CHAPITRE IV
Que le complément de la maternité spirituelle sort en toute vérité, de l'offrande faite au Calvaire par la Mère des douleurs, et de sa Compassion.
I. — Quelle conclusion allons-nous tirer de tout ce qui précède ? Une seule, c'est que la maternité spirituelle de la bienheureuse Vierge a réellement reçu son complément au Calvaire. En effet, la Passionde Jésus a couronné l'œuvre pour laquelle le Verbe de Dieu était venu au monde. La justice est satisfaite : car l'injure faite au Créateur est surabondamment réparée par la gloire que lui donne un Homme-Dieu fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. Le prix de la vie surnaturelle, c'est-à-dire, de la grâce et de la gloire que Dieu voulait rendre à l'humanité déchue, est surabondamment versé. Donc la Passion nous a rappelés à la vie des enfants de Dieu ; donc Marie, par la part ineffable qu'elle a prise à cette Passion, a coopéré dans la même mesure à nous donner là cette vie de la grâce qui surpasse toute vie. Donc elle est véritablement pour nous une mère, et la formule de l'antique condamnation portée contre Eve coupable s'est réalisée pour la nouvelle Eve, mais dans une signification plus spirituelle et plus heureuse: « Tu enfanteras tes fils dans la douleur » (i).
(i) Gen., m, i6.
La voilà bien cette femme que saint Jean nous montrera dans l'Apocalypse, revêtue du soleil, ayant la lune sous les pieds, et, sur la tète, une couronne de douze étoiles, mais en travail et torturée par les douleurs de l'enfantement ; et le dragon se dressant devant elle pour dévorer son fruit ; la voilà, dis-je: car les traits sous lesquels le disciple bien-aimé contemple et la mère et le fruit qu'elle met au jour conviennent point pour point aux fils d'adoption comme à la Vierge elle-même (i). Bientôt, le moment sera venu d'étudier plus à fond ce merveilleux symbole; mais nous ne pouvions nous empêcher de le signaler dans une scène où il est si divinement réalisé.
N'avons-nous pas forcé les textes, etcontiennent-ils vraiment tout ce que nous y prétendons lire ? Ecoutez la réponse donnée par Albert le Grand : « Au temps de la Passion, dit cet illustre théologien, Marie, la mère de miséricorde, assista le Père des miséricordes dans l'œuvre de la souveraine miséricorde. En conséquence, elle dut partager les souffrances de cette Passion et sentir son âme transpercée par le glaive. Compagne de Jésus dans la souffrance, elle devint par là même la coadjutrice de la rédemption et la mère de la régénération. Là donc, par la fécondité qui la rendit selon l'esprit mère du genre humain tout entier, elle endura les douleurs del'enfantement et nous engendra tous en son Fils et par son Fils à la vie éternelle. Et voilà pourquoi celui-ci lui donna justement alors le nom à^Jenime » (2).
(i) Apoc, XII, I, sqq.
(2) Alb-rt. M., Qaaest. 3f issus est, q. 29, | 3. 0pp., t. XX, p. 3i. A noter encore ce fragment détaché des Comment, de Salmeron.
« Jésus appela sa mère au pied de sa croix, afin qu'elle-même offrît au Père éternel son Fils unique pour le salut du monde entier, comme