CH. II. MISJÉKIGORUE DE NOTRE MERE 4G I
nous accordera pas dans sa béatitude, après nous avoir tant donné dans son affliction ? Elle s'est dépouillée de nos misères; mais l'est-elle de sa miséricorde? Elle n'a plus, il est vrai, la compassion mêlée de tristesse ; mais elle garde la compassion libre du cœur, la compassion prodigue de secours ». Ainsi fait-on parler Gerson dans ses commentaires sur le Magnificat (i).
Authentique ou non dans toutes ses parties, ce dont je n'ai pas su m'assurer, la pensée qu'il exprime est d'une vérité bien faite pour augmenter notre confiance en cette mère très miséricordieuse. De même, en effet, qu'elle a paru sur notre terre pour être l'instrument des divines miséricordes, elle est montée au ciel afin d'y continuer auprès de Dieu son ministère de miséricorde. Il en est d'elle comme de son Fils, Notre Seigneur. Si Jésus-Ciirist est retourné vers son Père, luimême nous l'enseigne, c'est pour y prendre nos intérêts ; pour nous envoyer l'Esprit consolateur, nous préparer une place dans son royaume, être notre perpétuel avocat devant le Père, toujours vivant afin de toujours intercéder pour nous (2).
Voilà ce que l'Eglise et les Saints veulent que nous pensions de la très heureuse Vierge, Déjà, dans un des chapitres précédents, nous entendions les Pères grecs affirmer par leurs discours et d:uis leurs prières que tel était bien le but de son Assomption (3j. Il serait aisé d'en multiplier les preuves. Ecoulez plutôt cette oraison que les prêtres doivent réciter au
(i) Perdidil miseriam, numquid et miser icordiam ? Perdidit passionein, numquid et coinpassionein? Perdidit profecto passionem aftlictivam, sed retiauil coinpassionem electivam. Voir la substance du texte, Tr. VI, t. IV, p. 3i6.
(2) Joan., xiVj 2, XVI, 17; I Joan.,ii, t ; Hebr., vu, 25, etc.
(3) i''^ Partie, 1. v, ch. 2, t. Il, p. 34i, suiv.
saint sacrifice, dans la vigile de l'Assomption de Marie : « Que la prière de la Mère de Dieu fasse agréer de votre clémence, ô Seignear, les vœux que nous vous offrons : car vous l'avez transférée de ce monde, afin quelle intercède en toule confiance auprès de vous, pour nos péchés ». Ainsi le tiiomplie de noire mère et sa charge de miséricordieuse avocate vont de pair et se tiennent. Elle est Reine du ciel, mais c'est pour être encore plus Reine de miséricorde. L'Eglise du Christ n'a garde de l'oublier; elle ose même le rappeler à son Epoux, en même temps qu'elle en fait souvenir ses enfants : « ut pro nostris peccatis apud Te fiducialiter intercédât; afin qu'elle intercède avec confiance auprès de vous pour nos péchés », lui dit-elle. Et nos Saints et nos docteurs le répètenl à sa suile.
La terre, prêchaitsaint Bernard, a fait au ciel, dans l'Assomption de Marie, le plus beau des présents. « Mais elle aussi (devenue céleste) fera des présents à la terre. Et pourquoi ne donnerait-elle pas, puisque ni la puissance ne saurait lui faiie défaut ni la volonté. N'est-elle pas la Reine du ciel et Reine toute miséricordieuse; que dis-je? n'est-elle pas la Mère du Fils unique de Dieu? Rien assurément ne démontre mieux l'immensité de son pouvoir et de sa bonté; à moins peut-être que le Fils de Dieu cesse d'honorer sa mère, ou que ces entrailles dans lesquelles la Charité, qui est Dieu, s'est reposée corporellement pendant neuf mois, ne se soient pas trans.'ormées en affection de miséricorde et de charité. Mais cpi le pourrait croire » (i)? Vers la même époque, un
(il s. Beraard., Ser/n. in Assampt. i, n. 2, J'. L. clxxxiii, 4i5.
cil. 11. MISKUICOKUE DE NOTRE MÈUE 4^3
aulie auteur ecclésiastique qu'on croit être Ecbert, abbé de Schunau, priait ainsi la sacrée Vierge : « 0 Jurande, ô débonnaire, ô très aimable Marie, vous ne j)Ouvez être nommée sans échauflci' le cœur, ni pensée sans réveiller les sentiments aflectueux de ceux qui vous aiment. A peine avez-vous franchi les portes de notre mémoire, que la douceur dont vous êtes divinement imprégnée, nous embaume. Nous vous suivons donc, ô Notre Dame, vous criant de tout notre cœur: Aidez-nous, faites cesser notre opprobre.. Qui nous délivrera de nos maux? La grâce de jvotre Fils, notre Sauveur?... Mais qui donc est capable comme aous de l'altendrir sur nos misères; vous qui reposez aujourd'hui dans les nijstérieux embrassements de ce Fils bien-aimé, dans l'éternel midi; vous qui jouissez de ses entreliens les plus familiers avec un cœur où déborde la plénitude de la joie » (ij.
Loin donc que l'éloignement ait paralysé sa miséricorde, elle l'a faite au ciel plus active et plus efficace : « car, dit à ce sujet Léon Xlll, il est impossible d'exprimer tout ce que sa protection a reçu d'amplitude et de vertu, depuis qu'elle a été élevée près de son Fils à ce faîte de gloire, réclamé par sa diguilé de mère et parla splendeur de ses mérites. C'est depuis lors surtout qu'elle nous assiste et veille sur nous comme une mère « (2); d'autant plus que sa félicité même, contrastant d'une manière si vive avec nos peines, ajoute encore à la compassion maternelle dont elle est touchée.
(i) Ad B. Virginem sermo panegyric, W L. clxxxiv, ioi3, sq. (2) Léo XIII, Encycl. Adjutricem populi (5 sept. iPgô).