LA VIERGE OFFRANT SON FILS
témoigné plus d'une fois dans son Évangile (i). Mais il avait accepté la mission de Sauveur, et de Sauveur par la croix. C'est en vain que les Juifs lui crient avec une insolente ironie : « Que le Christ, le Ro d'Israël, descende maintenant delà croix, afinquenous voyions et que nous croyions » (2). En dépit de leurs sommations, il y restera cloué jusqu'à son dernier soupir.
Telle est aussi la disposition de sa mère. Eût-elle pu s'approcher librement jusqu'à toucher la sainte victime et la détacher des bras de la croix pour la recevoir pleine de vie sur son cœur, elle ne l'aurait pas fait. C'est ce que nous enseignait saint Ambroise, quand il nous montrait la sainte Vierge « moins préoccupée de la mort de ce cher Fils que du salut du monde », qui en devait être le prix. Ecoutons sur ce sujet le Docteur Séraphique parlant, non pas seulement en mystique, mais en théologien. Commençant par rappeler que Marie, comme Jésus-Christ lui-même, au jardin des Oliviers, aurait voulu de sa volonté de nature, c'est-à-dire, ici, d'une volonté conditionnelle, écarter les horreurs de la Passion^ et que cette volonté même était méritoire,, puisqu'elle entrait dans les desseins de Dieu, le saint continue : « Il ne faut douter non plus en aucune manière que, d'un cœur viril et par une détermination très constante, elle ne voulût aussi livrer son Fils pour le salut de tout le genre humain, de telle sorte que la mère était en tout conforme au Père. Donc, ce qui doit faire d'elle le plus admirable objet de nos louanges et de notre
(i) Joao., X, 18: Matth., xxvi, 53.
(a} Marc , xv, Sa.
amour, c'est qu'elle a par sa libre complaisance agréé que son Fils unique fût sacrifié pour la commune rédemption des hommes. Et pourtant, elle compatissait si parfaitement à ses angoisses que, si la chose eût été possible, elle aurait de grand cœur pris sur elle toutes les souffrances dont elle le voyait rassasié. Donc, elle fut vraiment forte et tendre tout à la fois, douce et dure, avare pour elle-même et prodigue pour nous. C'est donc elle qu'il convient d'aimer et d'honorer sur toutes choses, après la Trinité suprême et son bienheureux Fils, Jésus-Christ Notre Seigneur » (i). Certains auteurs, désireux de faire ressortir aussi fortement que possible l'assentiment donné par la bienheureuse Vierge au sacrifice de son Fils, n'ont pas reculé devant une proposition terrible : Marie, dans la disposition de son cœur, était prête à l'immoler de ses propres mains, si Dieu le Père eût mis à ce prix la grâce du salut pour les hommes (2), Parmi ces
(i) s. Bonav., in i, D. 48, a. 2, q. 2, ad ult. : Nullo tamen modo dubitari potest quin virilis ejus animus, et ratio coastantissima vellet etiam tradere Filium suum pro salute generis humani, ut mater per omnia conformis esset l'atri.
(2) Adeo vero in Chrisli passione ac morte imperturbabilis exlitit Maria ut, si carnifices defuissent, ipsamet aeteroi Patris volunlatem perficieas suis manibus Filium pro generis humani salute immoiasset. Hujus mentis aliqui ex sacris doctoribus fuere, et ejus sumina caritas suadet. Abraham, ut Dei pareret imperio, filium Deo iminolare paratus fuit; numquid minor in Virgine parendi promplitudo, miaor divini obsequii amor? Minime. Alois. Novarinus, Sacroruin electorum,t.U, 1. IV, n. 493. (Lugd., i64i).
Cette opinion compte encore d'autres partisans. Voici, par exemple, ce que je trouve dans un livre, remarquable par la science et par l'onction dont il est rempli. « Si Dieu lui eût commandé d'accomplir par ses propres mains le crucifiement de son Fils, que la providence inscrutable permetloit aux ineschans, elle eust secondé cette volonté avec toute la promptitude et la résolution que l'on doit se promettre d'une âme souverainement soumise aux lois de son Créateur. Si la nature conçoit de l'horreur de cette pensée, c'est assez que la Grâce l'adore. Tout ce que la volonté divine sanctifie, cesse d'ùre cruel, impur, meschant et profane. (Ce qui doit pourtant être sagement interprété, dans le sens entendu par l'auteur.) Si Dieu l'eust commandé, elle l'eust exécuté; si elle l'eust exécuté, elle eust fait un acte plus que généreux de piété. Et que