CH. H. LA VIERGE OFFRANT SON FILS I QQ
ag-onisant et mourant, celte présence serait inexi)lical)le. J'ai lu dans quelques auteurs qu'elle était, venue là pour consoler Jésus, pour le disputer par ses gémissements, ses supplications et ses larmes à la cruauté des bourreaux. Autant d'inventions qui semblent jurer avec les faits. Quelle consolation pouvait apporter au Crucifié le martyre de sa mère, alors que la douleur de celle-ci devait être un nouveau supplice pour son filial amour ? Quelle espérance, aussi, d'attendrir ces cœurs tellement endurcis dans la haine qu'ils voulaient la mort de Jésus à tout prix, dût le sang de leur victime retomber en malédictions sur eux-mêmes et sur la tête de leurs enfants ? Et puis Marie ne savait-elle pas que ce fils de ses entrailles devait, par la volonté du Père et par son libre choix, donner sa vie pour tout le peuple : si bien qu'essayer de le soustraire au supplice, c'eût été vouloir entraver les desseins miséricordieux de l'un et de l'autre. Direz-vous qu'elle répondait simplement à l'appel de son Fils ? Mais, encore un coup, si le mystère de la croix n'exigeait pas la présence de Marie, pourquoi Jésus l'eûtil appelée ? Aurait-ce été simplement pour la rendre témoin de ses angoisses et pour lui déchirer le cœur d'une blessure plus cruelle?» Car, ô ma Souveraine, qui pourra jamais exprimer ni sentir les souffrances que vous endurez en voyant torturer Jésus, sans pouvoir lui porter secours ; en le voyant dépouillé, sans pouvoir le couvrir; en voyant couler son sang à flots, sans pouvoir l'arrêter ; en le voyant traiter de malfaiteur, sans pouvoir le justifier ; en le voyant dévoré d'une soif ardente, sans pouvoir le désaltérer ; en voyant sa face adorable couverte de crachats, sans pouvoir l'essuyer; en le voyant expirer d'une mort
atroce, sans pouvoir recueillir son dernier souffle, coller votre visage sur son visage et mourir en le serrant entre vos bras )^(i)?
Debout près de la croix de Jésus. Des peintres l'ont parfois représentée gisant sur le sol, ou tombant entre les bras des saintes femmes, privée de sentiment et presque sans vie. Au nom de la saine doctrine, il faut protester contre ces écarts. L'Evang-ile vous la montre debout. De quel droit la mettre dans une posture et dans un état si contraires ? Aussi lisons-nous dans Carthagena (2) que, sur l'ordre exprès du Maître du sacré Palais, une peinture de ce genre fut effacée, lui présent, dans une église de Rome. Saint Ambroise ne veut pas même entendre parler de pleurs ni de sanglots. « L'Evangile, dit ce Père, me la montre debout; il ne me la montre pas se lamentant et pleurant. Stantem illam lego, Jlentem non lego » (3). Non pas toutefois que Marie n'ait pas versé de larmes, alors que Jésus, au témoignage de saint Paul, en répandait mêlées avec son sang (4), mais c'étaient des larmes coulant silencieusement, sans éclats ni cris d'angoisse ; et c'est là, sans doute, ce qu'a voulu surtout indiquer le grand évêque de Milan (5j.
(i) La Palnia, Histoire de lu Sacrée Passion, c. 37.
(2) L. xii, hom. 7. 0pp., t. III; Cf. Novat., De Eminentia B. Virginis, t. I, c. 18, q. 7, p. 36o, sqq.
(3) S. Ambros., De obiiu Valentin. consol., n. Sg. P. L. xvi, 1371.
(4) Hebr. V, 7.
(5) Au sentiment de Siiarcz, il faut tenir pour chose indubitable que, pendant tout le cours de la Passion, la Mère de douleurs ne montra ni dans son âme ni dans son corps aucun signe de défaillance. Il est vrai qu'on la voit assez souvent représentée par les peintres, ou dans de pieuses méditations, comme abîmée dans l'angoisse, au point d'en perdre le sentiment et de s'afl'aisser inanimée soit entre les bras des saintes femmes soit même sur le sol. Mais, dit encore Suarez, ce sont là des inventions sans fondement. Elles sont en contradiction flagrante avec le parfait domaine sur tous les mouvements de la sensibilité que nous devons reconnaître en Marie: plus encore, avec 'e rôle quasi sacerdotal