‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 2)Chapitre 53 sur 98 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Universalité des témoie;nag'es attestant la réalité de cette promulgation.

I. — Marie est notre mère et nous sommes ses enfants selon l'esprit. C'est ce qui ressort manifestement des vérités que nous avons méditées, c'est-à-dire, de la part qu'elle a prise à la rédemption du monde, soit en nous donnant le Sauveur, soit en le livrant pour nous, en union avec le Père.

Or, ce que nous croyons, Jésus-Christ a voulu le proclamer lui-même, en termes exprès, avant de rendre son âme à son Père. Je me représente mon Sauveur étendu et cloué sur la croix. Sa divine mère est près de lui, debout, silencieuse, le regard fixé sur son Fils couvert de sang et de plaies, le cœur broyé par la douleur, mais immobile et ferme, comme il convenait à la fonction qui lui revient dans un si grand mystère. Tout à coup, Jésus rompt le long silence de prière qu'il gardait. Abaissant un regard d'une infinie tendresse sur Marie d'abord, puis sur le disciple qu'il aimait, « il dit à sa mère : Femme, voilà votre fils; et il dit ensuite au disciple : Voici votre

mère. Et, poursuit l'Evang-éliste, à partir de ce moment, le disciple la prit avec lui » (i).

Rien de plus simple, en apparence, ni de plus naturel que cette scène. Jésus-Christ voit que le moment est venu pour lui de quitter sa mère avec la vie. Désormais, elle va rester seule et désolée sur la terre. Son fidèle et saint époux, Joseph, n'est plus là pour la recueillir et la consoler; depuis longtemps Dieu l'a rappelé de ce monde. N'était-ce pas justice que le Sauveur, à ce moment suprême, pourvût à l'avenir de sa mère, et lui donnât comme un autre fils qui voulût tenir sa place d'affectueux dévouement auprès d'elle? Aussi, les Pères et les Saints, dans leurs commentaires sur ce passage de l'Evangile, sont-ils unanimes à le présenter comme un enseignement de piété filiale, donné par le Maître aux fidèles, ses disciples, du haut de celte chaire qui est la croix (2). S'il choisit Jean de préférence à tout autre pour cet emploi si glorieux et si doux, la raison n'en est pas difficile à rendre. Jean était le disciple bien-aimé; celui qui, reposant, à la Cène, sur le cœur de Jésus, s'était abreuvé plus largement à cette source du véritable amour. Jean était vierge comme Jésus et comme sa mère ; seul de tous 'es Apôtres il avait suivi son maître jusqu'au Calvaire, accompagnant Marie : autant de titres singuliers pour recevoir le sacré dépôt que Jésus voulait confier.

Voilà certes une explication bien plausible et bien certaine des paroles du Seigneur mourant. Il semblerait qu'elle doive exclure toute autre interprétation,

(i) Joan., XIX, 25-27.

(■^) Suos iustuiit praecepLor bonus ut a filiis piis iinpendatur cura parenlibus; lan(iuain lignum illud ubi eraiit fixa membra morientis, etiam cathedra fuerit magistri docentis. S. August., Tract. ii9 in Joan., n. 2. P. L. xxxv, igSo.

tant elle est claire et répond de tous points aux circonstances. Et pourtant, il y en a une seconde, non pas exclusive, mais qui se surajoute à la première, et se coordonne avec elle; plus large, plus profonde, et, disons-le, plus consolante et plus avantag-euse pour nous. Jésus-Christ, donnant Marie pour mère à Jean, et Jean pour fils à Marie, fait pour nous tous ce qu'il a fait pour le disciple bien-aimé. C'est à nous, chrétiens, qu'il parle en s'adressant à saint Jean ; c'est nous aussi qu'il jette avec lui sur le cœur et dans les bras de Marie, pour qu'elle nous soit une mère et que nous lui soyons des enfants selon la grâce.

L'interprétation que je viens d'énoncer est-elle légitime et Jésus-Christ l'avait-il réellement en vue, quand il dit ces mémorables paroles? Ou bien faut-il voir seulement dans l'application qui s'en fait à tous les fidèles une très édifiante, mais simple accommodation (i)? La première affirmation me paraît indubita-

(i) Le sens accommodatice d'un passage des Saintes Ecritures n'est pas celui que Dieu lui-même attachait aux paroles. C'est un sens venu du dehors, prêté par l'homme au texte inspiré de Dieu. L'accommodation peut avoir lieu de deux manières. Parfois ce que l'Ecriture énonce d'une chose déterminée, se rencontre à certain deg:rt' dans une autre chose quel 'écrivain sacré n'avait pas l'intention d'exprimer. Si, g^râce à l'analogie qui permet aux mots employés par 1 Ecriture de signifier avec quelque vérité cet autre objet, vous vous en servez pour le représenter, vous aurez la première espèce de sens accommodatice D'autres fois, les objets signifiés n'auront aucun rapport de ressemblance, et le fondement de la nouvelle af'plication sera simplement la capacité qu'ont les mots, employés par l'Ecriture, de pouvoir rendre l'une et l'autre idée, celle de Dieu et celle de l'homme ; vous aurez alors une accommodation de la seconde espèce. Tâchons de rendre tout cela plus sensible par des exemples. L'Eglise, aux Laudes des confesseurs, applique à tel ou tel saint la louange que l'Ecclésiatique a faite de Noé : « 11 a été trouvé juste et parfait; et dans le temps de la colère ilestdevenu la réconciliation des hommes » (Eccli., xliv, 17). Assurément, l'écrivain sacré n'avait pas en vue d'exalter le saint auquel la Liturgie applique son texte, mais la similitude des vertus et des mérites fait que ce qu'il écrivait du patriarche, puisse se dire aussi du juste dont l'Eglise célèbre la fête. Vous avez reconnu la première accommodation, si fréquemment usitée chez les Pères et dans la Liturgie de l'Eglise, notamment quand elle

25o L. IV. — LA MATERNITÉ PROMULGUEE

ble, et j'en apporte une double preuve : l'une fondée sur l'autorité des témoignages; l'autre établie sur la considération des circonstances où furent prononcées ces divines paroles et de la manière dont elles sont conçues. Ce sera la matière de ce chapitre et du chapitre suivant.

Commençons par les témoignages.

II. — S'il y aquelquedifficalté dans l'établissement de cette première preuve, ce n'est pas, à coup sûr, l'embarras de trouver des témoins. Ils se nomment légion, tant ils sont nombreux. Un théologien, dans un opuscule récemment publié sur cette intéressante matière, a facilement recueilli toute une moisson de témoignages (i). En fouillant les bibliothèques, il ne serait pas malaisé d'en trouver nombre d'autres. Pour ma part, j'en ai rencontré par dizaines qu'il n'avait pas signalés; et, sans doute, il suffirait, de nouvelles recherches pour allonger indéfiniment la liste.

En tout cas, je ne prétends m'appuyer ici que sur les témoignages dont j'ai vérifié de mes yeux l'exac-

transporle à la Vierge Marie les magnifiques descriptions de la Saçesse éternelle, contenues soit dans les Proverbes, soit dans le livre de la Sagesse, ou dans rEcclésiasli(jue. Prenez maintenant le texte où le prophète dit à Dieu : «. Vous serez saint avec le saint, innocent avec l'innocent,... pervers avec le pervers (PsaL, xvii, :>6-27), Cela veut diruniquement que la conduite de Dieu à l'égard des hommes se modifie d'après leurs mérites et leurs démérites. Quand donc certains prédicae leurs s'aident de ces mêmes paroles pour engager les fidèles à rechercher la compagnie des hommes vertueux, à fuir celle des personnes livrées au vice, parce qu'on se fait à l'image de qui l'on fréquente, c'est le second genre d'accommodation :car l'unique motif de prêter aux moiscenouveau sens est que, à la rigueur, ils peuvent le rendre, bien que l'idée n'ait aucun rapport avec celle du texte scripturaire. Ce que nous prétendons démontrer, c'est que les paroles de Jésus-Christ en croix ne rentrent ni dans l'une ni dans l'autre des susdites accommodutions: car le sens que nous leur al tribuons était réellement voulu de Notre Seigneur, alors qu'il les prononçait.

(i) Le P. Enrieo Legnani,D. C.d. G,

cil. I. PREUVE PAR LES TÉMOIGNAGb,S 35 1

titiicle, et ceux-ci vonl, pour le moins, à la centaine. De [jlus, nous ferons uniquement ou presque uniquement appel aux ouvrages ayant une certaine importance, laissant de côté ces mille publications pieuses, répandues à profusion entre les mains des fidèles, comme sont, par exemple les mois de Marie; non pas toutefois que leur accord unanime soit sans valeur, puisqu'il représente le sentiment commun des chrétiens, à l'heure présente; mais parce qu'il est connu de tous. Or, dans l'interprétation qui assig-ne pour sens véritable aux paroles de Notre Seigneur la promulgation authentique de la maternité de grâce et de notre filiation spirituelle, on peut distinguer deux phases. L'une date du douzième siècle; l'autre remonte du même siècle aux premiers âges du christianisme.

Nous nous attacherons d'abord à la phase la plus rapprochée de nous: elle est incomparablement celle où les attestations en faveur de notre interprétation se montrent le plus abondantes. Mais cette abondance même est telle qu'elle me force à renoncer au dessein que j'avais conçu, en abordant cette étude; je veux dire, à la pensée de les présenter l'un après l'autre au lecteur, pour qu'il pût lui-même en apprécier le nombre et la force. Ce serait un travail fastidieux et sans fin. De là, nécessité de les ramener à certaines catégories générales, et de ne prendre en chacune de celles-ci que de rares représentants (i).

Je commence par les premiers témoins en dignité

(i) Je nommerai chaque fois en noie les principaux auteurs, me réservant de donner la liste d'un plus grand nombre de textes vers la fin de ce chapitre. Et, je le répète, je ne citerai pas d'auteur dont je n'ai contrôlé de mes yeux les paroles: ce qui ne veut pas dire toutefois que les textes rapportes par d'autres me paraissent controuvés ou douteux.

comme en autorité. Ce sont les Souverains Pontifes qui, dans les Actes publics de leur ministère apostolique, se sont approprié l'interprétation que nous voulons ici mettre en évidence. Donnons tout d'abord la parole à Léon XIII. Son témoignage est si formel et si clair qu'il en vaut, à lui seul, une multitude d'autres. « Ce qui met nettement en lumière le mystère de l'immense charité du Christ envers nous, c'est, dit le grand Pontife, qu'il a voulu, dans sa mort, laisser sa propre mère à Jean, son disciple, par ce testament à jamais mémorable : Voici votre fils. Or, en la personne de Jean, suivant le perpétuel sentiment de r Église, Je Christ a désigné le genre humain tout entier, mais plus spécialement ceux qui lui sont unis par la foi » (i).

Et ce n'est pas une fois seulement que la piété de Léon XIII envers la Vierge *a donné cette explication des paroles de Jésus mourant. Il ne se lasse pas de la rappeler dans ses autres Encycliques sur le Rosaire. Apportons encore un exemple. « A la dernière heure de sa vie publique, alors qu'il dressait le testament de la Nouvelle Alliance, et le scellait de son divin sang, Jésus confia sa mère à l'apôtre bien aimé par ces très douces paroles : Voici votre mère. Nous donc qui, bien que très indignes, sommes le Vicaire et le représentant de Jésus-Christ, Fils de Dieu, nous ne cesserons jamais de louer cette mère si grande, aussi longtemps que nous jouirons de la

(i) Eximiae in nos caritalis Christi mysterium ex eo quoque luculenter proditiir, quod moriens matrem ille suam Joanni discipulo matrem voluit relictam testamento memori : Ecce filius tuus. In Joanne autem, quod perpétua sensit Ecclesia. designavit Christus personara humani generis, eorum in primis qui sibi fide adbaerescunt. Encycl. Adjutricem populi christiani (5 sept. 1896).

lumière. Et parce que le poids de nos années, qui va s'aggravant de jour en jour, nous fait sentir que notre vie ne peut désormais être longue, nous ne saurions nous empêcher de redire à nos fils dans le Christ les dernières paroles que le Seig-neur a laissé tomber sur nous, du haut de la croix, comme son testament : Voici votre mère » (i).

Pour le moment, je n'ai qu'une réflexion à faire sur ces textes. Léon XIII affirme que l'interprétation, donnée par lui du testament du Christ Jésus fut toujours dans la pensée de TEglise : qiiod perpétua sensit Ecclesia, Nous verrons jusqu'où les documents explicites nous font suivre cette pensée de la sainte Eglise. Où la lettre ferait défaut pour vérifier l'affirmation du Pontife, nous retrouverions, ou, pour mieux dire, nous avons déjà retrouvé l'esprit. Dès l'origine, en effet, les Pères nous montraient en Marie la nouvelle Eve, la Mère des vivants, de par la volonté du Fils de Dieu, son fils : ce qui manifestement revenait à nous dire en son nom : Voici votre mère.

Léon XIII n'est pas le premier pape à confirmer de son suffrage la signification si communément attribuée dans l'Eglise aux paroles du Sauveur expirant. On connaît la Bulle célèbre, la Balle c/'or, comme on l'appelle, où Benoît XIV a non seulement confirmé, mais libéralement amplifié les privilèg-es accordés par ses prédécesseurs aux Gongrég-ations de la sainte Vierg'e, et tout spécialement à la congrég-ation dite Prima Primaria, mère et centre de toutes les autres. Or,

(i) Léo XIII, Encycl. Augustissiinac (12 sept. 1897).

Voir encore la prière qu'il recommandait aux catholiques anglais pour obtenir la conversion de leur patrie : « Intercédez pour nous, vos enfants ; nous que vous avez reçus et acceptés pour tels, au pied de la croix ». Ep. Apostol. Anianiissiniae (14 april. iSg5).

voici dans quels termes il y recommande par l'exemple de l'Eglise elle-même la dévotion envers Marie : « L'Ég-lise catholique, sous la lumière du Saint Esprit, son Maître, a perpétuellement fait profession du culte le plus fdial et du plus ardent amour pour la bienheureuse Vierge; voyant en elle la mère lapins aimante, une mère qui lui lut léguée par les dernières paroles de son Epoux expirant : niatreni exlrenia sui Sponsi morientis voce sibi reliclam » (i).

Ajoutons encore l'attestation de Pie VIII. « Personne, écrit-il, qui n'ait éprouvé le très efficace patronage de Marie, parmi ceux qui se sont réfugiés, pleins de confiance, auprès d'elle. Car cette Vierge est notre mère; la mère de piélé et de grâce; la mère de miséricorde à qui Jésus CJirist mourant sur la croix nous a livrés, afin qu'elle intercédât pour nous auprès du Fils, comme le Fils intercède auprès du Père » (2).

Après les Souverains Pontifes voici les Saints. J'en choisirai spécialement trois ou quatre, parce qu'ils unirent à la saiuteté la plus éminente une science théologique non moins remarquable. Saint Thomas de Villeneuve, exposant ce passage de l'Evangile: « Il leur a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu » (3). « D'où vient, demande-t-il, cette nouvelle génération? Le Verbe s'est fait chair; il a do.,nné grâce pour grâce (/|) : telle en est la source. Et c'est à cela que se

(1) Benedict. XIV, BuUa Gloriosae Dominae [2-] sepl. 1748;.

( 2) Plus VIII, BuUa F raesenlissinium, ayant pour objet d'étendre aux confrères des Congrégations de N.-D. des Douleurs, à Madrid,... les indulgences el privilèges accordés au Tiers Ordre des Servîtes. Bulle renouvelée par Grégoire XVI, avec la même affirmation de la recommandation suprême, faite en uolre faveur à Marie par Jésus crucifié.

(3j Joaii., I, 12.

(4) Joan., 1, i3.

rappoiie ce qui fui dil à Jean : Voilà votre mère. De même, eu elïet, que par la grâce Jésus-Christ nous a faits les fils adoplifs de son Père, ainsi nous a-t-il faits les enfants de sa mère, en tant que par elle nous obtenons toute grâce. N'est-ce pas elle qui a trouvé le trésor de la g-râce par laquelle nous sommes régéuérés? Et Jean fut le premier-né dans cette génération adoplive de la divine mère » (i).

« Vous, fidèle, reprend saint Antoine de Florence, vous qui croyez la bienheureuse Vierge Mère du Dieu fait homme, et qui, conformément à cette foi, marchez dans la justice, yo/cf votre mère. L'Empereur du ciel, Jésus-Christ, Notre Seigneur, assis sur le trône de la croix, par cette parole sortie de sa bouche divine, donna pour mère à Jean la Vierg-e sa mère ; et par ces autres paroles : Voici votre fils, la même Vierge reçut de lui Jean comme fds d'adoption... Or, parce que Jean signifie celui qui est en g-râce, quiconque est, non pas de nom, mais de droit, un nouveau Jean, parce qu'il porte en son cœur la grâce justifiante et sanctifiante, reçoit aussi pour mère la Vierg-e Marie, tellement qu'on peut lui dire : Voici votre mère » (2).

(i) s. Thoin. a Villanova, ûî fest. Natal. Dom.Conc, 6, n. 5, t. II, Concion., p. 87; col. m festo S. Joan., conc. i, 11.9. Ib , pp. 586 687.

(2) S. Anloiiin., iv P. Surninae Tkeoi., lit. i5, c. 2, l. I\^ ^edit. VeroD, 1740), p. 916, sqq.

Le sainl explique ensuite à quels titres la B, Vierge est notre mère. « La Mère de Dieu, dit-il eu citant sainl Anselme, est devenue notre mère; et véritablement elle est pour nous de toutes manières la meilleure et la plus parfaite des mères. Il y a la paternité qui donne la vie, la paternité de sollicitude, la paternité d"àg:e. la paternité d'honneur et d'alTeclion : autant de titres pour Marie d'être appelée notre mère. Premièrement, comme le Christ, en souffrant pour nous sur la croix, nous a enj^endrés à l'être spirituel de la g-râce. cet être mille fois plus précieux que l'être naturel, ainsi la B. V. Marie nous a engendrés parmi d'immenses douleurs en compatissant à la Passion de son Fils .. En second lieu, elle est mère par une sollicitude plus que maternelle. Une femme peut-elle oublier son enfant? Peut elle devenir insensible pour le fruit de ses entrailles (Is,, xlix, i5)? C'est Dieu qui parie par

Saint François de Sales est encore plus explicite. Qu'on en juge par les paroles suivantes : Jésus « reg-ardantdoncques de ses yeux pleins de compassion sa très bénite mère qui estoit debout au pied de la croix avec son bien aymé disciple... Femme, dit-il, voyla ton'. fils. O Dieu, quel eschange; du Fils au serviteur, de Dieu à la créature! Néanmoins, elle ne refuse point, sçachant bien qu'en la personne de saint Jean elle acceptoit pour siens tous les^enfans de la croix, et qu'elle en seroit la chère mère » (i).

Après le saint évêque de Genève, entendons enfin saint Alphonse de Liguori : a Voici les dernières paroles par lesquelles Jésus dit adieu en ce monde à sa mère: Femme, voilà votre fils ; et il lui montrait saint Jean qu'il lui laissait pour fils à sa place. 0 Reine des douleurs, les recommandations d'un fils bien-aimé qui meurt sont trop chères pour s'effacer jamais des souvenirs d'une mère Rappelez-vous donc que votre Fils que vous avez tant aimé, m'a donné à vous pour fils dans la personne de Jean. Au nom de l'amour que vous avez pour Jésus, ayez pitié de moi » (2}. Et encore : « Si dans cet océan d'amerlume (où fut plongée

Isaïc" comme s'il disait: Nullement et d'aucune manière; tant elle met d'empressement à lui procurer et la nourriture et toutes choses nécessaires à sa faiblesse... Oh! quelle est pour nous la sollicitude de la B. Vierge Merci... Troisièmement, elle est mère à titre d'ancienneté. Nous donnons aux vieillards les noms de père et de mère. Or, Marie ne ditelle pas d'elle-même: Au commencement, avant les siècles, Dieu m'a créée? . . Quatrièmement, elle est mère par l'excellence de sa dignité: car le nom de père et celui de mère s'emploient, (juand on parle des personnes constituées en dis^oité, surtout dans lEyi-lise. . . Cinquièmement enfin, nous voyons, au second livre des Machabées, Razias appelé le père des Juifs, à raison de son grand zèle pour le bien de son peuple (il Macchab., xiv, 37.) Fut-il jamais saint ou sainte amoureusement dévoués comme la B. Vierge au salut et à la prospériié spirituelle et temporelle du peuple chrétien »?

(i| S. Franc, de Sales, Serm. l'J parmi les sermons recueillis par les relie, de la Visitation, — pour leVcndrjdi Saint (éd. d Annecy), t. iX, p. 276.

(2) S. Alph. de Lig., Horloge de la Passion^ ch. 7, n. 2.

la Vierge au Calvaire), je veux dire dans le cœur de Marie, il est entré quelque goutte de consolation, c'est à la pensée que, par le moyen de ses douleurs, elle nous préparait le salut éternel, comme Notre Seigneur lui-même le dit un jour à sainte Brigitte : Grâce à sa charité, grâce à la part qu'elle prit à ma Passion, Marie ma mère est devenue pour toujours mère sur la terre et dans les cieux (i). Quelles furent, en effet, les dernières paroles de Jésus mourant à Marie; en quels termes prit-il congé d'elle; Femme, voilà votre fils: nous confiant ainsi tous tant que nous sommes à son amour, dans la personne de saint Jean » (2).

Je passe sous silence saint Laurent Justinien (3), et le beau mais trop long commentaire de saint Bernardin de Sienne (4), pour en venir aux interprètes delà sainte Ecriture. On pourrait, ce semble, les ranger en deux classes. Les uns commentent simplement le passage en question, quand ils en arrivent à cet endroit de l'Ecriture; les autres le font entrer dans le cadre de la vie de Notre Seigneur qu'ils ont entrepris d'écrire. Des deux côtés, les suffrages en faveur de notre interprétation ne laissent que l'embarras du choix.

« Le Seigneur dit au disciple : Voilà votre mère. Aimez-la, honorez-la, aidez-la comme une mère; mais aussi dans toutes vos difficultés, dans toutes vos tentations, dans les peines et dans les persécutions, recourez à elle comme à votre mère... Or, les paroles du

(i) Révélât., 1. viii, c. 12.

(3) S. Alph. de L., Gloires de Marie, 3» P. Réflex. sur les douleurs de Marie, | v.

(3) S. Laurent. Justinian., De triamph. Christl agone, c. i8.

(4) S. Bernard Senens., De Passione Dom. feria 6 post dominic. Olivarum, serm. 5i. P. ii, a. i, c. 3. 0pp., t. I, 286.

258 L. Iv. — LA MATERNITÉ PROMULGUÉE

Christ ne soni pas, comme celles de l'homme, purement verbales et sans efficacité; elles sont, comme les paroles mêmes de Dieu, des paroles réelles, pleines de vertu, qui produisent ce qu'elles signifient. Donc elles imprimèrent au cœur de Jean un amour de fils, un esprit d'enfant envers la bienheureuse Vierge... Voilà votre mère, la mère aussi des Apôtres vos collègues et de tous les fidèles, dont vous êtes ici le représentant. C'est pourquoi, il n'est pas de fidèle qui ne doive, avec un amour, une confiance sans bornes, se réfugier près d'elle, comme au sein d'une mère» (i). C'est Cornélius a Lapide qu'on vient d'entendre. On pourrait citer soit avant soit après lui bien des auteurs qui se sont fait un nom dans l'interprétation des saintes Ecritures; Salmeron, par exemple, Sylveira, Barradas, Bernardin de Picquigny, Noël Alexandre, et d'autres. Tous diraient avec le cardinal Tolet, depuis Denis le Chartreux (2) jusqu'aux plus récents comme Allioli : « Il me semble, en vérité, qu'il y a dans les paroles du Seigneur un grand mystère. Par elles, il nous a confiés tous ensembleàla sollicitude, àla protection delabienheureuse Vierge; il nousadonné la confiance de recourir à elle en tous nos besoins et nos périls comme à la plus aimée des maîtresses et des mères. Elle est pour nous, après Jésus-Christ, le plus sûr et le plus puissant des refuges. C'est que Jean nous représentait tous ; Joannes enini nos omnes repraesentabat » (3).

Voilà pourquoi le P. de Ligny, dans sa Vie de Notre Seigneur, n'a pas craint d'écrire : « Les interprèles disent que saint Jean représentait ici tous les

(1) Cornélius a Lap., in Joan.,xix, t. VIII, p. 887 (éd. Xeapolil.). {2) Dionys. Carlh., in Euang . Juhan. enarralio, a. 46. ^3) Fr. folet., Commentar. in Joann., xix, 27.

fidèles, et qu'en l'adoptant Marie nous adopta tous. C'est de là que les panég-yristes de Marie ont pris occasion de dire que le Père Eternel, après avoir voulu qu'elle fût la Mère de son Fils unique, a voulu qu'elle fût encore la mère de tous ceux qui, [par le caractère de l'adoption divine, deviennent ses propres enfants, et que la maternité dans Marie n'eût point d'autres bornes que la paternité dans Dieu même » (i).

L'accord ne serait pas moins frappant, si nous parcourions les auteurs qui se sont attachés d'une manière spéciale à retracer l'histoire du Sauveur. Ici encore il faut se borner. Laissant donc au lecteur le soin de parcourir les ouvrages plus récents, ceux de Mg"" Mastaï-Ferretti, de Le Camus, du P. Finetti, et de tant d'autres, je donnerai seulement un seul témoignage : c'est celui de Ludolphe le Chartreux; il mérite d'autant plus de considération que, d'une part, il est plus ancien, et que, d'autre part, il s'appuie sur l'autorité du célèbre Hugues de Saint- Victor. « Par cette double recommandation, dit le pieux Ludolphe, il faut entendre que ce n'est pas seulement Jean son disciple, mais toute l'Eglise et chaque fidèle qui, dans la personne de Jean, furent confiésà la bienheureuse Vierge...; en sorte qu'elle doive nous tenir pour ses enfants, nous aimer et procurer notre bien d'une affection toute maternelle; et que nous, de notre côté, nous devions aussi la regarder comme une mère souverainement aimable, et l'aimer toujours et l'honorer sur toutes choses après Dieu. C'est pourquoi Hugues de Saint- Victor a dit (2) que le passage de l'Evangile où il est

(i) F, de Ligny, ViedeJ.-C, 2= P.,c. 68.

(2) Je ne saurais dire en quel endroit de ses œuvres Hugues a parlé de la sorte.

dit : Voilà votre mère, nous apprend que Marie n'est pas seulement donnée pour mère à Jean, mais encore à toute l'Eglise, mais à tous les pécheurs... » (i).

Veut-on maintenant savoir ce qu'ont pensé les théolog-iens ? Je dirais volontiers, s'il ne s'ag-issait que de ceux d'aujourd'hui, j'entends de ceux qui n'ontpas cru devoir se taire sur les grandeurs de la mère, en écrivant sur l'Incarnation du Fils: ouvrez leurs œuvres, et dites-moi quel est celui qui ne nous voit pas tous, dans la personne de Jean, recevantàla croix la MèredeJésus pour notre propre mère (2). Mais ce n'est pas seulement à l'heure présente que les théologiens ont commencé d'apporter leur suffrage à l'interprétation traditionnelle. Dans les siècles précédents, vous leur trouverez de nombreux devanciers, tels que les Pères de Rhodes et Théophile Raynaud pour la Compagnie de Jésus^ Contenson chez les Frères Prêcheurs, Novali, des Clercs réguliers, Abelly, docteur de Sorbonne, Sedlmayer parmi les religieux bénédictins. Plus haut, encore, avant même la pleine apparition de la Scolastique, des hommes dont les ouvrages attestent une science sacrée peu commune, ont tenu le même sentiment. Nommons entre autres l'abbé Gerhohe, savant chanoine régulier de Saint-Augustin : « Parmi toutes les épouses du Christ, la bienheureuse Vierge Marie tientla première place etla conservera toujours... N'estelle pas, après le Christ son Fils, à la base de la sainte Église, en sa qualité de Mère des Apôtres, de ces Apôtres à l'un desquels il fut dit : Voici votre mère ? Or, ce que Jésus-Christ dit à l'un d'eux, il pouvait le dire

(i) Ludolph. Carthusian, F//a J.-Christi, II P., c. 63, no 35. {2) Lisez, en particulier, les Pères L. Billot, Gh. Pesch, H. Hurler, etc.

à tous les saillis Apôtres, pères de l'Eçlise nouvelle Et, parce que le Christ a prié pour que tous ceux qui devaient croire en lui par leur parole (i) devinssent un. C'est donc à tous les fidèles qui de tout cœur aiment le Christ qu'appartient ce qui fut dit au plus aimé parmi les fidèles du Christ. Tous, en effet, cette bienheureuse mère les engendra debout près de la croix... Ce n'est donc pas une vaine confiance qui nous porte, non seulement à lui dire : Salut, étoile de la mer, auguste Mère de Dieu; mais encore à crier vers elle : Monstra te esse matrem^ montrez que vous êtes notre mère. N'a-t-elle pas une double maternité: Tune pour avoir engendré l'Unique sans douleurs ; l'autre par laquelle elle enfanta pour elle-même et pour cet Unique un grand nombre de fils, au milieu d'incroyables angoisses et de mortelles tristesses» (2)? C'est, après l'abbé Gerhohe, l'auteur du traité sur la Conception de la bienheureuse Vierge Marie, qui, s'il n'est pas saint Anselme, comme ou a lieu de le croire, est presque son contemporain. Il s'adresse à la Mère de Dieu, sous forme de prière : « 0 Notre Dame, si votre Fils est devenu par vous notre frère, n'avez-vous pas vous-même été faite par lui notre mère? En effet, n'a-t-il pas dit à Jean, alors que luimême subissait pour nous la mort de la croix ; mais à Jean qui nous comprenait tous dans sa personne, Joaniii nec aliiid quamnosin naturel suae conditionis hahenti : Voilà votre mère? 0 pécheur^ réjouis-toi ; tressaille d'allégresse. Tu n'as plus sujet de désespérer ni de trembler : ton jugement, ta sentence est

(i) Joan., XVII, 25.

(2) Gerhohi, praepositi Reicherspergensis 0. Can. R. S. Aug. De gloria et honore Filii hominis, c. lo, n. 'i, sq. P. L. cxciv, iio5.

aux mains de ton frère et de la mère. Donc, ne ferme pas l'oreille de ton cœur à leurs conseils » (i).

La théologie des simples fidèles est le catéchisme. Ici, tout doit être élémentaire, substantiel, aussi dégagé des points controversés que des plus hautes spéculations. Si donc l'interprétation que nous voulons établir est entrée jusque dans le catéchisme, il faut qu'elle soit tenue pour bien claire et bien certaine. Or, on l'y trouve, et fréquemment. C'est de nos jours que s'est vulgarisée cette introduction, mais elle a des précédents. Je ne parlerai que pour mémoire du catéchisme si généralement estimé du P. Bougeant (2). J'aime mieux attirer l'attention sur un autre catéchisme à qui les attaches de son auteur avec les Jansénistes, c'est-àdire avec des hommes trop portés à diminuer le culte de la Mère de Dieu, donneront plus d'autorité dans la question présente. Or, voilà ce que je lis dans le catéchisme communément appelé de Montpellier : « Par ces paroles (Voici votre fils), le Christ paraît avoir désigné tous les chrétiens qui doivent tenir la Vierge Marie pour mère, puisqu'ils ont Jésus son Fils pour frère » (3).

Aborderons-nous maintenant les œuvres ascétiques: méditations sur les mystères de Notre Seigneur; considérations sur le Rosaire ; ouvrages spéciaux sur la bienheureuse Vierge, ses grandeurs, son culte; histoires où l'on raconte sa vie; sermons composés

(i) Traciat de Concept. B. Mariae, n. 33. P. L. eux. 3i5.

(2) Bougeant. Exposition de la doctrine chrèt. i» P., s. 3, c. 17. t, I, p. 148 (édit. Carayon). Cf. Gridel. ExpUc. du catèch., t. II, 12" soirée, p. i52.

(3) Instilutt. calli . per modam Catechismi, s. a, § 16 (auctorcF.-A. Poug;ctl. t. I, p. 4'4 (Nemausi, lyGS). Cf. Institutions génér. en forme de catécli., t. I, p. 247 (Avignon, i85i).

pour chacune de ses fêtes et chacun de ses privilèges de grâce et de gloire? Il y aurait là, même à nous en tenir au point particulier qui nous occupe, matière à des volumes. Encore une fois, je ne veux ni ne peux faire comparaître tant de témoins devant mes lecteurs. Pourtant, ce sera, je l'espère, une consolation pour plusieurs d'apprendre encore ici que le Jansénisme n'a pu ni faire oublier la maternité spirituelle de Marie, ni même en méconnaître la divine promulgation. C'est pourquoi, me taisant sur les autres, je donnerai la parole à deux de ses amis les plus en vue.

Le premier sera le directeur attitré de Port-Royal, M. Singlin. Après avoir exalté l'obéissance incomparable de Marie, offrant à Dieu comme victime le Fils qu'elle avait mérité par sa foi de concevoir en ses chastes flancs, Singlin continue : « Jésus donc, voyant sa mère et le disciple qu'il aimait, auprès de sa croix, il dit à sa mère : Femme, voilà votre fils. Et il dit au disciple : Voilà votre mère. Il semble par ces paroles que Jésus-Christ a voulu récompenser la charité avec laquelle la Sainte Vierge l'a offert volontairement sur la croix pour le salut des hommes. Car saint Jean, tenant en ce lieu la place de tous les fidèles chrétiens, lorsque Jésus-Christ le lui a donné pour fils, il lui donna en sa personne tous les fidèles ; et lorsqu'il la donne pour mère à saint Jean, il oblige tous les fidèles chrétiens à la reconnaître pour mère.

(( Ainsi comme Jésus-Christ, en donnant sa vie pour \:\ rédemption du monde, est devenu par sa mort le père de tous les fidèles, selon la parole du prophète : S'il donne sa vie pour l'expiation du péché, il verra sortir de lui une longue suite d'enfants (i); de même

(i) Isa., Liii, 20.

la Vierge, ayant offert en esprit ce même Fils pour les péchés des hommes, a mérité de devenir la mère de ces mêmes enfants de Jésus-Christ qui naîtront dans rÉg-lise jusqu'à la fin des siècles.

« Ce doit être là le fondement de notre dévotion envers la Sainte Vierge. Nous devons considérer que Jésus-Christ nous a donnés à elle pour être ses enfants: Mulier, eccejilius tiiiis; et qu'il nous l'a donnée pour être notre mère : Ecce mater tua » (i).

Ailleurs, reprenant le même sujet pour montrer comment la Sainte Vierge, étant la mère commune des fidèles et de l'Eglise, remplit sa mission de mère, il fait cette observation remarquable. « Quoique c'ait été une gloire particulière à saint Jean, et une récompense de ce grand amour que Jésus-Christ lui portait et qu'il portait à Jésus-Christ, d'avoir été donné à la Vierge pour être son fils ; néanmoins, comme toutes les actions du Fils de Dieu ont été mystérieuses, et une figure de ce qui devait arriver dans son Eglise, il est sans doute que saint Jean a été alors donné à la Vierge pour lui tenir lieu de fils, parce qu'il était l'image de tous les fidèles qui dans, la suite des temps, devaient être les disciples du Sauveur.

« C'est pourquoi, lorsque le Fils de Dieu a dit cette parole à la Vierge : (Femme, voici votre fils;) il lui a marqué que tous ses enfants et ses disciples bien-aimés, dont saint Jean était une excellente image, seraient véritablement ses enfants, et qu'elle serait encore leur mère, comme elle avait été la sienne » (2).

(i) Instruct. chrét. sur les Mystères de N. S. J.-C... Instr. pour le ndredi saint, 3" parole, t. II, pp. i83, i84. Cf. 6« instruct. pour la otivit de la S. Vierge, t. V, pp. 3g8, 899. (Paris, Pralard, 1678). (2) Id. ibid., 7« instr. pour f'Assompt., t. V, p. 191, suiv.

Nicole, un docteur encore plus connu de Port-Royal, exprime plus d'une fois des idées semblables. « Jésus- Glirist, dit-il en traitant de la Passion, donne saint Jean à Marie, et en la personne de saint Jean il lui donne toute l'Eg-lise, et il l'en établit la mère : couvrant ainsi sous un devoir d'une piété commune la g-loire éminente de la sainte Vierg-e, qui est d'être la mère de tout le corps des élus » (i).

Qu'est-ilbesoin, après deslémoig-nages si formels et puisés à pareille source, de faire appel à des maîtres de la doctrine spirituelle, tels que les Pères Alvarez de Paz, Dupont, Jean d'Avila, Thaulère, Abelly, Seg-neri, Spinelli. Thomas de Jésus, sans parler des Faber, des Nouet, des Muzzarelli, des Scribani, des Boudon, des Gibieuf, des Gay, des Pavy, qui tous, d'un même cœur et d'une commune voix, attestent la promulgation de la maternité de grâce dans le testament de Notre Seigneur?

Que de noms à enregistrer encore, s'il fallait citer les prédicateurs et les orateurs. Rappelons au moins le plus grand de tous, Bossuet ; car il prend manifestement plaisir à revenir sur cette idée, tant il est convaincu de sa vérité, tant il la juge capable de nous attacher au culte fdial de Marie, « Dans cette dernière disgrâce, tous ses autres disciples l'ont abandonné; il n'y a que Jean son bien-aimé qui lui reste : tellement que je le considère aujourd'hui comme an homme qui représente tous les fidèles; et, partant, nous devons être disposés à nous appliquer tous ce qui regarde sa personne. Je vois, ô mon Sauveur, que vous

(i) Nicole, Instruct. théol. et morales sur le symbole, 5" instruct , c. 3, t. II, p. 3i3 (Paris, i']liO); co\. Continuât. des Essais. i.-C. élevé sur la croix, | 3, t. XIII, pp. 43 1, 43a.

lui donnez voire mère, et incontinent il en prend possession comme de son bien. Et ex illa hora accipit eam discipiihis in sua. Entendons ceci, chrétiens. Sans doute, nous avons une bonne part dans ce legs pieux; c'est à nous que le Fils de Dieu donne la bienheureuse Marie, en même temps qu'il la donne à son cher disciple. Voilà ce mystérieux article du testament de mon maître, que j'ai jug-é nécessaire de vous réciter pour en faire ensuite le sujet de notre entretien... » (i).

Voulez-vous enfin connaître la pensée des maîtres de la Liturg-ie, ouvrez les Institutions liturgiques de dom Guérang-er. Le savant bénédictin vous parlera comme ont parlé tous ceux que nous avons entendus jusqu'ici (2). Peut-être, au besoin, vous rappellerait-il les hymnes du moyen âg-e : car, dès cette époque, le testament qui nous a donné Marie pour mère était chanté dans l'Eg-lise; témoin la strophe d'une antique séquence pour la Compassion de la sainte Vierge : « Il donne sa mère au disciple, et c'est un g'rand mystère : sous le nom de Jean, tout fidèle est compris » (3).

(i) Bossuet, 2' serin, pour le vendredi de la sem. de hi Passion. Exorde. Voir encore : Précis d'un sermon pour la Nativ. de la Sainte V. (éd. Lâchât, t. XI, p. 129) ; //., ibid., p. 97, en note, etc.

(2) Dom Guéranger, l'Année liiurj., vendredi de la semaine de la Passion...

(3) Gaude, turba fidelium.

Mentis colons martyrium, Ejus quae dédit Filium In mortem pro miseris. ..

Datur mater discipulo Cum maximo mysterio; Joannis sub vocabulo Quivis venit fidelis.

Gratias tibi, Domina, Quae mater es facta nostra, Sub cruce salulifcra Filio cooperans.

Hynini lalini mediae aelatis, p. 94, n. i52. Gall. Morel (18G8).

en. I. PREUVE PAR LES TEMOIGNAGES 267

Témoin encore ces autres strophes de l'hymne des Matines pour la même fcte : « Par le mystère de la croix elle est devenue la mère de tous ceux dont le Fils, par le mérite de sa mort, est devenu le père. — C'est ce que signifie la recommandation par laquelle Dieu commit sa mère au disciple et le disciple à sa mère » (i).

III, — Jusqu'ici, nous nous sommes tenus dans la seconde période, celle qui va du douzième siècle aux temps actuels. Au point de départ nous rencontrions, comme témoins de notre interprétation, plusieurs écrivains connus par d'excellents ouvrages. Il faut y joindre le célèbre abbé Rupert. On a même prétendu qu'il fut le premier auteur à voir dans les paroles de Jésus mourant une promulgation authentique de la maternité spirituelle de Marie. J'ignore s'il ne faudrait pas mettre avant lui l'abbé Gerhohe et le traité de la Conception de la bienheureuse Vierge. Quoi qu'il en soit, on peut lui trouver des devanciers, en Orient, du moins.

C'est d'abord, au neuvième siècle, Georges, métropolitain de Nicomédie : car voici dans quels termes il

(i) Congaudcntes congaudete, Adoptionis fîlii, Et gementes condolete Sanctae Dei genitrici.

Nam crucis per mysterium Cunclis est effccta mater,

Quibus per mortis merilum Filius faclus est pater.

Hoc illa commendalio

Vult quain Deus tune fecit Qiiando Malrem discipiilo, Ipsum Matri commisit.

Fr. Jos. Mone, Hijrnni latini mediiaevi, t. II, p. 14G, n.

LA MATERNITE PROMULGUEE

paraphrasait les paroles de Notre Seigneur, en un sermon sur la Vierge au pied de la croix : « Femme, dit Jésus à Marie, voilà votre fils. Vous savez, vous surtout qui l'avez éprouvé, quelles émotions produisent semblables recommandations, sorties de lèvres mourantes; comme elles font tressaillir jusqu'aux entrailles, et quelles douleurs elles portent avec elles. Celui qu'on entourait jusqu'ici de son amour, avec lequel il était si doux de vivre, il faut le remplacer par un autre : car il s'en va pour toujours, et c'est presque un inconnu qui lui succède. Voici votre fils. Pour moi, je reste, il est vrai, près de vous par ma divinité, vous conservant une sollicitude filiale; mais voici néanmoins que je vous donne mon disciple bien-aimé pour remplir à votre égard tous les devoirs de piété que réclame le titre de mère... Il est à vous cet ami qui a reposé sur ma poitrine; qu'il soit la consolation de votre cœur affligé. Vous tiendrez ma place auprès de lui et de ses compagnons. Car avec lui et en lui je vous confie mes autres disciples... Soyez pour eux ce que les mères sont pour leurs enfants, ou plutôt ce que j'étais moi-même, au temps de ma présence sensible. Eux, à leur tour, seront pour vous des enfants soumis, ils vous rendront l'honneur dû à la Mère de leur Seigneur; à celle par qui je suis venu à eux; à la médiatrice qui leur obtiendra toujours un accès facile auprès de moi.

« Après avoir ainsi doucement apostrophé sa mère, Jésus s'adresse au disciple. Voilà, dit-il, votre mère. Oh! quel excès d'honneur pour lui! quel héritage plus précieux que toutes les richesses du monde! quelle grâce à ce bienheureux évangéliste d'être appelé désormais le frère de l^auteur de toutes choses, et de

cil. I. l'REUVE PAR LES TEMOIGNAGES 269

posséder en qualité de fils la Souveraine de toute créature. — Voilà votre mère. Je vous la confie; tenez ma place auprès d'elle... Rendez-lui les devoirs d'un fils, et vénérez en elle la Mère de votre Seiçi-neur et Maître. Par ma divinité, je lui serai toujours présent; qu'elle éprouve toujours de votre part la plus complaisante des sollicitudes... Je la fais mère et maîtresse non seulement pour vous, mais encore pour tous mes autres disciples; qu'elle soit votre g'uide et qu'elle jouisse de l'honneur et de la prérogative de mère. Je vous ai défendu, il est vrai, d'appeler personne ici bas du nom de père (i); et pourtant, c'est ma volonté que vous vénériez comme une mère, et que vous honoriez de ce titre celle qui a été pour moi un

tabernacle plus élevé que le ciel Voilà, conclut-il,

le testament du Seigneur » (2).

(i) Matth., xxui, 9.

(2) Georg. Nicomed., or. 8, in SS. Mariam assistentem cruci. P. G. c, 1476, sq. Ce discours du métropolite de Nicomédie nous offre toutes les idées contenues dans noire troisième livre sur la présence et les fonctions de la Vierge au Calvaire: son otFrande, sa fermeté inébranlable, son martyre, et les fruits de salut qu'elle concourut à produire.

Voici d'abord l'offrande et le consentement donné par la Vierge au sacrifice du Seiy:neur : « 0 mon Fils, plût à votre Père que je puisse prendre sur moi tous vos tourments 1. .. Allez toutefois, remplissez l'ineffable mystère de l'économie du salut ; allez, vous qui m'êtes plus cher que tous les biens, et méritez par votre mort la f^Ioire qui vous est réservée » (P. G., c. 1472, i473|. C'est ainsi que Georges fait parler Marie, au commencement de la voie douloureuse. Ecoutez ce (ju'il lui met sur les lèvres, le sacrifice une fois consommé. « Il est donc accompli ce mystère prédéfini avant tous les siècles; votre économie de miséricorde a pris fin. De mes yeux je contemplevos inénarrables souffrances... Je tiens et j'embrasse le corps inanimé de l'auteur de la vie; de celui-là même qui m'a conservé à moi-même la vie parmi tant d'angoisses ». (IbicL. i488).

Reconnaissons maintenant les peintures des douleurs et de la fermeté de Marie que nous ont déjà tracées les Latins. « Marie, sans doute, était inexpugnable et supérieure à toutes les impressions de la nature; cependant et l'incomparable amour qu'elle nourrissait pour son Fils, et la férocité plus qu'impie des persécuteurs insensés de Jésus lui causaient au cœur une intolérable souffrance. Et c'est au crucifiernent surtout que sa douleur dépassa toute mesure ; tous les coups portés sur la sainte victime se répercutaient avec violence dans ses maternelles entrailles. »

Serait-ce témérité de soupçonner une allusion plus ou moins prochaine à la scène du Calvaire dans les paroles prêtées par saint Jean Damascène aux Apôtres devant la Vierge mourante, et dans la réponse faite par la Yierg-e elle-même. « Demeurez avec nous, lui disent-ils, vous, notre consolatrice; vous, notre commun refuge. Ne nous laissez pas orphelins, nous, exposés à tant de périls pour le nom du très aimable et très miséricordieux Fils dont vous êtes la mère... Vivre avec vous est un bonheur; un bonheur aussi de mourir avec vous. Mais que parlons-nous de mort? Pour vous, mourir c'est vivre et vivre d'une vie plus excellente ». Après la voix des fils, entendons celle de la mère : c'est une prière ardente, qu'elle fait monter vers son Premier-né: « Mon Fils, je remets mon âme entre vos mains... A vous je confie mon corps, et non pas à la terre... Je vous en supplie, consolez de mon départ mes très chers enfants que vous avez daigné vous-même appeler vos frères. Tandis que

(Ibid. i465j 1468). « Non, jamais les tourments des martyrs, avec tous les instruments de torture ii. ventés par l'art des bourreaux, n'auraient

f)U faire subir à l'àme de la Vierge le supplice qu'elle souffrit des doueurs inexprimables de son Fils et de son Dieu. Jamais cette àme, déchirée de tant de manières par l'angoisse, ne serait demeurée dans son corps, si celui-là même qui souffrait ne l'y eût retenue; si Dieu par sa toute-puissance ne l'avait lortifiée dans cette mortelle épreuve » . {Ibid.,

La péroraison de l'auteur est une apostrophe au Fils, qui montre bien le rôle ministériel de sa mère : « 0 mon Seigneur, je baise celte croix par laquelle vous avez condamné mon péché. . . Je baise vos clous, et vos membres percés pour ma délivrance... Je baise les mains de votre mère : car elle seule vous a prêté son ministère dans votre œuvre de salut. C'est elle qui jadis vous donna la naissance, et c'est elle encore aujourd'hui qui préside à votre sépulture. Elle seule recueille voire sanff, et couvre d'un linceul votre corps immaculé. De tout mon cœur je lui rends la gloire qu'elle mérite pour avoir été seule votre compagne dans votre salutaire Passion, la messagère de cette immense grâce et de l'immortalité, la médi. trice de votre divine glorification. » [Ibid., 1489). Ainsi parlait de Marie cet ancien évéque. Qui s'étonnerait après cela de le voir affirmer de Marie qu'elle fut proclamée notre mère au pied de la croix?

cil. I. PREUVE PAR LES TEMOIGNAGES 27 1

j'étends sur eux mes mains bénissantes, comblez- les vous-même de nouvelles bénédictions » (i). Quels sont les fils que Jésus-Christ a nommés ses frères ? Tous ses fidèles; et par conséquent c'est eux tous que Marie, dans la personne des Apôtres, nomme ses très chers enfants.

Si de saint Jean Damascène, c'est-à-dire de la première moitié du huitième siècle, nous remontons jusqu'à la lin du troisième, nous pourrons recueillir un témoig-nage encore plus formel dans les écrits d'Orig-ène. « Personne, dit le célèbre interprète, ne peut avoir l'intellig'ence de l'Évang-ile laissé à l'Ég-lise par saint Jean, s'il n'a pas reposé comme lui sur la poitrine de Jésus, et reçu Marie pour mère. Puisqu'il doit être comme un autre Jean, il faut aussi qu'il soit, comme Jean, proclamé Jésus par Jésus. Pour quiconque juge de Marie suivant la vérité, elle n'a pas eu d'autre fils que Jésus. Donc lorsque Jésus dit à Marie : Voilà votre fils; et non pas : Celui-ci est ««55/ votre fils, c'est comme s'il lui disait : Voilà le Jésus dont vous êtes la mère : car quiconque est du nombre des parfaits, ne vit pas par lui-môme, mais en lui vit le Christ. Or, parce que le Christ vit en lui, il est dit de lui à Marie : Voilà le Christ votre Fils « (2).

(i) s. Joan. Damasc, hom. 2 in Dormit. B. V. Deip., n. 8, 10. P. G. xcvi, 733, sq.

(2) Origen., Praefatio in Euang .Joan. P. G. xiv. 3i.

Voici la liste plus complète des témoins chez qui j'ai trouvé de visa l'attestalioa de la promulg'ation de la maternité spirituelle, faite par Notre Seigneur au Calvaire.

1) Souverains Pontifes : Léon XIII, Benoit XIV, Pie YIII et Grégoire XVI. Voir les pièces citées dans le texte.

2) Interprètes des SS. Ecritures : Fr. Tolet, Comment, in Joan., xix, 37; Cornélius a Lapide, in Joan., xix ; A/p/i. Sahneron, Comment. in historiam evan^., Tr. 4i. opp., t. X, 347; Ant. Escobar et 3/endoca, Comment, in N. Testam , Joan., xix, 26, sq.; Noël Alexandre, Expositio S. Evang. secundum Joan., c. xix, 26, sq.; Barradas Lusitan.,

LA MATERNITE PROMULGUEE

Enlendons-le bien. Origène, dans ce passage, ne parle pas autrement de Jean que des autres fidèles du Christ ; ce qu'il dit il l'applique à ces derniers comme à

in Joan, Tract., 4' ; Petr. a S. Maria 0. B. M. de Mercede, in Apocal., XII ; Denis le Chartreux, in Evang Joan. Enarratio, a. 46; Bernardin de Picquigny, sur S. Jean xix, 26 ; Sylueira, in Evangel. c. 7, q. i4; Ruperl fuitens., Comment, in Joan , 1. xiii (P. L. clxix, 789. sq.); Pacciuchelli, 0. P., in psalm. 86, Exercit. 22 ; Georg. Major, in Evang. dom. 2 post Epiphan.; Léon Klofutar, Gomment, in Evang. S. Joan., adxix,27 (Viennae, 1862); J. F. Àllioli, Die heilige Schrift, t.lll, p. 358 (Munchen, i85i); Origène, 1. c.

3) Ecrivains de la Vie de Notre Seigneur : P. de Ligny, Vie de N. S., 2« parlie, c. 68; Mastaï-Ferretti, les Evangélisles-unis..., t. II, I. XIX. § 16 (Paris, 1866): P. Ribadeneira, la Vie de N. S. J.-C. (Casterman, 1862^ p. 9g; Ludolpke de Saxeou le Chartreux, Vita J.C., 11 p., c. 63, n. 35; P. Hieronym. Natal., Adnot. et médit, in Evangelia, p. 343 (Anluerpiae, 1694); P- de la Palnia, Histoire de la sacrée Passion, c. 3S; P. Finetti, Conférences sur l'histoire évangélique, t. 11,57» confér.

4) Les Saints : S . Antonin, S. Thomas de Villeneuve, S. François de Sales, S . Alphonse de Liguori, S. Laurent Jastinien, S . Bernardin de Sienne et S. Jean Damascène, aux endroits indiques dans le texte. Ajoutez S. Léonard de Port-Maurice, la Via del Paradiso, et le B. Albert-le-Grand saper Missus est. q. 29, | 3.

5) Les auteurs d'ouvrages spéciaux sur la Sainte Vierge : le P. Alph. Muzzarelli, l'Anno Mariano (7 avril), t. J, p. 233; P.Auriemma. De l'imitation de la très Sainte Vierge ^trad. du P. de Courbeville) c. 6,1 3, Laurent C hr y sogone, Mandus marianus, Diseurs. 22, n. 147, t. II, p 706; Christ. Vega, Thcologia mariana, Palaestra, 24, certam. 8; Alph Capecelatro,La Mère de Dieu, 2" P , | 10. p. 84 trad. de mad. Craven); L. A -A. Pavie, évêque d'Alger, du culte de la très S. Vierge, c. 3, pp. 52 53 ; Alonzo Esc/uerra, Pasos de la Virgen SS. Maria, Madré de Dios, paso i5, c. 9, p. i64 (Alcala, 1620); F. P. C. Célestin de Paris, jour de Triomphe de Marie, Vierge et Mère de Jésus, journée 23» (P. Crespet, Paris, i588), p. 34i ; P. Guil. Gibieaf, Delà Vie et des grandeurs de la très S. V. M., Mère de Dieu, c. i4, § 6 (Paris, 1637) p. 554 et suivantes: F. Domin. Gleich., Annus marianus. sive médit, de B V. Del Génitrice, P. i, dies 37, § 2, p. 693; P. Aug. Largent de l'Orat., Méditations sur la très Sainte Vierge pour le mois de mai, méd. 24, p- 255; P. Paul Segneri, Véritable dévotion à Marie, c. 6, I 2 (Tournai, 1846), pp. 120 et suiv.; P Jean Ant. Velasques, Maria advocata nostra, Prooem. adnot. i*, n. 9 (Matriti, 1668), p. 7; P. Honorât Nicquet, le serviteur de la Vierge, 1. 1, c. 5 (Rouen, 1677); L. Abelly, évè(jue de Rodez. Les sentiments des SS. PP. touchant les excellences... de la Mère de Dieu. Eclaircissem., a" difficulté, pp. 167, 168: H. -M. Boudon, Avis catholique touchant la véritable dévotion de la B. V. M ,sect. iv, g 5, p. 121, suiv.; W.Faber, le Pied de la croix, c. 6, 5° douleur, p. 3o3 (Paris, 1891): P. Fr. Bonneau. Stella mystica a P. Fr. Banaldo, S. J. gallice conscripta et nunc recensa P. Ant. Dulcken carthus. latine conversa, p. 176, sqq.; P. P.-Ant. Spinelli, Maria Deipara thronus Dei, c. 34, n. 18; col. c, 28, n. 11; c. 11, n. 6, etc.; P. Ant. Boissieu, le Chrétien prédestiné par la dévotion àMarie^Lyon,

en. I. PREUVE PAR LES TEMOIGNACiKS 2^3

lui. Jésus-Clirist siyiiale le disciple à Marie comme sou Fils, parce que le Christ vivant eu lui, et lui vivant dans le Christ, il est lui-même le Christ. Donc,

iC8G); Abrt'e^ô de la Vie de la S. Vieri^e, pp. 889, 890; Mgr. Ch. Gay, Eiilretieiis sur le-; mystères du Saint Rosaire. Le crufifiemenl, §G, l. II, p. 199 suiv.; Aiino di Maria, cioè meditazioni per tulto l'anno .. P. m, iG sell. I p., t. III, p. 3GG; P. Fr. Coster, In hyninum Ave, maris Stella, ad vers Mouslra te esse malrem (Antvyerpiac, 1089), pp. G8-G9 ; P. Justin de J/itVio;/', Discursus praedicahiles super Lilaii. Laurel. .dise, i-io, I 3 Lugd . 16G0), t. I p. 588, S([q.-. P. Jean Doiirijeois (Bor^hesius), Societas Jesu matri Dci sacra, c. 32 Duaci, 1G20). p. 44"?. suiv.; Joan. Novatas, de Eminentia Deiparae, t- I, c. 18, q. 2fj ; P. Jennjacquot, Simples considérations sur la coopération de la très Sainte Vierçe à l'œuvre de la rédem])lion, 2« part., ch. 4 (2' édit., p. i5i) ; P. Joacfi. Ventura, la Mère de Dieu mère des hommes, p. I, presque tout entière; P. Nicolo Ricardi, Raçioiiamenti sopra le letanie di Nostra Signora lin Genova, 1G261. Ration, iv, xviii et xxi, t. I,pp Gi, 289,341 ; Pelbai-i de Theineswar, Stellarium, 1. m, 4 p-. a. i. c. 2 Coronae B. Mariae : P. T/u'oph Raijnaud, Scapulare Marian. illuslratum... c. 3. 0pp., t. VII, p. 253, sqq.; it., Hagiolos^. exotic. in Robert, de Arbrissello. | 43. 0pp., t. IX, p. 175, sq ; P. H.-J. Coleridge, the Mother ofthe King, book IV, c. 7, Mary on Calvary ; Vujile Sedlniayer, Scolaslica mariaua, p. 11, q. 8; a. 9 ; Pelitalut, la Vier2:e Mère, d'après la thcol., c. ;8, I I, t. I, p. 290, suivv. ; P. M. Pliilpin de B., Union de Marie au fidèle et du fidèle à Marie p.i,ch. 5, pp.ii5 i46; P Januar. Bucceronl, Commentarii de B V. Maria, comment. 17, n. 7; P. Enric. Le- (jnani, Délie Graudezze di Mtria Sanlissima, lezz. 24; Auy. Nicolas, la Vierge Marie d'après l'Evangile, p. 11, c. 19; Auctor Tract, de Concept. B. M., n. 33, 1. c.

6) Les théologiens . Outre Gerhohe, Hugues de S. -Victor, Albert- le- Grand, Vigile Sedlmayer tt Pelbart de Themeswar déjà nommés, c'est Contenson, Theologia ai mis et cordis, 1.x, d. 11, c. 1, specul. i,l. II, p. i38; P. George, de Rhodes, Dispult. iheologiae schol., tract., viii, disp. un. de Virgine Dei Matre, q. 2, | 9, t. Il, p. iga. sq ; P. Christ. Pesch, Tr. de Verbo incarn., append. i, de B. V. Maria, n. 579 : P. H. Hurter, Theol , t. II, n. 698 ; /". Ludov. Billot, De Verbo" incarn., thés. 29, §2, (éd. allera), p. 34G.

7) Les orateurs et les ser/nonaires : Bossuet, l.cit.; P. Gaudence de Brescia, Prediche sui dolori di Maria; P. Carol. Scribani, Christus paliens, c. i5, de tertio verbo; Singlin, 1. c: Georges de Nicomédie, 1. c; etc.

8) Liturgistes et liturgie: Doni Guéranger, l'Année liturg. La Passion et la Semaine Sainte, le Vendredi Saint, p. 56i ; Vendredi de la sem. de la Passion, p. 190, suiv. (Paris, 1807); Cantiques du moyen âge, 1. c.

9) Calêchismes : P Pouget, Institt. catech.. Catéchisme de Montpellier et catéchisme du P. Bougeant, 11. citt ; Gridel, Explic.du catech., t. Il, 12^ soirée, p. i52; Gaume, catech. de persévérance, Il« p., leç. i3, etc., etc.

jo) Les auteurs Ascetitjues : Joan. Lansperg., carih. . Allociuiornm 1. I, can. 12, t. I, p. 48G (Colon. Agripp., i63o); /' Alvarez de Paz, de Inquisitione pacissive Orat , 1. m, p. 2, c. 3, médit. 20. 0pp., t. III,

cela même étant le privilège de tout juste, il s'ensuit, dans la pensée d'Origène, que Jésus-Christ montrant tout juste à sa mère dit de lui comme de Jean: Désormais, en vertu du prix de mon sang-, voilà votre Fils. Belle et consolante et très véritable doctrine que nous enseigne, après le grand Apôtre, saint Augustin, son fidèle interprète. Nous sommes moins les enfants de Dieu que le Fils de Dieu, parce que la grâce qui nous fait enfants nous incorpore au Christ, au Christ total, suivant la magnifique expression du grand évêque d'Hippone. Donc, parce que, dans l'ordre actuel c'est tout un pour nous d'être enfant de Dieu et enfant de Marie; parce que l'une et l'autre qualité pour être achevée, suppose l'incorporation dans le Christ, Fils du Père et Fils de la Vierge, Marie nous recevant comme siens de par la donation de Jésus, n'a qu'un Fils, quoique ses enfants, à regarder la personnalité naturelle et physique, soient innombrables ; et c'est là ce qui ressort du texte d'Origène et ce qui fait de ce texte une confirmation de l'interprétation traditionnelle.

p. gai, sqq, (Mogunt., 1O19); P. Zy. 0«/jon/, Méditât, sur les mystères de la foi, IV'' p., médit. 47, 4" poiat; P. Jacq. I^ouet, Médit, sur la Passion, 86" méd., 3' considérât.; P. Thomas de Jésus, Souffrances de N: s , J -C. (trad. par le P. Alleaume), 4?° soufF.; P. Giraudeau, l'Evangile médité, l.c ; Jean Taulére, Exercices surld vie et la passioa de N. S., ch. 44; Yen. Jean d'Acila, Tratado 9, de la Resta de las Nieves. Obras, t. V'II, p. 26b (Eu Madrid, 1760); P. d'Oulreman, le Pédagogue chrétien, p. i, ch. 4, sect. 4> '• II, p- 68, suiv.; Nicole, 1. c, etc., etc.

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