CH. IV. MARIE, MÈUE DE TOUS LES HOMMES
pas dans sa grâce. Et c'est en ce sens que l'Apôtre écrit du Dieu vivant « qu'il est le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles » (i). Donc, pour tout résumer en deux mots, Jésus- Christ est virtuellement par sa mort le Sauveur de tous les hommes, mais il ne l'est pas actuellement, parce que tous ne participent pas à la vertu de son sang, comme il le faudrait pour arriver au salut. On comprend d'après ces principes comment Dieu, bien que toutes les créatures raisonnables puissent lui dire : Mon père, ne les lient pas au même degré pour ses enfants. C'est par la grâce sanctifiante et par l'effusion du Saint Esprit dans nos âmes que nous sommes formellement constitués fils d'adoption. D'où l'on voit que la paternité divine comporte, non moins que la qualité de Sauveur, des degrés aussi variés que les conditions dans lesquelles on se trouve par rapport à la grâce. C'est en conséquence des mêmes principes que la théologie, traitant de l'incorporation des membres du Christ dans la personne mystique du Christ, y distingue des degrés analogues à ceux de la filiation divine et de la rédemption. Sans parler de ces malheureux, éternellement retranchés du corps du Christ pour être morts dans l'impénitence finale, il en est qui ne sont unis à Jésus-Christ, leur tète, qu'en puissance et par destination : je parle de ceux qu'aucun lien, pas même celui delà foi, ne rattache au divin Chef. En d'autres, tels que les pécheurs qui croient et qui espèrent, mais qui n'ont pas encore reçu par la justification la grâce sanctifiante et la charité, l'union n'est guère qu'en ébauche. Pour qu'elle soit parfaite, il faut le nœud
(1) I Tim., IV, 10.
go L. VIII. — LES ENFANTS DE MARIE
sacré de l'amour divin. Encore la cohésion du Chef avec les membres, des chrétiens avec le Christ, n'aurat-elle sa perfection suprême que dans la g-loire : parce que c'est là seulement que la tête influe dans chaque membre toute la perfection de la vie surnaturelle, et que les membres sont unis à leur tête par des nœuds éternellement indissolubles (i).
Appliquons ces principes à la maternité spirituelle de 'Marie. Êtes-vous du nombre des élus qui jouissent de la gloire ; membres de Jésus-Christ avec la certitude de n'être jamais séparés de ce divin Chef, immuablement incorporés à sa personne mystique, enfants de Dieu admis à l'héritag-e du Père el dans la plénitude du salut; vous êtes par là même enfants de Marie dans le sens complet du mot.
Appartenez-vous encore à l'Ég'lise militante; justes et saints devant Dieu, membres vivants du Christ vivant; vous aussi vous êtes enfants de Marie; mais dans la période déformation. En saluant Marie comme votre mcre^ rappelez-vous que vous pouvez encore être arrachés de ses bras maternels, non par sa faute, mais par la vôtre ; comme vous pouvez être séparés de l'amour de Dieu, de la personne mystique du Christ, et perdre le salut.
Faites-vous partie des fidèles, mais retenus dans les liens du péché, Marie voit encore en vous son fils ; un fils qui pour l'heure ne l'est que bien imparfaitement, comme il participe imparfaitement à la vie de Jésus-Christ, c'est-à-dire à la vie surnaturelle, qu'il ne possède qu'en préparation. Et cet infidèle, qu'il le soit par le hasard de sa naissance ou par
(i) s. Thom., 3 p., q. 8, a. 3.