‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 47 sur 98 · CH. III. LA. MÈRE SOUFFRANT AVEC LE FILS · texte numérisé non relu

CH. III. LA. MÈRE SOUFFRANT AVEC LE FILS

en lumière l'immensité des douleurs de la Vierge ? La bienheureuse Ang-èle de Folig'no, ravie dans la contemplation de Jésus crucifié, s'écriait dans un pieux délire :« Tout ce qu'on dit de cette Passion, tout ce qu'on raconte, tout cela n'est rien, près de ce qu'a vu mon âme ». Et pourtant elle avouait son impuissance à la retracer dans son effrayante réalité. « Et si quelqu'un, disait-elle encore, me racontait la Passion telle qu'elle fut, je lui crierais : C'est toi, loi qui l'as soufferte »(i). Jésus-Christ seul a mesuré la profondeur et l'étendue de ses propres souffrances. Seul, au témoignage des Saints, il pourrait aussi nous révéler ce que fut le martyre de sa mère (2).

En Marie tout est mystère. Mystère est sa conception immaculée; mystère, sa virginité sans tache; mystère, l'abondance incommensurable de sa grâce ; mystère, la suréminence de son titre de Mère de Dieu. Mystère est aussi l'immensité de sa douleur, un mystère tel qu'il échappe à toute conception, surpasse toute intelligence humaine (3): car toutes les souffrances du monde unies ensemble n'égaleraient pas cette douleur (4).

C'est que Marie peut dire avec incomparablement plus de vérité que la bienheureuse Angèle, dont je citais tout à l'heure une si étrange parole : « Je fus transformée en la douleur de Jésus crucifié » (5).

(i) Le livre des visions d-j la B. Anjèle de Foligno, traduit par E. Hello. 301= ch., p. ii3.

(2) Solus Jésus dicere potucrit, qui solus potuit maternos penetrare dolores.

(3) S. Amed. Lausan., Honi. 5. De Martyr. B. V. P. L. clxxxviii,

(4) Le même : Vicit (patiendo) sexum, vicit hominem et passa est ultra hamanitatem . Jbid., i328.

(5j Sainte Angèle de Foligno, ibid., ch. 3i, p. 117.

A noter encore chez la même contemplative « cette autre parole qui

III. — Tout ce que nous venons de méditer, la sainte Eglise l'a résumé dans un mot, celui de Compassion. Considérons et comprenons toute la portée •de ce terme. Il y a dans le lang-age de l'Eg-lise des mots inventés et consacrés par elle, qui nous mettent sous les yeux tout un mystère : tels, par exemple, les noms de Tjinité, de consubstantialité, de Mère de Dieu (Deipara, 0£oto/.oç), de transsubstantiation. Ceux qui ont étudié le dog-me catholique savent com- ^bien ces mots sont pleins desens^ et de quelle manière heureuse ils rendent notre croyance, soit à l'unité de ■la nature divine dans la pluralité des personnes, soit à l'identité de la personne du Christ dans la dualité des natures, soit au chang-ement radical de substance qui s'opère, dansTEucharislie, sous les espèces sacramentelles. Le mot Compassion, quoiqu'il n'ait pas la même valeur dogmatique, est un de ces noms. Compatir à quelqu'un c'est pâtir avec lui, non pas en partageant matériellement ses douleurs, comme le mauvais larron endurant un même genre de supplice avec Jésus-Christ, mais en ressentant de cœur ces mêmes peines, comme si vraiment elles étaient nôtres.

Si c'est là ce qu'on appelle compassion, ne voyez-vous pas avec quelle admirable convenance l'Eglise rattache indissolublement à la Passion de Jésus la Compassion de Marie, puisque celle-ci souffre uniquement

lui fut dile au fond de l'àme » par le Seigneur en croix : «Non, ce n'est pas pourrira que je t'ai aimée )),ch. 33, p. 121. Ainsi les douleurs du Fils surpassant toute douleur.celles de la Mère ne devaient pas non plus avoir d'é<^ales . Nous disions dans la première Partie que la sainteté finale delà Vierge, au jugement des plus graves auteurs, dépassait la sainteté de tous les élus de Dieu pris dans leur ensemble (L. viii, c. 4, n. 2). N'y aurait-il pas là une raison de croire qu'il en est aiusi de ses douleurs comparées aux souffrances de tous les autres saints, comme le B. Amédée vient de nous le prêcher assez clairement?

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des douleurs, et de toutes les douleurs de celui-là; puisqu'elle en souffre daus les mêmes intentions, pour les mêmes fins, avec les mêmes sentiments et le même cœur; enfin, pour le dire en un mot, puisque les douleurs de la mère font, dans le plan de réparation, partie intégrante de la Passion du Sauveur des hommes. Telle est donc la souffrance de la Mère de Dieu: telles les raisons qui lui méritent, en toute vérité, le litre de Compassion. Yoûk pourquoi l'Eglise n"a jamais parlé de la compassion de Jean l'Evangéliste ou de Marie-Madeleine, réservant ce mot plein de douleur et de mystère pour Marie, comme elle a singulièrement retenu le mot de Passion pour exprimer l'immolation de son Fils, notre Sauveur.

On peut se demander, en passant, si tant de douleurs, endurées en communion delà Passion du Christ, suffisent pour assurer à Marie le titre de martyre. Ils sont nombreux, parmi les panég-yristes de sa Compassion, ceux qui le lui donnent. C'est, avant tous les autres, saint Bernard qui la proclame « martyre et plus que martyre «(i); c'est l'auteur anonyme du sermon sur l'Assomption, tant de fois cité sous le patronage de saint Jérôme; c'est Eadmer, le disciple de saint Anselme; c'est l'abbé Guillaume le Petit dans son commentaire sur les Cantiques, où nous lisons que « les autres furent martyrs en mourant pour le Christ, tandis que la Vierg-e fut martyre en mourant avec le Christ » (2); c'est nombre de théolog-iens qui, traitant des Auréoles de Marie, sig-nalent entre toutes celle du martyre.

(i) s. Bernard., Serin, de 12 praerog., a. 14. Gf Pseudo-Hildefons., serm. 3 P. L. xcvi, 252.

(•?! 11 faut l'entendre lui-même : Plane gladius acutissimus, dolor dominicae passioais, animam piae matris penetrans atque transverbe-

En effet, disent-ils, Jésus-Christ fut, dans la plénitude du sens, martyr et Roi des martyrs. Car s'il a été mis à mort, c'est pour le témoignage qu'il rendait à la vérité. Or, la bienheureuse Vierge a souffert des souffrances de son Fils, et pour la même cause, c'està-dire, parce qu'elle demeurait avec lui terme dans la foi, constante inébranlablement dans le divin amour. Donc elle partage réellement son martyre. D'ailleurs, il importe peu qu'elle ne soit pas morte sur le Calvaire ; car elle le doit, non pas à l'insuffisance de sa douleur, mais à la force divine qui seule l'a soutenue contre les assauts d'une mort certaine. Par elles-mêmes, il est vrai, les souffrances purement spirituelles ne sont pas capables de rompre ,1e lien par où le corps se rattache à l'âme. Mais qui ne sait le douloureux et mortel retentissement qu'elles peuvent avoir au cœur, quand ce n'est pas un pur esprit qui les endure ? Jamais cœur humain n'eût porté de si terribles secousses, sans cesser de battre et se rompre, si la main divine n'en avait modéré les contre-coups (i).

11 n'importe pas davantage que la rage des Juifs ne se soit pas tournée directement contre elle pour la tourmenter à cause du Christ : car en poursuivant le Christ, c'est elle qu'ils poursuivaient ; en donnant la mort au Christ, c'est elle qu'ils frappaient au centre même de son être.

Aussi l'Église l'a-t-elle nommée la Reine des martyrs.

rans, eain spiritualiter Filio co/nmori fecit. Martyres alii fuere moriendo pro Gliristo, haec coinmoriendo Christo martyr fuit et coninicirtyr Chrisli. lUorunti corporale, matris spiritiiale et proinde praestaatius martyrium fuit. Plus est esse commartyretn Christi quam martyrem Christi ; martyres suo, hoc est. hominum foris sane:uiae, sed Maria Filii, hocest, Dei sangjaine intus rubebal. Guilhelm. Parvus, in Cant.,

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