CH. II. — TÉMOIGNAGES ET TEXTE DE S. JEAN
d'épines et le sceptre en main, sous ce titre : Ecce homo, voici riiomme? Il n'y a rien dans cette interprétation qui ne convienne à la Femme forte, à la Reine des martyrs, et je ne contredirai pas ceux qui l'ont apportée. Oui, voici dans Marie la femme par excellence, comme le Christ, son Fils, est l'homme idéal, l'homme parfait (i).
Pourtant, on est en droit, semble-t-il, de trouver à l'emploi de ce mot femme, surtout dans les circonstances présentes, une raison plus profonde. Pour s'en rendre compte, il faut remonter à la première parole de salut qui suivit la sentence de notre condamnation. « Je poserai des inimitiés entre toi et la femme, entre sa descendance et la tienne; elle t'écrasera la tète et tu chercheras à la mordre au talon )) (2).
Avant tout, c'est au Calvaire que cette promesse eut son plein accomplissement, lorsque Jésus-Christ « effaça la cédule du décret de condamnation porté contre nous, et l'abolit en 1 attachant à la croix; lorsque, dépouillant les Principautés et les Puissances, et les traînant victorieusement captives , il triompha publiquement d'elles en lui-même » (3). Or, nous le savons d'après la prophétie, les inimitiés qui devaient être satisfaites par ce triomphe concernaient la femme aussi bien que la postérité de la femme. Donc, afin que le mystère de la réparation se^ consommât comme s'était consommée la déchéance, il fallait, comme nous l'avons déjà conclu, que la. femme reparût à cette heure de triomphe, qu'elle participât au
(i) Cf. Gerson, 5'erm. / in Dom. i. Eoiphan.
(2) Gen., m, i5
(3) Col., u, 14, i5.
sacrifice expiatoire de sa descendance, et fût ainsi la nouvelle Eve auprès du nouvel Adam,
Mais ce qu'il faut remarquer encore, c'est qu'Adam appela la femme du nom d'Eve ou de mère des vivants, immédiatement après la sentence divine et la prophétie de la délivrance, avant de l'avoir connue. « Et Adam appela la femme du nom d'Eve, parce qu'elle devait être la mère de tous les vivants... « Et Adam connut Eve son épouse, et elle conçut et enfanta Caïn » (r). ho. femme est appelée la mère des vivants; et c'est en vue de Marie, disent les Pères, qu'elle a reçu ce nom. Donc, quand Jésus-Christ dit : Femme, voilà votre fils, il est naturel de voir, et dans ces paroles et dans le fait qu'elles expriment, une allusion mystérieuse à la prophétie des premiers jours ; d'autant plus naturel que l'Evang-ile ajoute aussitôt après : « Jésus, sachant que tout était accompli, afin qu'une parole de l'Ecriture s'accomplît encore, il dit : J'ai soif» (2). Ainsi ce mot/emme semble être là pour nous rappeler la mémoire de la femme ennemie du serpent, de ceiie femme dont Eve, mère des viuants, est la figure; et, par conséquent, il est une confirmation de l'universelle maternité de Marie (3).
Du reste, ces réflexions, qui sortent si naturelle-
(i) Gen., m, 20 ; iv, i.
(2) Joan., XIX, 28.
(3) Et voyez comment, d'après ces idées, le nom de femme correspond au litre de Fils de l'homme, et d' Homme : Ecce homo. Car la prophétie du Protévangile. qui s'accomplit principalement au Calvaire, portait que le serpent serait écrasé, non par la puissance divine elle-même, mais, à son éternelle confusion, par la race qu'il avait vaincue. Les noms par lequels le Fils et la mèi-e sont alors providentiellement désig:nés — Fils de l'Homme, Homme, Femme, — pouvaient-ils être mieux choisis pour exprimer le grand mystère de la revanche divine et nous en montre r l'accomplissement ?