‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 45 sur 98 · L\ VIERGE OFFRANT SON FILS · texte numérisé non relu

L\ VIERGE OFFRANT SON FILS

pour elle? D'autant plus que pareilles suppositions ne sont pas nécessaires pour entendre comment Marie ne mil en son cœur aucune réserve, aucune limite à son ofFrande. S'il fallait faire ici quelque hypothèse de ce genre, je g-oûlerais mieux cette autre, parce qu'elle présente quelque chose de moins terrifiant pour la nature. Supposons donc, par impossible, que le corps de Jésus menaçât de se détacher de la croix, avant qu'il eût par sa mort achevé l'œuvre du salut; sans nul doute, Jésus-Christ aurait fait effort pour se retenir sur le bois du sacrifice, et Marie, la femme héroïque entre toutes, la mère de douleurs, l'aurait aidé de ses mains tremblantes, mais fortes, à y demeurer : tant elle avait à cœur sa part de choix au grand acte de la rédemption.

Quoi qu'il en soit, Marie coopère librement et généreusement à l'offrande de la nouvelle victime. « 11 faut, dit Bossuet, qu'elle se joigne au Père éternel, et qu'ils livrent leur commun Fils d'un commun accord au supplice; c'est pour cela que la Providence l'a appelée au pied de la croix » (i). Nous savons si elle a répondu aux desseins de Dieu sur elle.

Il y avait, dans l'âme de cette auguste mère, un double amour : l'amour de la vie de son fils, de cette vie qu'elle estimait et aimait souverainement, puisque c'était une vie divine ; l'amour de la mort de ce même Hls, qu'elle appelait de tous ses vœux, parce que tel était le décret du Père, telle aussi la condition sans laquelle la gloire de Dieu ne pouvait être réparée, ni le monde racheté. Ces deux amours avaient fait l'ag-onie du Sauveur, aujardin des Oliviers; ils vont renouveler

(i; Bûs-^iiel, I serm. sur la Compassion de la Sainte Vierge.

une agonie semblable dans le cœur de sa mère. Le calice d'amertume présenté par l'Ange, Jésus-Christ, triomphant de l'effroi de la nature, l'accepta : « Ne faut-il pas, dit-il, que je boive le calice que m'a donné mon Père » (i)? Ainsi fait la divine Vierge. Fidèle imitatrice de son Fils, elle range sa volonté sous le bon plaisir de Dieu; et prenant, elle aussi, son calice, elle le boira jusqu'à la lie, sans en laisser tomber une goutte, ou plutôt elle va boire au cahce même de son Fils. C'est pourquoi, après avoir vu Marie participer à l'oblation de Notre Seigneur, considéré comme prêtre, il nous reste à la contempler partageant son rôle et sa fonction de victime.

(i) Joan. , xviii, 1 1 .

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