CHAPITRE II
Comment la Vierge bénie monte au Calvaire, — et comment, . debout au pied de la croix, d'un même cœur et d'une même volonté avec son Fils et le Père^ elle offre la sainte victimepour le salut et la vie du monde.
Les Évangiles nous ont décrit le martyre du Sauveur ; ont-ils également parlé du martyre de sa mère? En d'autres termes, ce que nous venons d'établir comme exigé par des raisons de suprême convenance, est-il aussi consigné comme un fait dans nos saints Livres ? Si nous nous le rappelons bien, il a suffi de deux mots au disciple bien-aimé pour dire toutes les grandeurs de la Vierge, en la nommant y¥ere de Jésus, le Verbe fait chair. Quelques mots vont lui suffire aussi pour résoudre celte nouvelle question. « Slabant aiitem juxta criicem Jesii mater ejiis... Et la Mère de Jésus était debout près de sa croix » (i). Slabat mater dolorosa, Juxta crucem lacrymosa, traduit la poésie chrétienne. La voilà sur la sainte montagne et debout : debout pendant que la multitude charge Jésus de ses malédictions ; debout pendant que les soldats se partagent les vêlements de la victime ; debout pendant que le soleil s'éclipse, que le voile du temple se déchire, que les rochers se fendent et que la nature entière est dans l'émoi. La voilà dans
(i) Joan., XIX, 25.
igS L. III. MARIE AU CALVAIRE
l'altitude, dans la position, dans les sentiments, dans les angoisses les plus aptes à donner le dernier complément à sa maternité spirituelle. Avec nos docteurs je lis, à la lumière des courtes mais substantielles paroles de notre Evang-ile, tout ce qui est nécessaire pour répondre aux exigences énumérées dans le chapitre précédent; je veux dire la présence au Calvaire, l'oblation finale de la victime, la communion parfaite à ses douleurs, et, pour tout couronner, la proclamation solennelle de la maternité de grâce.
I. — Debout près de la croix de Jésus, c'est la présence et c'est aussi l'oblation consommée. La Genèse raconte d'Abraham que, cédant aux instances réitérées de Sara mère d'Isaac, le fils de la promesse, il se résolut à congédier Agar avec Ismaël, son enfant. « Renvoyez cette servante et son fils », lui demandait importunément Sara. Et le patriarche, après avoir consulté le Seigneur, « se leva dès le matin, et,prenant du 'pain et un vase plein d'eau, il les mit sur l'épaule d'Agar, lui donna l'enfant et la renvoya. Agar étant donc partie s'en allait errant dans la solitude de Bersabée. Et quand l'eau du vase fut consommée, elle déposa l'enfant sous l'un des arbres qui étaient là, et s'éloignant elle s'assit en face de lui, à la distance d'une portée d'arc : Je ne verrai pas mourir mon fils, dit- elle; et elle éleva la voix et elle pleura » (i). C'est la nature qui agissait et parlait dans cette femme.
S'il n'y avait rien de mystérieusement divin dans la présence de la Sainte Vierge aux pieds de son Fils,
(i) Geii., XXI, :4.