djin .lecl.5 secundae diei,in Ojt.SS. Cordis. « Unaado (Ghrislus; dor.nivit in crace, signam ge.->tabat, imo implebat quod significatum esl, in Alain: quia, cum dormiret Adam, cosla illi detracta est, et Eva facta est, sic et Domino cum dormiret in cruce, latus ejus lancea percussnm est, el sacramenta protluxerunt (sub typo aquae el sangiiiaisj unde facta est Ecclesia. EccL'sia enim conjux Doniini facta est de lalere, qnomodo Eva facta est de lalere. Sed quouiodo illa non est facta nisi de lalere dormientis, SiC ista non est facta nisi de latere mjrienlis », S. Augnsl., Enarr. in psalm., cxx.'i, n. 7. P. L. xxxvii, 167a. Cf. Tract. lao in Joan.

[go

comment serait-elle absente au moment même où l'Église reçoit sa première existence ? Et si c'est maintenant que cette épouse du Christ conclut définitivement avec lui la sainte et divine alliance qui les donne l'un à l'autre, n'est-il pas d'une suprême convenance que leur commune mère soit, à ce titre encore, présente au Calvaire, et qu'elle y renouvelle le consentement qui lui fut demandé pour la première union, au jour où le Verbe épousa notre nature.

Les peintres chrétiens, dès les temps les plus reculés, se sont plu à représenter deux femmes, debout aux pieds de la croix. L'une a les yeux bandés : c'est la synag'og'ae infidèle qui, dans son aveuglement, rejette le Christ et le salut qu'il apporte. L'autre élève un vase pour recevoir le sang- qui jaillit des plaies du Sauveur : c'est l'Eglise, ou plutôt c'est Marie, l'exemplaire et la représentante de l'Eg-lise qui vivra de ce sang- divin. C'est justice^ en effet, que l'humanité qui, dans le mystère de l'Incarnation, a donné son sang- à Jésus par Marie, recueille encore par Marie ce même sang versé pour le salut du monde (i).

V. — Ns nous lassons pas de creuser ces divins mystères, tant la doctrine qu'ils renferment est abondante et précieuse. C'est un lieu commun dans les ouvrages qui traitent de la perfection chrétienne, que, toutes les grâces nous venant de la croix, nous devons, pour les recevoir, participer effectivement à la croix. « Il a fallu que le Christ souffrît, disait Notre

(i) Il est permis de rapporter au même symbolisme cette tradition si naturelle qui fait déposer entre les bras de Marie le corps de Jésus, détaché de la croix : car ce corps tout sanglant et tout meurtri, c'est le salut des hommes et la vie de l'Esçlise.

cil. I. POUUyUOl MONTER AU CALVAIRE IQI

Seijjueur aux disciples d'Emmaùs, et qu'il entrai ainsi dans sa g-loire (i) ». Or, la règ'Ie que Jésus-Christ a suivie pour lui-même, il l'impose aux membres qu'il daigne incorporer par la grâce à sa personne mystique. « Etant fils, nous sommes héritiers; héritiers de Dieu et cohéritiers du Christ Jésus, si toutefois nous souffrons avec lui pour être g'iorifiés avec lui » (2).

L'avons- nous entendu : la g-loire et, par conséquent la grâce, ont leur principe et leur mesure dans la croix portée pour Jésus et dans la compagnie de Jésus. Voilà pourquoi Jésus la donne si libéralement à ses privilégiés, à ceux-là surtout qu'il veut associer plus sing-ulièrement à son œuvre de sanctification. Si donc Marie doit être la mère des hommes, c'est-à-dire non seulement la plus riche en grâce, mais encore après Jésus le canal universel de la g"râce, personne au monde après Jésus n'a dû comme elle participer aux souffrances de Jésus. S'il est l'homme de douleurs, il faut qu'elle soit, elle, une mère de douleurs. Et voilà ce qui fait que la maternité spirituelle réclame encore sa présence au Calvaire. S'il ne l'eût g"ravi, chargé de sa croix, Jésus-Christ, quoique tant et de si constantes

(1) Luc. , XXIV, 26.

(2) Rom., viii, 17. « Si Dieu vous donne beaucoup à soufFrir, c'est un sifjue qu'il veut faire de vous un grand saint; pareillement, si vous désirez que Dieu fasse de vous un grand saint, priez-le de vous donner beaucoui) à souffrir. Il n'y a point de bois a mieux entretenir le feu de la charité que le bois de la croix, ce bois dont Notre Seigneur s'est luimême servi pour offrir un sacrifice d'une infinie charité. Tout le miel qu'on peut tirer des fleurs et des délices du monde, n'a pas la douceur du fiel et du vinaigre de Jésus-Christ ; j'appelle ainsi l'amertume des souffrances acceptées par amour pour Jésus-Christ en union avec Jésus- Christ ». Maxime de S. Ignace de Loyola. Voir sa Vie par Bartoli, I. v, c. 5 (traduction par le P. Jacques Terrien).

Un protestant a écrit cette belle parole qui revient à notre sujet: «Plus les fidèles entrent en communauté de souffrance avec le Christ, plus aussi leurs souffrances sont une influence sakilaire pour le monde, ainsi qu'il est démontré par l'histoire des martyrs et des héros chrétiens » Martensen, Dogrnat. chrét., p. agS.

iga L. m. — marie au calvaire .

soaffrances aient fait de sa vie tout entière une perpétuelle immolation, n'aurait pas été l'homme de douleurs; ainsi Marie ne serait pas excellemment la mère de douleurs, si elle n'eût pas accompagné de sa compassion la Passion de Jésus crucifié.

VI. — Après toutes les raisons développées jusqu'ici, qu'on me permette d'en indiquer au moins deux autres. C'est d'abord que Marie, pour être excellemment noire mère dans Tordre de la g'râce, devait nous montrer en elle-même l'exemplaire le plus parfait, après Jésus, [de la vie surnaturelle. Or, ce que nous avons besoin d'apprendre avant tout, c'est la science pratique de Jésus et de Jésus crucifié. Retranchez de l'histoire de Marie ce que nous y lisons de la participation qu'elle eut à la Passion de Jésus-Christ; certes, elle ne vous apparaîtra pas sans de grandes et douloureuses épreuves. Mais pourrez-vous toutefois vous dire en la contemplant : Je le vois, il m'est bon de souffrir, puisque le Seigneur a fait boire sa mère uniquement aimée plus largement que tout autre au calice qu'il a vidé lui-même jusqu'à la lie? Gomment aurais-je le cœur de reculer devant la souffrance, moi que la Mère de Dieu, ma mère, a enfanté sur le Calvaire, au prix des plus effroyables douleurs?

A cette école maternelle j'apprendrai plus efficacement qu'à toute autre les leçons dont j'aurai tant et si constamment b:isoin : leçon de patience, d'abandon au bon plaisir de Dieu, de résignation généreuse et filiale sous les coups de sa justice; leçon de la plus parfaite charité, de celle qui sacrifie ce qu'elle a de plus cher et sa vie même pour l'honneur de Dieu et le salut de ses frères. Oserai-Je murmurer contre la Providence,

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m'indig'ner contre mes ennemis et ne pas leur pardonner, quand j'aurai sous les jeux la Mère de Dieu, debout près de la croix de son fds, acceptant d'un coeur inelFablement calme et fort un martyre qui n'est surpassé que par un seul autre, celui de Jésus, et poussant la mansuétude jusqu'à prier avec le crucifié pour leurs communs bourreaux ?

Et ce modèle ne nous montre pas seulement ce que nous devons être, si nous sommes vraiment les enfants de Marie. Quelle force de persuasion dans cette pensée que la bienheureuse Mère du Sauveur est devenue la nôtre, c'est-à-dire nous a engendrés à la vie véritable, au milieu de si inexplicables angoisses! C'est là ce que Bossuet exprime avec une éloquence admirable dans cette page de l'un de ses plus beaux sermons sur la Sainte Vierge: « Méditons ces belles paroles que nous adresse l'Ecclésiastique: Gemitus matris tuaene oblwiscaris{i)\ n'oublie pas les gémissements de ta mère. Quand le monde t'attire par ses voluptés, pour détourner l'imagination de ses délices pernicieuses, souviens-toi des pleurs de Marie, et n'oublie jamais les gémissements de cette mère si charitable : iVe 06//viscaris gemitus. Dans les tentations violentes, lorsque tes forces sont presque abattues, que tes pieds chancellent dans la droite voie, que l'occasion, le mauvais exemple ou l'ardeur de la jeunesse te pressent, n'oublie pas les gémissements de ta mère ; souvienstoi des pleurs de Marie, et des incroyables douleurs qui ont déchiré son âme au Calvaire. Misérable, que veux-tu faire? Veux-tu élever encore une croix pour y attacher Jésus-Christ? Veux-tu faire voir à Marie

(i) Eccli., VII, 29.

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son Fils crucifié encore une fois, couronner sa tête d'épines, fouler aux pieds, à ses yeux, le sang- du nouveau Testament; et, par un si triste spectacle, rouvrir encore toutes les blessures de son amour maternel ? Ah ! mes frères, ne le faisons pas ; souvenons-nous des pleurs de Marie, souvenez-vous des g-émissements parmi lesquels elle vous eng-endre; c'est assez qu'elle ait souffert une fois, ne renouvelez pas ses douleurs » (i). Et voilà quelleéloquence le martyre de la Sainte Vierg-e prête à ses exemples.

L'amour, dont ce même martyre est l'éclatante manifestation, ne nous parle pas avec moins d'autorité. Je ne sentirais pas à quel point la Mère de mon Sauveur et la mienne m'a aimé, si je ne la contemplais crucifiée comme Jésus pour me donner la vie; si ma naissance spirituelle ne lui avait pas coûté le sang- de son cœur, mêlé au sang qui coule à flots du corps de son Fils, pour me purifier et me rég-énérer. Et c'est ainsi que, pour êtrele modèle parfait, elle a dûmonter au Calvaire.

Ajoutons encore que si, dans les desseins de Dieu, Marie doit être la mère de miséricorde, cette destinée réclame non moins hautement la communion de la Vierg-e à l'immolation finale du Sauveur. Car, je ne l'oublie pas, c'est au Calvaire surtout que Jésus, passant par les suprêmes épreuves, est devenu le Pontife miséricordieux qu'appelaient nos misères. Sans doute, elle compatirait encore à nos maux, quand elle n'en aurait pas expérimenté par elle-même toute l'amertume: mais il lui manquerait pour sentir nos douleurs et les consoler ce je ne sais quoi que l'expérience seule

(i) Bossuet, Serm. pour la fête du Rosaire, 2« point.

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