CH. II. — TEMOIGNAGE ET TEXTE DE S. JEAN
(le la Mère de Dieu. Les efTorts de ceux-là même ([ui leiitcrcnl au dix-septième siècle d'endig'uer la dévotion des fidèles pour la sainte Vierge, ne lui firent s iMr aucune éclipse, puisque, dans leur parti même, elle trouva des promoteurs comme Nicole et Singlia, par exemple. Tout cela bien pesé prouve, si je ne me trompe, que tantde témoignages sont bien l'expression de la vérité.
Toutefois, parce que notre interprétation a été jugée par quelques-uns défectueuse, ou du moins très contestable, il importe d'examiner les objections qu'on y fait (i) .
Voici la première et la principale. Si nombre d'auteurs plus modernes ont admis celte signification comme voulue de Notre Seigneur, tous les Pères, depuis les plus anciens jusqu'à saint Bernard, le dernier d'entre eux, l'ont ignorée. Or, en fait d'interprétation scripturaire, nous ne devons nous incliner que devant la parole expresse de l'Église ou devant le consentement unanime des Pères. Quant aux auteurs plus récents, quelque respect que réclament de nous leur savoir et leur sainteté, leur autorité se mesure à la valeur de leurs raisons : tantuni valet aucforitas, quantum valent rationes.
Ce raisonnement, avec les réserves qu'il comporte, prouverait tout au plus une chose : l'interprétation d'après laquelle les paroles de Notre Seigneur signifient réellement, et non par simple accommodation, la maternité spirituelle de sa mère et notre filiation de grâce, n'est pas strictement obligatoire. Mais peut-on
(1) Voir sur cette matière les solides réflexions du P. Guill. Gibieuf, De la vie et des grandeurs de la T. S. V. Marie, Mère de Dieu, 2° p. c. i4, t. 11, p. 539, suiv.
dire qu'elle manque de fondements solides du côté de l'autorité? Laissons, pour un moment, la question de l'Eglise et des Pères. N'est-ce pas une autorité d'un grand poids que celle de tant de saints et savants hommes ; autorité d'autant forte qu'elle ne trouve que peu ou point d'opposition chez les autres docteurs? Où sont, en effet, ceux qui, touchant à ce texte de l'Evang-ile, ont nié le sens affirmé si généralement pour n'accorder qu'une simple accommodation? Exposer le sens historique obvie, sdius soulçver la question d'un autre sens plus profond, ce n'est pas, à coup sur, combattre celui-ci ni le rejeter?
Ajoutons uTie double remarque. La première, c'est que tant de témoignag-es concordants, lorsqu'il s'ag-it d'auteurs recommandables parleur science et parleur vertu, ne s'expliquent pas sans de fortes raisons qui les motivent. Et quand même je n'en sentirais pas toute la valeur, il me semble que je ne serais pas injuste envers moi-même, si je jug'eais, sauf évidence, mon opinion particulière moins sûre qu'une appréciation si universellement admise dans l'Eglise de Dieu.
Seconde remarque : Dieu nous g-arde de vouloir affaiblir l'autorité des Pères ou méconnaître ce qu'ils ont fait pour l'intellig-ence des saintes Ecritures et pour l'exposition du dogme catholique. Ce serait s'en prendre à Dieu lui-même dont ils furent les instruments de choix pour cette grande œuvre. On peut dire, toutefois, sans leur faire injure, qu'il reste à glaner après eux. Ni la science ni la lumière divine ne s'est retirée de l'Église. Il y a eu des progrès, depuis que l'ère des Pères est close. Pourquoi ne pourrait-on pas découvrir au ciel des Écritures une interprétation qu'ils n'avaient pas signalée, encore qu'ils en eussent