CH. IV. COMPLÉMENT DE LA MATERNITÉ 2.1\ I
voir d'être faits enfants de Dieu... (i). Voilà donc avec quelle convenance on peut interpréter de Notre Dame ce texte de la Genèse : Faisons-lui une aide semblable à lui. Dieu donc est le Père des choses créées, et Marie, la mère des choses recréées. Dieu, qui seul a tout créé de rien, n'a voulu rien réparer sans Marie. Dieu a fait toute créature, et Marie a engendré Dieu lui-même; et parce que Marie a enfanté le Fils de Dieu, Marie est devenue l'Epouse de Dieu. Mais ce n'est pas de Dieu seulement que Marie est la mère; après lui et par lui, elle a enfanté de nombreux fils de Dieu, qui, chaque jour, lui crient dévotement: Père qui êtes au ciel (2). Et ces enfants, le bon Fils de Marie ne dédaigne pas de les appeler du nom de frères (3)... Enfin, le Fils de Marie est notre frère ; et, par conséquent, elle est notre mère. Oh ! que ne devons-nous pas à Marie?... » (Suivent de très dévotes considérations tirées des prières de saint Anselme) (4).
III. — Je terminerai ces considérations sur les fondements de la maternité spirituelle de Marie par quelques pages d'une excellente doctrine où Léon XIII, dans le but de faire aimer et pratiquer la dévotion du saint Rosaire, les a parfaitement résumées. Voici textuellement cet enseignement magistral: « L'assistance que nous implorons de Marie par nos prières, a pour base la fonction à elle confiée de nous concilier la divine grâce; fonction que remplit constamment auprès
(i) Joan., I, 12.
(2) Mallh., VI, g.
(3) Psalm., XXI, 28; Matth , xxviii, 10.
(4) Hermanni, S. Martini Toniac. abbatis. Tract, de Incarn D. N. J.-C. c. II. P. L. CLxxx, 36, 37.
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de Dieu celle Vierge souveraiiienient agréée de lui en considéralion de sa dignilé el de ses mériles, el, par suile, dépassant de beaucoup tous les élus du ciel en puissance.
« Or, il n'est peut-être aucuneautre espèce de prière où cet office trouve aussi parfaitement son expression que dans le Rosaire: car il nous remet généralement comme présente sous les yeux toute la part que la Vierge a prise au salut du genre humain; en sorte que cette contemplation successive des mystères sacrés, et cette pieuse répétition des mêmes prières sont l'une et l'aulre d'un avantage immense pour la piété.
« Voici d'abord les mystères de Joie. Le Fils éternel de Dieu fait homme s'incline vers les hommes; mais c'est avec le consentement de Marie qui conçoit de l'Esprit Saint. Puis Jean, par un privilège insigne, est sanctifié dans le sein de sa mère, et favorisé de dons choisis pour préparer les voies du Seigneur; mais cela se fait à /a salutation de Marie, rendant par l'inspiration de Dieu visite à sa cousine. Enfin le Christ, l'attente des nations, vient au jour; mais il naît de Marie, et si les bergers et les Mages, prémices de la foi, se hâtent pieusement vers son berceau, c'eut avec Marie qu'ils trouvent l'Enfant. Et lorsque cet Enfant veut ensuite être apporté au Temple, afin de se livrer par un rite public en victime à Dieu son Père, c'est encore par leministêre desa mère qu il est présenté au Seigneur. La même, après la perte mystérieuse de l'Enfant, le cherche avec une sollicitude anxieuse et le retrouve avec une grande joie.
« Ce n'est pas autrement que parlent les mystères douloureux. Dans le jardin de Gethsémani, où Jésus endure une crainte el des tristesses mortelles, au Pré-
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toire où il est flagellé, couronné d'épines, on ne voit pas, il est vrai, Marie près de lui, mais depuis longtemps elle connaît très clairement les douleurs réservées à son Fils. En efl*et, lorsqu'elle s'offrit comme servante pour être sa mère^ et lorsqu'elle se consacra tout entière avec lui dans le temple, elle devint dès lors, par l'un et l'autre de ces actes, Vassociée de ce Fils dans son œuvre si laborieuse d'expiation pour le genre humain. Il n'est donc pas douteux qu'elle n'ait pris en son âme une très grande part aux amertumes, aux angoisses, aux tourments de cet Unique. Du reste, c'est devant elle et sous ses regards que devait s'accomplir le divin sacrifice, en vue duquel celte Vierge généreuse l'avait formé de sa chair et nourri de son lait. Mais ce qu'il y a de plus touchant à remarquer dans ce dernier mystère, c'est que tout près delà croix de Jésus était debout Marie, sa mère; sa mère qui, brûlant pour nous d'une charité sans bornes, offrait elle-même, afin de nous recevoir pour enfants, son propre F ils à la justice c/Zi^mé", mourant en son cœur avec lui, transpercée qu'elle était d'un glaive de douleurs )> (i).
Ce qui suit dans le texte pontifical a rapport aux mystères glorieux: nous aurons plus tard l'occasion d'y chercher des enseignements non moins solides. Mais je ne saurais finir ce chapitre sans transcrire encore ces consolantes paroles du même Léon XIII. «La Vierge très sainte. Mère de Jésus-Christ, est aussi la mère des chrétiens : car elle les a tous engendrés au mont du Calvaire, parmi les suprêmes tourments de son Fils, notre Rédempteur; et le Christ Jésus est
(i) Léo XIII, Encycl. Jacunda semper (8 sept. 1894).
comme le premier-né des mêmes chrétiens qui, par l'adoption et la rédemption, sont devenus ses frères » (r).
(i) Id., Encycl. Quanquam pluries, de implorando auxilio B. Joseph (i5 Aug. 1889).
A rapprocher des dernières paroles de Léon XIII ce texte de saint Antonin de Florence. Il pariait de la Compassion très amoureuse delà Sainte Vierge : « Cette compassion sans égale, la bienheureuse Marie l'éprouva pour l'honneur de Dieu et pour le salut des hommes. C'est pourquoi elle est justement appelée la mère commune de tous, parce qu'elle les a conçus par un immense amour, et qu'elle les a engendrés au prix de travaux et de douleurs ineffables dans la Passion de son Fils » ; et voilà, poursuit le saint, ce qui nous est représenté par la femme en travail de l'Apocalypse. S. Antonin. Florent., Summae theol.P. iv, tit. i5, c. 27,