‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 15 sur 81 · CH. V. — ENFANTS PRIVILEGIES IO · texte numérisé non relu

CH. V. — ENFANTS PRIVILEGIES IO

Jésus nous cufaute en mourant, Marie est noire mère par l'affliction; et nous engendrant de la sorte tous deux nous consacrent à la pénitence (au sacrifice). Ceux qui aiment la pénitence sont !es \'rais enfants de Marie; car où a-t-elle trouvé ses enfants? Les a-t-elle trouvés parmi les plaisirs, dans la pompe, dans les délices et dans les grandeurs du monde? Non, ce n'est pas là qu'elle les rencontre; elle les trouve avec Jésus- Christ et avec Jésus-Christ souffrant; elle les trouve au pied de sa croix, se crncifiant avec lui, s'arrosant de son divin sang-, et buvant l'amour des souffrances aux sources sanglantes de ses blessures. Tels sont les enfants de Marie » (i). Telle aussi, disions-nous, la consolation des véritables religieux, alors surtout qu'ils se voient poursuivis par la haine des ennemis de Jésus et pour le nom de Jésus; c'est la g'ioire aussi de quiconque porte sa croix à la suite du même Jésus, que la croix soit librement choisie, ou qu'elle soit imposée par la providence, mais chrétiennement acceptée. Il est une seconde raison pour laquelle il convient aux religieux de se croire comme tels, à titre particulier, des enfants de Marie. Les familles religieuses peuvent se glorifier à bon droit de s'être développées sous sa maternelle protection. Elle a veillé sur leur berceau; mieux encore, elle a présidé à leur naissance, et c'est entre ses bras et de son cœur qu'elles ont reçu la vie. On est étonné de constater, en parcourant leur histoire, par quels faits providentiels et merveilleux cette bienheureuse Vierg-e a voulu montrer qu'elle les avait vraiment portées dans son sein, et qu'elles

(i) Bûssuet, serin, pour la fête du Rosaire, vers la fin.

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lui devaient, après son Fils, leur existence et leurs progrès. Il y aurait des volumes à faire sur cet intéressant sujet. Un docte et pieux écrivain de la Congrégation des Clercs Réguliers de la Mère de Dieu a composé tout un gros livre, pour montrer comment tous les fondateurs d'Ordres ou de Congrégations religieuses ont été singulièrement dévoués à la Mère de Dieu, et plus singulièrement encore aimés et protégés par elle (i).

Les noms même, imposés par nombre de fondateurs ou de fondatrices, témoignent de cette alliance intime entre la Vierge Mère et leurs Instituts. Sur quoi pourtant le P. Philpin de l'Oratoire, dans son ouvrage de l'Union de Marie au fidèle et du fidèle à Marie^ a fait cette remarque assez surprenante au premier abord : « C'est que les Ordres qui ne portent pas le nom de Marie ou de quelqu'un de ses mystères sont, en général, ceux à l'enfantement desquels la sainte Mère a présidé plus manifestement. Il suffit, dit-il, de citer les Dominicains, les Trinitaires, les Rédemptoristeset les Jésuites » (2).

La reconnaissance que doit avoir tout fils de saint Ignace envers la Reine du ciel m'oblige à dire qu'elle s'est révélée d'une manière éclatante comme la Mère de la Compagnie de Jésus. Je m'en tiendrai d'ailleurs à ce qu'elle fit pour la fondation de l'Ordre, sans prétendre suivre les effets de sa protection sur la croissance, les travaux et la conservation de celte même Compagnie. On pourra mieux juger par là de la vérité que nous avons à mettre en lumière, je veux

(i) P. Hippol. Maracci, F««rfa/ores .l/ar/a/ii... Romae (i 643). (2) R. 1'. M. Philpin, prèlre de l'Oratoire de saint Philippe, op. cit., c. II, I 3, p 253.

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dire, de la coopération maternelle de la bienheureuse Vierv^e a la naissance des Ordres religieux : car, je n'en doute pas, tous ou presque tous pourraient enregistrer des faits analogues.

La première préparation de la Compagnie de Jésus fut la conversion et la sanctification de son fondateur: l'une et l'autre allant, dans la pensée divine, à l'œuvre qu'il devait réaliser pour la plus grande gloire de Dieu. Or, il est impossible de ne pas voir dans ce double fait la main et le cœur de Marie. C'est aux pieds de la Vierge et prosterné devant son image que, touché d'un immense repentir de ses fautes, il se consacre par son entremise au service du divin Roi. Consécracration bientôt suivie d'une apparition mystérieuse où la Mère de Dieu, visitant son serviteur, lui apporte avec son Fils Jésus le don d'une inviolable chasteté. C'est elle encore qui, la convalescence du vaillant blessé de Pampelune à peine achevée, l'attire au sanctuaire de Montserrat, où, troquant ses vêtements de gentilhomme contre l'immble dépouille d'un mendiant, il offre à Noire Dame son épée et sa dague, et, dans la nuit qui précède l'i^nnonciation, fait devant son image la célèbre veillée cl' armes qm le sacrait chevalier de Marie. De là, comme porte l'inscription gravée sur le marbre parles soins d'un abbé de Monserrat, « il partit, en 1622, pour fonder la Compagnie de Jésus ».

Marie conduisait toujours son serviteur, afin de le préparer à sa grande mission. Elle fut avec lui dans la solitude de Manrèse, où il se rendit en quittant Monserrat. Une tradition respectable, rappelée dans le cours de son procès de canonisation, le montre favorisé de plus de trente apparitions de Notre Dame, pendant les huit derniers mois de son séjour à Man-

rèse (j). El la preuve que c'était bien en vue d^ sa mission que la Reine du ciel l'entourait d'une protection si extraordinaire, ce sont les paroles qu'il entendit murmurer très doucement à son oreille, alors qu'il partait dd Moaserrat pour Manrèse : « Allez, Ignace, et accomplissez voLre mission. » Or, bien que cette mission ne lui eûl pas encore été pleinement révélée, la Mère de Dieu travaillait sans cesse à le rendre capible de la remplir. De là tant de grâces dont il fut si souvent inondé dans la chapelle de Notre Dame de ViladorJis, son pèlerinage favori, pendant qu'il habitait M:inrèse (2). De là surtout les lumières qu'il reçut, dans cette bénie solitude, pour la composition de ses Exercices spirituels, manuel de SCS futurs compagnons, écrit en quelque sorte, comme on a pu le dire, par cet homme sans lettres sous la dictée de Marie.

Les premières assises de la Compagnie étaient dès lors préparées. C'est encore sous le regard et sous la protection de la sainte Mère de Dieu que l'édifice va s'élever. Lorsq le le saint, quelques années plus tard, eut réuni des disciples selon son cœur, où et quand lui et ces premiers compagnons d'apostolat se lièrentils par de communes promesses au service du Roi Jésus? Dans un sanctuaire de Notre Dame, « le jour de l'Assomplibn, à Montmartre, près de Paris, et c'est là, comme sur une pierre inéijran'able, qu'il établit les fondements de son Institut », dit Benoît XIV, dans la Bulle Gloriosae Dominae. Quelques nouveaux

(i) Nieremberg, Vida de san Iç/nacio, c. 4-

(2) La plus étonnante de ces grâces est une extase où il resta pendant huit jours sans mouvement et comim; sans vie, tout plongé dans les choses divines. Or, pour qu'on sût bien qu'elle venait de la -Mère de Dieu, elle commença le samedi et fiait le samedi.

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comj)a:^Mioiis s'adjoignent, dans celle capilale, aux premiers. Leurs eng-ag-ements vont encore être déposés avec ceux de leurs frères aux pieds du même autel, entre les mains de Notre Dame. Voyez maintenant cette troupe héroïque quitter la France pour l'Italie; c'est le Rosaire suspendu au cou qu'ils voyag-ent, même en traversant les contrées gagnées à l'hérésie : tant ils se reconnaissent comme l'appartenance de la Mère de Dieu.

Ordonné piètre, Ig-iiace passe une année tout entière à se disposer pour offrir dig-nement le divin sacriiice; son recours est toujours à Marie. Sans cesse il la conjure de lui être propice auprès de son divin Fils. Cette long-ue préparation terminée sous le patronag-e de Marie, il va célébrer enfin sa première messe ; mais parmi tant d'autels que Rome lui présente, il choisit l'autel de la bienheureuse Vierg-e, dans une chapelle de Sainte-Marie-Majeure, consacrée spécialement à la Mère de Dieu. Encore un peu de temps, et saint Ig-nace, élu malgré ses résistances Généra! de la Compagnie récemment approuvée par Paul III, va pour la première fois recevoir entre ses mains la profession solennelle de ses religieux. C'est encorela Reine du ciel qui présidée ces derniers eng-agements. La formule qui les exprime en fait la mention ex}»resse: « E<jo N.,promitto Omnipotenli Deo, coram ejiis Virgine Maire... Moi N., je promets au Dieu toul-puissant, en présence de la Vierge sa Mère ». Et pour que le dessein des nouveaux profès de mettre l'acte qui constituait définitivement leur Institut sous le patronage de Notre Dame fût manifeste, et que le complément de l'œuvre répondit à ses ébauches, le lieu choisi pour la profession, modèle et prémices de

lanl d'autres, fut une chapelle dédiée sous le vocable de Marie, dans la basilique de Saint-Paul-hors-lesmurs. Ouedirai-je encore? A ces profès il fallait une église, et cette première église fut Notre-Dame de la Strada; comme si, dit un historien du fondateur, « la Compagnie ne pouvait naître et se constituer régulièrement que dans les maisons de la très Sainte Vierge » (i).

Si les Exercices spirituels ont toujours été justement regardés comme l'âme de la compagnie de Jésus, c'est aux Constitutions de saint Ignace qu'elle doit sa dernière forme. Or, deméme que le saint composa les premiers sous le regard et d'après les inspirations de la Vierge immaculée, ainsi l'eut-il pour protectrice et pour conseillère, quand il écrivit les secondes. Une tradition perpétuelle, pieusement conservée parmi ses enfants, l'atteste avec certitude. En dehors des témoignages sur lesquels cette tradition peut s'appuyer, elle a son fondement dans les notes spirituelles oix le saint consignait les faveurs reçues par lui de Notre Seigneur et de sa divine mère. Nous savons par le P. Louis Gonçalvès à qui, sur les instances de ses premiers compagnons, le saint dicta lui-même un résumé succinct de sa vie, que « la bienheureuse Vierge se montrait souvent à lui, tantôt intercédant en sa faveur, tantôt le confirmant dans ses décisions » : ce qui lui arriva tout spécialement, au sujet des dispositions concernant la pauvreté religieuse.

Arrêtons-nous sur ce court aperçu. C'en est assez, d'ailleurs, pour justifier la croyance, si chère à tous les

(i) Bartoli, Histoire de saint Ijnace. L. ii, c. 7 (Iraduct. du P. J. Terrien).

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