CH. II. LA VIERGE OFFRANT SON FII.S
Debout près delà croix de Jésus : c'est l'attitude de, l'offrande. Jésus-Christ, notre prêtre et notre victime, est à la fois debout et couché sur la croix. Couché comme une victime ; debout comme un prêtre à l'autel,
qu'elle remplissait au Calvaire. Aussi les thi'ologicns de marque et les saints docteurs sont-ils d'accord pour rejeter des opinions si peu dignes de la nouvelle Eve.
Du reste, ajoute-l-il, les auteurs en sont généralement personnes de moindre autorité. Je trouve, il est vrai, ces idées dans les Lamentations de laVierge et dans le Dialogue de la Passion du Seigneur Mais ni les premières ne sont l'œuvre de saint Bernard, ni le second, de saint Anselme, bien qu'on les leur ait attribués. C'est à tort aussi qu'on cite en leur faveur Ludoiphe de Saxe, et Denis !e Chartreux. Ni celui-ci dans son commentaire sur le chapitre XIX de saint Jean, ni celui-là dans la Vie de N. S. Jésus-Christ (P. ii, c. 55, | 5) n'ont rien écrit de semblable, en décrivant la douleur de IMarie, quand file reçut entre ses bras le corps inanimé de son Fils. Saint Laurent Justinien, qu'on invoque après eux, ne confirme pas davantage l'opinion qui leur est prêtée, comme on peut le voir au cliapitre ?i de son Combat Triomphal du Christ, n. 5 (Lugdun., 1628, p. 335). Il y parle il est vrai, des larmes de la Vierge, de la pâleur répandue sur son visage, des gémissements qui s'échappaient de sa poitrine, lorsque, tenant Jésus appuyé sur ses ç^enoux, elle promenait sans fin des regards amoureux et douloureux sur chacun des membres meurtris, sanglants et déchirés de la sainte viclime; il nous la montre aussi comme la vive image de la Passion du Christ, expirant en esprit, quand le Sauveur rendit le dernier souffle: mais pas un mot qui signifie la défaillance corporelle, le spasme ou tout autre mouvement désordonné de la personne extérieure.
Suarez essaie même d'atténuer ce que les auteurs qu'il combat peuvent avoir d'excessif dans leurs affirmations. Je ne sais s'il y a réussi pour tous. Il semblerait pourtant que ses explications sont assez plausibles à l'endroit des iI/e(i(7«//o/!S5U7' la vie deNotre Seigneur : ouvrage qui d'ailleurs n'estpas du Docteur Séraphiquc, comme on le croyait assez généralement jusqu'ici. Le même Suarez enfin fait une dernière remarque: c'est que ceux qui, soit explicitement soit implicitement, ont parlé de Spasme, ne sont pas d'accord sur le moment où il rc serait produit: puisque les uns le rapportent à la rencontre du Seigneur avec sa mère sur le chemin du Calvaire, les autres au crucifiement de Jésus-Christ, d'autres encore à l'ouverture du côté par la lance, et d'autres enfin à la déposition du corps de Jésus, alors qu'il fut remis entre les bras de Marie. Toutes choses qui'prouvent assez qu'il n'y a sur ce point ni tradition ni raisons sérieuses. On sait enfin que le plus grand interprète de saint Thomas d'Aquin, le cardinal Cajélan, a écrit un livre exprès pour réfuter le Spasme de la Vierge. Cf. Suarez, de Mi/steriis vitae Christi, D. 4, S. 3,1 nec desunt. D"4i,S.2, | Tertio —'«11 nous faut remar(pier que Nostre Dame esloit debout au pied de la croix. Eu quoy certes ont grand tort ceux qui pensent qu'elle fut tellement outré-e de douleur qu'elle en demeura pasmée : car sans doute cela n'est point, ains elle demeura ferme et constante, bien que son affliction fust la plus grande que jamais femme aye ressenti pour la mort de son enfant; parce qu'il ne s'en est jamais trouvé qui ayt eu autant d'amour qu'elle
202 h. III. — MARIE AU CALVAIRE
Il offre de sa chair le grand sacrifice dont tous les autres, depuis l'origine des siècles, avaient été la prophétique figure; ce sacrifice dont son Incarnation dans le sein de la Yierge et sa vie tout entière furent la préparation et le prélude. Il n'y a qu'une explication plausible de la présence et du maintien qui nous étonnent dans sa mère : elle s'unit à lui pour offrir le sang-lant holocauste d'où sortira la réconciliation de l'homme avec Dieu. Voilà ce que saint Ambroise a très clairement insinué dans son livre de l Institution des Vierges :
« La Mère du Christ, alors que tous les hommes avaient fui, demeurait debout, intrépide, près de la croix... Elle tenait pieusement ses yeux attachés sur les blessures de son Fils; ces blessures, qu'elle savait devoir mériter à tous le bienfait de la rédemp-
en a voit pour Nostre Seigneur, non seulement parce qu'il esloit son Dieu mais aussi parce qu'il esloit son Fils très cher et très aymable. . Mais comme cet amour estoit selon l'esprit, conduit et gouverné par la rayson, il ne produisit point de mouvement déréglé... Elle demeura donc, celte très glorieuse Mère, ferme, constante et parfaittement sousmise au bon playsirde Dieu qui avait décrété que Nostre Seigneur mourroit pour le salul et rédemption des hommes ». Saint François de Sa\ts, Sermons recueillis. . . Serm. pour le vendredy saint, t. IX, p. 276, suiv. (éd. d'Annecy).
« Dans les anciens offices propres de VOrdre de la bienheureuse Marie, ou des Annoaciades (Virginum Annunciatarum), on trouve parmi les dix fêtes de la Vierge Marie la fétc du Spasme ou du Martyre de cette bienheureuse Vierge, à célébrer le lundi qui suit le dimanche de la Passion. Or, dans les Offlces réformés du même Ordre, Offices imprimés à Anvers en iBsG, et appropriés à la forme du Bréviaire romain, il n'est plus parlé de Spasme, et la fête porte simplement le nom de fête du iVarf.i/re ou de la Douleur intime de la D. Vierge Marie... L'oraison de la messe approuvée par Léon X (ag août i5i7) ne fait d'ailleurs aucune mention du spasme : Omnipolens, clementissime Deus, qui gloriosam Virginem Mariam, matrem tuam,et sacratissimo sanguine perfudisti, et ejus cor medullitus luo dolore nimium sauciasti, concède propitius ut per lamentationem ejus et a te separalionem a praesenti lurbalioue per eam misericordissime liberemur, et ad vitam proficiamus actcrnam. Qui tecum, elc. » Fasti Mariani, auctore Hohveck, p. 3t3. a noter que cette fête n'excluait pas celle des Sept Douleurs célébrée dans le même Ordre, le vendredi de la même semaine.