CH. IV. — MARIE, MERE DE TOUS LES HOMMES QI
sa pro;^re malice, Marie ne l'a pas rejeté comme un étrang-er. Il pourrait lui crier: Ma mère, dans la mesurequ'il peut appeler Dieu, son père, et Jésus-Christ, son frère. Il n'est dans le sein virginal de cette mère de miséricorde qu'à l'état de germe encore informe. Mais s'il ne met pas un obstacle invincible auxinfluences de son amour; s'il ne contrecarre pas l'action du Saint Esprit qui repose en elle pour la rendre toujours féconde, viendra l'heure où Marie pourra dire aussi de lui, comme de ses autres enfants : « Me voici, moi et les fils que vous m'avez donnés ». En attendant ce bienheureux jour, la divine mère le regarde comme un fils à former ; elle le veut comme sien, et il ne dépend pas d'elle qu'elle ne l'engendre enfin de fait à la vie des enfants de Dieu. Oui donc n'est d'aucune manière, à aucun titre^ l'enfant de Marie ? Le damné. Celui-ci elle ne le connaît pas; son amour maternel, si incommensurable qu'il soit, ne l'enserre pas dans sa chaude étreinte; elle ne suit même pas, comme la veuve de Naïm, ce mort qui fut autrefois son fils, pour appeler sur lui le bienfait de la résurrection. La raison, c'est qu'il est irrévocablement séparé du corps de Jésus-Christ, que lagrâce qui régénère ne pourra jamais l'atteindre, et que Dieu sera toujours son juge impitoyable et jamais son Père (i).
(i) Auguste Nicolas, daus l'un de ses ouvrages sur la Mère de Dieu, a fait remarquer avec quelle énergie terrifiante la fresque du J.gement dernier, peinte parMichel- Ange, meten scène cette vérité. Au premier plan, c'est Jésus-Christ qui, d'un geste foudroj^ant précipite en enfer dffS milliers de damnés, et semble leur dire : Maintenant voici le jugement du monde. Retirez-vous de moi, maudits. Au second plan, on voit une femme qui se tient derrière Jésus. Cette femme, c'est la compatissante IMarie q;ii, contemplant la colère de son Fils, semble dire à son tour : Rien ne peut désormais le fléchir, ni satisfaction, ni miséricorde, ni prières. Elle ne se jette pas enlre eux et Lui ; elle reste en arrière, immobile et silencieuse. « L'aspect de celte finale, ajoute l'auteur, dorne le frisson. Car ce qui exprime le mieux les angoisses du dernier jour, ce
Voilà donc les deux termes extrêmes de la maternité spirituelle de Marie : d'un côté, les réprouvés, de l'autre, les bienheureux du ciel. Entre ces deux termes s'échelonnent à des degrés inégaux les enfants de celte mère à jamais bénie. Et cela suffit à nous faire entendre les différentes expressions employées par les Saints, quand ils parlent des enfants de Marie. Leur but n'est pas d'exclure du privilège d'enfant ceux qui n'ont pas atteint soit la foi, soit l'état de grâce, soit la gloire céleste; tout au plus veulent-ils signaler l'inégalité de perfection suivant laquelle est possédé ce privilège.
IL — Or, ce n'est pas seulement des hommes qui sontvenusà l'existence après elle, que la bienheureuse Vierge est la mère ; elle l'est aussi de tous ceux qui l'ont précédée, dès l'origine des siècles. C'est un dogme de notre foi que, depuis la promesse du Libérateur faite au genre humain déchu, toute grâce et tout pardon dépend du Dieu fait homme. Ce que prêchait saint Pierre aux Juifs, « qu'il n'y a de salut en aucun autre : car nul autre nom (que celui de Jésus) n'a été donné sous le ciel aux hommes par lequel nous devions être sauvés w (i), est vrai, sans exception, pour tous les temps.
Montez au ciel et vous entendrez l'universalité des élus chanter en chœur devant l'Agneau : « Vous êtes digne, Seigneur, de recevoir le Livre et d'en ouvrir les sceaux, parce que vous avez été mis à mort, et
n'est pas de penser que le monde est en ruines, et que Dieu est courroucé ; c'est de rappeler que la douce voix de Marie ne se fait plus entendre pour les pécheurs (qui ne lui sont plus rien), et que (voulût-elle ])arler), elle ne serait pas écoutée»,
(l) Act., IV, 12.