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enfanls du vénéré patriarche, que la Reine du ciel est, après Jésus-Clirist, la fondatrice et par conséquent la mère de la Compagnie de Jésus. Et ce qu'elle fit pour le corps entier, Marie, comme tant de faits l'attestent, n'a pas cessé de le faire, dans une mesure à elle connue, pour chacun des membres. De là cette parole de saint François de Borgia, le second des successeurs d'Ignace dans le gouvernement général de la Compagnie : « Je ne compterais guère sur la persévérance de celui de nos religieux qui n'attribuerait pas spécialement à Marie la grâce de sa vocation » (i).
J'aime aie répéter, il ne s'agit pas ici de revendiquer pour la Compagnie de Jésus le monopole de la protection maternelle de Marie sur ses origines; il y aurait la comme un outrage à cette mère commune des familles religieuses. J'ai seulement voulu montrer sensiblement par un exemple ce qu'elle est et ce qu'elle a fait diversement pour toutes, et pour celles-là surtout qui ont plus honoré et mieux servi l'Eglise de son Fils.
Et pour ne pas quitter cette matière, sans avoir au moins brièvement signalé quelques faits propres à justifier cette affirmation, je rappellerai particulièrement les ordres de Cîteaux, des Chartreux, des Carmes et de Notre-Dame de la Merci. Cîteaux, un des rejetons les plus vigoureux de la souche patriarcale de
(i) Consulter sur ce sujet .Varie et la Compagnie de Jésus, Uclès, 1895 ; item, Societas Jesn Mariae Deiparae Virgini sacra, auctore R. P. Joan. Rorgesio (Bourgeois) Societ. J. theolog'o, Duaci, iG-'o; De Societate Jesii Mnriana (1667) f'*^' P- Franc. Mag:ft'io, clerc régulier théatin, et la Bulle d'Or Gloi-iosae Dominae (1748) du pape Benofl XIV; Spinelli, Maria Thromis Dci, c. 20. p. 2-g, etc. On y verra, d'un côté, comment la Sainte Vierge a continué sa protection maternelle à la Compagnie de Jésus, et, de l'autre, comment la même Compagnie s'est etlbrcce, dans tous les temps, de reconnaîlre un si grand bienfait.
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saint Benoît, dut son existence au bienheureux Albéric, sous le patronage de la Vierge, Mère de Dieu. Ellemême, suivant une pieuse et vénérable tradition, remit au fondateur la substance des Constitutions qui de vaient le régir, avec la coule ou robe blanche qui en serait le vêtement virg-inal. Elle même aussi lui promit d'étendre sa protection miséricordieuse sur le nouvel Institut. Aussi, les religieux de Cîteaux aimaient-ils à la regarder comme l'unique patronne de leur Ordre, et se tenaient-ils eux-mêmes du fief de Marie (i). Yoilà pourquoi toutes leurs églises étaient dédiées sous le vocable de Notre Dame, et Notre Seigneur, comme pour les récompenser de leur amour envers sa mère, leur donna dans saint Bernard le plus illustre panégyriste de ses gloires.
Ce fut ég-alement sous la très spéciale assistance de la Mère de Dieu que saint Bruno plaça son héroïque entreprise; et, par une suite comme naturelle, un sanctuaire de Marie, la chapelle de Casalibus, devint le centre autour duquel fleurit la Chartreuse. On rapporte même que le départ prématuré du saint instituteur, obéissant à la voix d'Urbain II qui l'appelait en Calabre, ayant failli compromettre le succès de son premier établissement en France, cet établissement fut raffermi et reçut comme une nouvelle naissance par le vœu que, sur un avertissement du ciel, les saints religieux contractèrent de réciter chaque jour l'Office de la Sainte Vierg-e (2). C'est pourquoi Lansperg-, un
(i) C'est ainsi qu'un des plus grands prédicateurs des douzième et treizième siècles U?37^,Elinand, devenu moine après avoir brillé comme trouvère, se plaisait à caractériser les rapports entre la bienheureuse Vierge et sa famille religieuse. Cf. Tissier, Biblioth. PP. Cisterciens., t. VU, p. iii.
(3) Voir Nicolas, la Vierje Marie vivant dans l'Église, t; IF, 1. m, c. 9.
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des fils les plus pieux de saint Bruno, déclare, dans une de ses lettres à un reliî^ieux de son Ordre, qu'un chartreux ne doit pas seulement appeler Marie sa patronne.) mais sa. mère (i).
Les Carmes ne sont pas moins redevables à la bienheureuse Vierge, puisque c'est elle qui, dans un temps où l'Ordre du Carmel paraissait courir à une ruine imminente, le sauva providentiellement, soit en lui conciliant la faveur des Pontifes et des princes chrétiens, soit en lui confiant, par le ministère de saint Simon Stock, le vêtement, symbole et g^aranlie de si consolantes promesses.
Quant à l'Ordre de la Merci pour le rachat des chrétiens captifs chez les infidèles, la légende du Bréviaire nous le montre directement inspiré par la Sainte Vierge elle-même, dans une triple apparition à Pierre Nolasque, à Raymond de Pennafort et au roi Jacques d'Aragon : ce sont eux, en effet, qui, sous la motion de la Mère de Dieu, combinèrent leurs efforts
(i) La lettre est trop belle pour que je n'en détache pas au moins le fra2;meDt qui revient à notre sujet : « Saluez pour moi celte très pure, très simple, très humble et totalement absorliée en Dieu: je veux dire, l'unique et très bénigne Mère de Dieu, la V^ieryc Marie, Reine et médiatrice de tout bien, de toute grâce, de toute perfection... Saluez donc, comme je vous en ai prié, la très heureuse Âlarie, non pas seulement la patronne universelle de notre Ordre, comcue l'appellent quelques-uns, mais sa mère. Nos pères ne l'ont pas choisie pour qu'elle nous fût une patronne : à ce titre seul elle nous porterait toujours assistance, mais elle ne nous montrerait pourtant pas toujours les sentiments d'une grande et palpable aft'ection. Ils l'ont choisie comme la mère du bel amour, de {{ui nous attendions une protection toute maternelle. Disons mieux et plus vrai : elle même ne nous a pas choisis pour que nous lui soyons des serviteurs, mais des tils ; des fils qu'elle ne se contente pas de protéger et de défendre, mais (ju'elle veut réchaulTer sur son sein, nourrir de sa très suave tendresse. Donc aussi, ne nous attachons pas à son service particulier comme des serviteurs, mais comme des enfants très fidèles : car elle-même, il est aisé de le voir, ne nous a pas ménagé ses soins maternels. Donc aussi, honorons-la, aimons-la d'une atïection vraiment filiale, et cela par la méditatio.i assidue de sa vie, par la constante imitation de ses vertus ». Lansperg. Carth., Epp. paraenet. L. i. cp. 4'- t- 1) Opuscul. spiril., p. i83, sq. Coloniae Agripp., i03o.
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pour mener à bonne fin cette institution qui créa tant de dévouements sublimes, et arracha tant de malheureux à la servitude, tant d'âmes aux périls où pouvait sombrer leur foi (i). Il faudrait encore parler de l'Ordre de Fontevrault, fondé par le bienheureux Robert d'Arbrisselle, dans la touchante pensée de réaliser en ses monastères la relation filiale que le Seigneur établit entre le disciple qu'il aimait et sa divine Mère, par ce testament suprême : Femme, voilà votre fils; Jean, voilà votre mère (2); parler aussi de l'Ordre des Servîtes, dont l'existence même avait pour but de seruir la Mère de Dieu; Ordre si cher à Marie qu'elle-même, dans une vision mémorable, lui donna saint Philippe Benizzi pour en être le propagateur et la gloire.
Mais pourquoi vouloir poursuivre une énumération qui serait sans fin? Contentons-nous de rappeler un des faits particuliers qui prouvent le mieux de quelle maternelle sollicitude la bienheureuse Vierge entoure les Ordres religieux. Je veux parler des apparitions dans lesquelles cette incomparable mère s'est montrée, nombre de fois, les cachant sous les plis de son manteau. Voici quelques unes de ces visions, dont rien, ce semble, n'autorise à mettre en doute l'authenticité.
Un jour que le bienheureux Dominique s'affligeait à la pensée du petit nombre de ses premiers compagnons, Notre Seigneur se montra à lui pour le consoler. Veux-tu, lui dit-il, voir ton Ordre? Et comme il répondait tout tremblant : Oui, Seigneur, « le Sei-
(i) Second nocturne de la fête de saint Pierre Noiasque, 3i janvier.
(2) Les cc'lèbres mères-abbesses de Fontevrault, qui furent souvent de race royale, gouvernaient à la fois les prieurés d'hommes et de femmes, honorant ainsi par le caractère de leur institution la divine institution de Marie comme mère du genre humain tout entier.
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g-neiir posa la main sur l'épaule de la bienheureuse Vierge, et dit au bienheureux Dominique : J'ai confié ton Ordre à ma mère... A ce moment, la bienheureuse Vierge ouvrit la chape dont elle paraissait revêtue, et l'étendant sous les yeux du bienheureux Dominique, de telle sorte qu'elle couvrait de son immensité toute la céleste patrie, il vit sous elle une multitude de ses Frères. .. et la vision disparut » (i). Tel est en abrég-é le récit fait par Lacordaire.
En voulez-vous un autre assez semblable ? Au rapport de Thomas de Cantipré, un moine de Cîteaux, de vie très sainte, eut un ravissement d'esprit, pendant lequel il vil le ciel s'ouvrir et la très bénigne Mère du Christ apparaître, enveloppée d'une immense lumière. Or^ abaissant doucement les yeux sur son serviteur : « Afin, dit-elle, que tu les aimes sincèrement et que tu pries pour eux avec grande ferveur, je te recommande mes frères et mes fils. Le bon serviteur fut inondé de joie : car il pensait que c'étaient les frères de son Ordre dont la glorieuse Vierg-e se déclarait ainsi la singulière protectrice. Mais la Reine du ciel lui dit : J'ai encore d'autres frères que je conserve sous mon patronage. Puis, ouvrant son manteau : Ceux que tu vois, lui dit-elle, sont les Frères de l'Ordre des Prêcheurs qui sont mes aimés et mes protégés » (2). Cette vision regarde l'Ordre de saint Dominique, plus encore que les relig'ieux de Cîteaux, quoiqu'elle soit très apte à montrer la fraternelle alliance des différents Ordres sur le sein de leur commune mère.
(1) Lacordaire, Vie de S. Dominique, c. 12. Cf. Bolland. Acta SS., 4 Aiig., n»555; p. 467; it., n» 562, 563, p. 468.
(a) Vision rapportée par le P. Aug. Paciuchelli 0. P., Lezioni morale sopra Giona; t. If, p. 278. Elle est tiri'e du Livre des Abeilles de Thom. de Caatipré, L. n, c. 10, n. 16. Cf. Bolland. Act. SS., 4 Aug. D . 562 .
Voici une vision où les Cisterciens sont tout spécialement favorisés. Je la rapporte d'après la Triple Couronne du P. Poiré, lequel l'a prise lui-même dans le cistercien Césaire . « Il me souvient, dit le Père Poiré, de ce que raconte un dévot et vertueux écrivain du même Ordre d'un sien frère de profession, homme très fervent et grandement spirituel. Il dit qu'étant un jour emporté en esprit dans le ciel, il y vit un nombre presque infini de saints, distribués en différents rangs et revêtus de divers habits, parmi lesquels, n'apercevant nul des siens, il resta aucunement troublé ; et n'ayant point de plus assuré refuge qu'à la Reine des Anges, il lui fit ses plaintes en ces termes : Sainte Vierge, que veut dire ceci, que je vois des bienheureux de toute condition et de toute qualité, sans en reconnaître un seul de votre Ordre de Cîteaux, qui, néanmoins, vous honore si particulièrement et vous chérit si tendrement? A quoi la Mère de douceur repartit : Mon fils, cesse de t'étonner : mes chers enfants de ton Ordre sont toujours sous mes ailes et près de moi ; et, cela dit, elle ouvrit son manteau royal, sous lequel il vit un très grand nombre de ses frères et de ses sœurs, que Notre Dame tenait embrassés » (i).
La grande sainte Thérèse eut aussi la singulière consolation de contempler ses filles du Carmel sous le manteau royal de la Mère de Dieu. « Unjour, raconte-t-elle au livre de sa Vie, tandis qu'après Compiles nous étions toutes en oraison dans le chœur, la très Sainte Vierge m'apparut ; elle était environnée
(i) Poiré, Triple couronne, i" TraUé, c. la, |5; Caesar., Dialog., L. VII, c. 4o. Cf. Bolland. Ad. SS., 4 Aug., n. 559, PP- ^67, 408.
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d'une 1res grande gloire, et portait un manteau blanc sous lequel elle nous abritait toutes » (i). C'est donc avec une sainte confiance qu'elle pouvait dire à ses religieuses : <( Louez Dieu, mes filles, de ce que vous clés véritablement les filles de cette Reine du ciel /) (2). La Mère de Dieu dai^-na faire, à plusieurs reprises, une grâce semblable aux religieux de la Compagnie de Jésus, comme si elle avait voulu les fortifier par là contre les rudes épreuves qu'ils auraient à subir pour le nom de son Fils. Parmi les enfants de saint Ignace, un des plus célèbres par son amour envers la très Sainte Vierge et par les faveurs qu'il en reçut, est sans contredit le P. Martin Guttierez. Or, quelques années avant de périr, victime des outrages et des cruels traitements dont il fut chargé par les bandes hérétiques du midi de la France, il eut cette vision. Marie, raconte le P. d'Oultreman (3j, « se fit voir à lui, comme une Royne très richement esquipée, toute parsemée de pierres et de brillants plus brillans que le soleil; et, sous sa robe royale, laquelle elle estendoit bien au large, elle embrassoit tous les enfans de la Compagnie, pour leur donner à entendre qu'elle estoit leur mère, et qu'elle les couvoit tous dessous les esles de sa protection comme la poule fait ses poussins )) ; l'assurant « que tant qu'ils s'adresseroient à elle, elle ne manqueroit jamais de leur être
(i) Vie, p. 538 (traduct. du P. Bouix).
(3) Le Château intérieur, 3» Dem., ch. II (traduct. du P. Bouix), p. 374.^
(3) D'Oultreman, Tableaux des sigrnalés per sonna jes... Le P. Guttierez ; Poiré, la Triple couronne,,\. c. §20; Pleins, ' de Bono status relig.,h. 1, c. 34; Lancicius, Opusc. spirit, Opasc. XVII, L. n, c. 2 n. 178. Cf. Bolland. Ad. SS., 4 Aug. n. 564, Sacchini, Hist. S. J . P. IV, L. I, n. 8 el 9.
très bonne, très aimable et très fidèle mère », ajoute le P. Poiré dans son récit.
On écrirait des volumes, s'il fallait raconter en quelque détail tous les faits par où s'est réalisée la sig-nification du symbolisme dont je rapportais tout à l'heure quelques exemples : comment , d'un côté, Marie s'est montrée véritablement une mère pour les Ordres religieux; une mère qui, après Dieu, leur a donné l'existence, les a protégés dans leur développement, les a comblés des marques les plus insignes de sa puissante assistance; comment, de l'autre, ces mêmes Ordres, aussi longtemps qu'ils sont demeurés fidèles à l'esprit de leur première institution, celui qu'ils tenaient de leurs fondateurs, ont conservé la vénération, la confiance et l'amour le plus filial envers cette divine mère. C'est aux Annales propres de chacun d'eux que je renvoie le lecteur désireux d'étudier cette partie si intéressante de leur histoire. D'ailleurs, il est possible de se faire au moins quelque idée de ce mutuel échange de bienfaits, de services et d'hommages entre la mère et les fils par les résumés qu'en ont écrits plusieurs auteurs. Je citerai pour mémoire la triple couronne de P. Poiré (i), les Pères Platus (2)et Antoine Spinelli (3), Auguste Nicolas (4) et Maracci, dans ses Fundatores mariani {^).
Au reste, indépendamment de tous les témoignages écrits ou traditionnels, la nature même des sociétés religieuses constituerait une garantie suffisante de la
(i) Poiré, Premier Traité, c. 12, t. II, p. i63. (a) De Bono status relig., L. i, c. 34;
(3) Maria Deipara thronas Dei, P. 11, c. 34 et 35.
(4) La Vierge Marie vivant dans t'Église,L. iv, c. 6. t. Il, p. 456, suiv.
(5) Summa Aurea, t. XI.