LA VIERGE OFFRANT SON FILS
auteurs on eu a signalé deux plus considérables parleur autorité. L'un serait le chancelier Gerson. Je ne ra[)poiterai pas ici les paroles qu'on lui prête : car je ne les ai pas trouvées à l'endroit où, d'après les citations qu'on en fait, elles seraient consig-nées. L'autre est saint Antonin, l'illustre et sav^ant archevêque de Florence» Laissons-le parler lui-même dans un texte qui est incontestablement de lui :
« La bienheureuse Vierg-e Marie était debout près de la croix, ferme, dans sa conformité à la volonté de Dieu. Elle le savait, c'était le décret du Père que son Fils unifjue endurât toutes les horreurs de la Passion ; et ce Fils était venu pour cela du ciel en terre... De là, son inébranlable conformité au divin vouloir. Elle ne murmurait pas de voir souffrir Jésus; elle ne s'indignait pas de voir les Juifs qui le traitaient si cruellement, après en avoir reçu tant de bienfaits. Elle n'appelait pas sur eux la vengeance du ciel, et ne demandait pas qu'ils fussent, suivant leurs mérites, engloutis vivants dans les entrailles de la terre. On ne la voyait pas même donner ces marques extraordinaires de douleur, si communes aux autres femmes. Non, elle se tenait debout, pleurant sans doute et noyée dans la douleur, mais calme, modeste, pleine d'une réserve virginale. 0 ma Souveraine (s'écrie le
le Père vivant se soit contenté de la préparation de son àme, sans qu'il en ayt voulu l'effect, ainsi qu'il se contenta de celle d'Abraham; ce n'est pas diminuer ses peines, c'est leur donner nouvelle matière de les accroistre de plus en plus. Suppose que la volonté de Dieu intervint; n'eust il point esté plus honorable que des mains pleines de sainctetè eussent traité avec plus de respect, de révérence et de dévotion les sacrés membres de Jésus-Christ, que celles des bourreaux et des prophanes, qui sont les instruments et les ministres de sou adorable sacrifice ». La Croia: de Jésus, où les plus belles vérités de la Théologie mystique et de la fjrùce sanctifiante sont établies, par le P. F. Louys Chardon, de l'Ordre des Frères Presclicurs,du couvent delà rue neusvesainct Honoré. Premier entretien, ch. 3i, p. 247- Paris, chez Bertier, 1647.
même saint, après le bienheureux Anselme), quels ruisseaux de larmes ont coule de vos yeux pudiques, quand vous avez vu votre très innocent Fils unique lié, flagellé, couronné d'épines, égorgé ; quand cette chair de votre chair vous apparaissait effroyablement déchirée par tant de plaies ! Et toutefois, vous vous conformiez si pleinement à la volonté de Dieu que vous désiriez sur toutes choses le salut de la nature humaine. Aussi, j'ose le dire, à défaut de bourreaux, elle-même eût posé son Fils sur le bois de la croix, s'il eut fallu qu'elle le fît pour sauver les hommes et se plier plus j)arfaitement elle-même aux volontés du Père. Il n'est pas à croire, en effet, qu'elle le cédât, quant à la perfection de l'obéissance, au patriarche Abraham, à ce père des croyants qui, pour la gloire de Dieu, consentit à sacrifier de sa main Isaac son unique et propre fils. Elle était donc debout, ferme, immobile dans son acquiescement à la volonté divine )) (i).
Rien de vrai comme la réflexion de saint Anlonin sur l'attitude de la Vierge au Calvaire, sur l'ineflable acquiescement de son vouloir à celui du Père et sur les biens inestimables qu'elle nous a valus. Mais, pour dire toute ma pensée, je goûte moins l'hypothèse de ïa mère attachant elle-même sur la croix Jésus, son Fils et son Dieu. Elle a je ne sais quoi de dur et de pénible pour notre piété filiale. Puisque rien, ni dans l'Ecriture ni dans les communications divines qui ont été faites à Marie, n'était de nature à lui faire même soupçonner que Dieu pourrait la soumettre à une si épouvantable épreuve, à quoi bon y penserions-nous
(i)S. AiUoaiii. F\or. , Sum. Iheol. P. iv, lit. lô, c. /ji,'^ i.