‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 50 sur 98 · CH. IV. COMPLÉMENT DE LA MATERNITÉ · texte numérisé non relu

CH. IV. COMPLÉMENT DE LA MATERNITÉ

Plus d'une fois nous avons entendu l'Eglise proclamer ces vérités. N'oublions pas, en dehors de tant d'autres témoig-nages, celui qu'elle a consigné dans l'hymne de Laudes, à la fête de Notre-Dame des Sept- Douleurs; il en est peu qui expriment plus énergiquement la part de la mère de miséricorde dans l'œuvre de notre salut : « Dieu de souveraine clémence, faites-moi la grâce de méditer dig-nement et les sept Douleurs delà Vierg-e, et les plaies de son Fils Jésus. — Qu'elles nous apportent le salut, ces larmes de la Mère de Dieu, si abondantes que vous pouvez avec elles laveries crimes du monde entier » (i). L'avonsnous bien compris? Voilà quelle est la vertu des larmes versées par notre mère au pied de la croix; non pas, il est vrai, considérées seules, mais sanctifiées par le sang- rédempteur de Jésus-Christ.

Abraham avait, dans la préparation de son cœur et par obéissance, sacrifié Is,aac, son fils de prédilection. Et de même qne la mère des sept Macchabées, encourageant ses fils par sa présence et par ses exhortations à supporter les tourments, les offrit l'un après l'autre au Seigneur; ainsi la Vierge Marie représenta, par son assistance à l'immolai ion de Jésus, la sainte Eglise qui ne cesse d'offrir au Père le sacrifice de la croix pour le salut de ses enfants. Voilà pourquoi Jésus-Christ, voulant récompenser une oblation si pleine de charité, lui donna d'autres fils, représentés dans la personne de Jean. Anne, parce qu'elle avait offert à Dieu son premier né pour le service du temple, mérita plusieurs autres fils (I Reg.. Il, 20, 5 1): de même Jtsus-Christ, parce que sa mère l'avait lui-même offert à Dieu dans un élan de foi sans égale, lui donna Jean pour fils, et dans ce disciple tous les justes et pieux fidèles

(( Enfin, le Christ appela cette mère de douleurs au Calvaire pour nous montrer que les deux plus puissants auxiliaires contre satan, la mort, le monde et le péché, sont la croix et Marie... Vainement donc irionsnous à Marie sans la croix de la pénitence, à la croix, sans la dévotion à la Mère de Dieu ». Alph . Salmeron, Comment, in Evangelic ■ hislor.. Tract. 4'. 0pp., t. X, p. SSg (Colon. Agripp , i6o4 . Le docte et pieux interprète ajoute une bien consolante pensée : C'est que la très sainte Vierge, ayant assisté d'un cœur si généreux à la mort de son Fils suivant la nature, a mérité par là même d'être présentement secourable à ses enfants selon l'esprit, dans leur dernier passage. Et quoi de plus convenable et de plus naturel, puisque c'est Jésus qui meurt encore une fois dans ses membres?

i) Quibus lavare sufficis Totius orbis crimina.

II. — Mais ici nousvoyonsse dresser une objection. Si la bienheureuse Vierge a sa part de coopération dans le mystère de la croix, nous avons donc un double rédempteur, le Christ et sa mère? Le sang- de Jésus- Christ n'est donc plus le prix unique de notre délivrance; et d'autres mérites ont dû se mêler aux siens pour acheter la g-râce qui fait les justes et les enfants d'adoption. Dieu nous g-arde de soutenir une pareille doctrine. Oui, mon Sauveur, je le reconnais ; à vous seul appartient la g^loire de notre salut. A côté de vous je ne vois aucun rédempteur qui vienne compléter votre œuvre. Nulle part je n'ai lu qu'il fallût un autre sang que le vôtre pour me retirer de la servitude et me donner la sainte liberté des enfants de Dieu. Quand je vous entends proclamer dans les Ecritures : (( Moi, moi, je suis le Seigneur, et il n'y a pas d'autre Sauveur que moi » (i), ma foi répond à votre parole. Non, les satisfactions de votre mère n'ont pas complété les vôtres, ni ses mérites n'ont, de pair avec vos mérites, payé la grâce qui nous était rendue.

Mais je me rappelle aussi l'histoire de la chute, et ce souvenir m'aide à concevoir comment votre mère a pu coopérer au salut du monde; être, comme l'a dit notre grand Pontife Léon XIII, « votre assistante dans l'œuvre de la rédemption de l'homme » (2), sans que votre gloire de Rédempteur unique en fût ou détruite ou ternie.

C'est une vérité certaine qu'Adam fut seul la cause première et suffisante de notre déchéance originelle. Supposons, en effet, qu'il eût transgressé le comman-

(i) Isa., XLiii, 11; Os., xiu, 4'

(2) Sacramenti hiimanae Redernpt'ionis patrandae administra. Léo XIII, Encycl. Adjutricem populi (5 sept. 1895).

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