‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 18 sur 81 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Ang'cs, enfants de Marie ; — moins pourtant que nous le sommes, parce qu'ils n'ont reçu d'elle ni leur première grâce ni la substance de leur g'ioire : — d'où celte conclusion que, par un certain côté, notre amour pour elle doit primer celui des esprits angéliques.

I . — Reine des Ang-es, la bienheureuse Vierge est aussi leur mère. Trop de témoignag-es en font foi pour qu'il soit loisible de refuser aux esprits ang-éliques l'honneur d'appartenir, en qualité d'enfants, à la famille de Marie. Mais ce qui paraît moins certain, c'est la mesure dans laquelle Marie peut les compter pour ses fils. Saint Thomas, traitant de l'incorporation des hommes dans la personne mystique du Christ, se demande s'il est le Che/des Anges aussi bien que celui des hommes. A cette question, double réponse chez le saint docteur. Une première réponse affirmative: car, au témoignage de l'Apôtre, « Jésus-Christ est le CAe/ de toute Principauté et de toute Puissance ))(i), et, par conséquent aussi, de tous les ordres compris dans les hiérarchies angéliques; tous, en effet, appartiennent à l'Eglise universelle, rangée par le Père sous le sceptre de son Christ, dans l'éternelle patrie des élus (2). Une seconde réponse restrictive: si le Christ est le chef des Anges comme il est le nôtre ; s'il a sur

(i) Colos., n, 10; Eph. I, 20, sqq.

(2) S. Thom., 3 p.,q. 8, a. 4.

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eux comme sur nous la primauté de puissance et de dignité, nous lui sommes à deux points de vue plus étroitement incorporés que les esprits ang-éliques- C'est d'abord que nous seuls avons avec lui la communauté de nature, puisqu'il est homme et non pas ange; c'est ensuite, et surtout, que les Anges n'ont reçu par ses mérites ni la grâce d'adoption qui les a sanctifiés, ni l'héritage substantiel de la gloire (i).

Cela toutefois ne va pas à dire que Jésus-Christ, dans sa nature humaine, n'a rien fait pour les Anges. Réunis à nous sous son tout aimable empire, princes de la cour du Roi Jésus, ils participent à l'éclat qui rejaillit de son trône; décimés jadis par la révolte de Lucifer, ils voient par lui se reconstituer 1 intégrité de leurs phalanges; ministres glorieux de ses desseins pour le salut des hommes, ils en reçoivent des communications, je dirais des confidences spéciales qui sont une nouvelle lumière pour leur intelligence (2); et, pour tout dire en un mot, Jésus-Christ dans son humanité devient leur héOiùiuàQ accidentelle, comme il est avec le Père et le Saint Esprit, dans sa divinité, leur béatitude essentielle.

Telle est sur cette matière la doctrine du plus grand de nos théologiens. Elle découle naturellement de la

(i) Christus, secundiim quoi hoino, est capul Aiiçelorum. non tamen ita proprie nec eodem modo sicut hoininum, propler diias condiliones. Primo, qt;antum ad conformitatem natiirae, quiacum hominibus convenit cliam st'cundum spcciem in nalura ; cum aniçelis aatem, non secundiim specicm scd secuiidum g-onus intellectualis iiaturae. Secundo, quaiiLum ad influentiam, quia non influit angelis removendo prohibons, aut m?rendo gratiain aut orando pro eis. quia jam beali siint ; sed in his quae ad aclus hierarchicos perliaeiil, senuadum qiiod unus aug'elus illuminât alium. purgat el pcrlicit : hoc enim multo eminentiusa Christo recipiunl. S. Thom., Seul. 111, D. i3, q a, a 2, quaestiimcala i. Cf. d3 Veritate, q. 19, a. 4, ad 3 et 5; .1. 7. ad 5.

(2) Hebr., 1, 7, i4.

cil. VI. LA Mi^Œ DES ANGES I SfJ

thèse soutenue par lui sur le motif dclcrniinant de l'Incarnation : car enseig-ncr que la rédemption des hommes, ou, ce qui revient au môme, la ij;loire de Dieu réalisée dans notre salut, a seule, de fait, motivé ce mystère, c'est affirmer équivalemment que la béatitude et la sainteté consommées des Anges ne sont pas de Jésus-Christ, comme le fruit et l'écoulement de ses mérites.

La conséquence à tirer de cette doctrine, quant à la maternitéde Marie, n'est pas douteuse. Si l'on embrasse le sentiment de saint Thomas, il faut avouer de toute nécessité qu'elle ne peut être la Mère des Anges aux mêmes litres et dans la même mesure qu'elle est notre mère à nous, qui tenons du Christ, son Fils, tout ce que nous avons de g-râce et tout ce que nous espérons de gloire : car, rien ne nous venant de l'Auteur du salut que par elle, c'est de notre vie divine tout entière, et non pas seulement des accessoires de cette vie, que nous lui sommes redevables (i). Otez l'humanité du Verbe, et par conséquent Marie, la Mère de Dieu, les Ang'es restent en possession de la vision de Dieu, leur félicité substantielle, parce que la g-râce, qui en est la semence et le principe, ne leur vient ni de l'une ni de l'autre. Quant à nous, les fils d'Adam, c'est nous enlever du même coup toute notre vie surnaturelle, et nous rejeter dans la mort d'où nous sommes sortis. N'est-ce pas cette pensée qu'exprimait saint Pierre Damien, quand il prêchait, à la louang-e de la Mère de Dieu : c C'est non seulement la vie perdue jadis par les hommes qui leur est restituée, g-râce

(i) La vie, les accessoires de la vie : ces deux expressions disent bien à quel point la Sainte Vierçe nous est plus mère qu'aux Ang'es, puisque le rôle de la mère est d'être pour ses enfants principe de vie.

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,à la très heureuse Vierge : c'est encore la bcalitude des natures ang-éliques qui reçoit par elle un dernier complément (i). Car par le fait même que l'homme est rétabli dans la possession des biens célestes, les vides laissés dans les rangs de ces purs esprits par la révolte et la chute de Lucifer sont heureusement comblés. Et voilà ce qu'avait annoncé la multitude des Anges, quand elle chantait, à la naissance du Rédempteur : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes de bonne volonté. Dire, en effet, qu'il y a gloire à Dieu dans le ciel, et puis ajouter qu'il y a paix sur la terre, est montrer évidemment que le fruit ineffable de la Vierge immaculée apportait la joie non seulement à la terre, mais encore aux cieux w (2).

II. — Après cela, n'est-ce pas se hasarder beaucoup que de présenter comme un sentiment com/?iM/i parmi les théologiens l'opinion suivant laquelle Marie serait la Mère des Anges au môme degré qu'elle l'est des hommes ; parce que les uns et les autres n'auraient été vivifiés spirituellement que par le Dieu fait homme (3)? Assurément, cette opinion a eu jadis et conserve encore ses partisans dans les écoles théologiques ; mais, ou je me trompe fort, ou ces partisans sont loin de l'emporter par le nombre et par l'autorité sur les tenants de l'opinion contraire. Aus&i bien,

(1) Beatitudo angelicae sublimitatis aujetur.

(2) S. Petr. Damian., Serm. 46, de Nativ. B. V. 3. P. L. cxxiv,

(3) Christus et B. Virgo meruerunt Ançelis g;'ratiam habitualem et gloriam essentialem merito diçnilalis spectante ad causam finalem, quatenus Angeli sunt creali, gratia et gloria dotali propter Christum et Mariam. Haec assertio est re communis Theolofforum. Virgil. Sedimayr, Theologla Mariana, n. 1070.

CH. Vr. — LA. MÈRE DES ANGES I^I

pour faire nombre, range-t-on de leur côté plus d'un auteur qui n'a rien écrit de semblable.

En voulez-vous quelques exemples, voici d'abord saint Antonin de Florence. « Les Ang-os, dit-il, reçoivent de Jésus lumière, perfection, béatitude : car il est celui que les Anges désirent contempler (i) ; celui par qui tout est restauré au ciel et sur la terre (2). Donc, eux aussi, tirent de la Vierg-e un certain être de gloire, qiioddam esse gloriae. La cause de la cause est par là même la cause de l'effet; or, la bienheureuse Vierg-e est la cause deJésus, puisqu'elle en est la mère; donc elle est d'une certaine manière pour les Anges une cause de gloire; et, par conséquent, on peut justement la nommer leur mère » (3). Le saint archevêque affirme-t-il ici que la g-râce et la gloire essentielle des Anges soient l'une et l'autre la grâce et la gloire du Christ, c'est-à-dire une g-râce, une g-loire ayant comme source les mérites et le sacrifice du Christ ? Rien n'est moins clair, ni moins prouvé. Je ferai seulement remarquer qu'il ne parle aucunement de la grâce, mais uniquement de la gloire; d'un certain être de gloire, et non pas de la substance même de la gloire. Ce que le saint veut enseigner, c'est la doctrine même que nous avons entendue de la bouche du Docteur angélique, puisée par celui-ci, dans les écrits de l'Aréopagite. D'aprèslecélèbre Denis, les anges des ordres plus élevés communiquent à ceux des hiérarchies inférieures pureté, lumière, perfection. Ce n'est pas ici le lieu de disserter sur l'exacte sig-nification de ces termes (4). Il

(i) I Pelr., I, 12.

(3) Eph. , 1, 10.

(3) S. Antonin. Flor., Suinm. P. iv, lit. i5, c. i4.

(4) S. Thom., I p , q. io6, a. 2, ad i ; in II, D. 9, q. i,a. 2, ad 2. Le saint docteur se demande, dans ce dernier texte, si les anges infc-

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nous siiffil de savoir que l'influence exprimée par eux suppose la substance même de la grâce et de la gloire dans les esprits angéliques, puisque c'est maintenant qu'elle est communiquée par les uns et reçue par les autres. Donc, c'est une influence analogue, mais excellemment plus éminente, que le Christ exerce sur les Anges; et voilà comment ils reçoivent de lui ce quoddam esse gloriae, que saint Antonin rapporte à Marie comme à son principe, en tant qu'elle est Mère du Christ.

Richard de Saint Laurent sert moins encore l'opinion contraire à celle du Docteur angélique. Que ditil, en efTet ? Que « la ruine des Anges a été réparée

rieurs sont illuminés par ceux des ordres plus élevés « Les uns, dit-il, le nieiil, parce que tous, [ilonçeant leurs regards dans l'essence divine, sont iinniédialenienl illuminés par Dieu lui-même. D'autres l'ont affiimé, sous prclexle que les ang-es inférieurs, ne jouissant pas de l'intuition immédiate de Dieu, doivent arriver à la connaissance parfaite des perfections divines par l'intermédiaire des esprits supérieurs, admis seuls à les contem[)ler face à face. Après avoir réfuté 1 une et l'autre de ces opinions, le saint docteur continue : « Donc, choisissant une voie moyenne entre ces deux extrêmes, nous affirmons d'abord que tous les Anges voient l'essence divine, du moment qu'ils iont entrés dans la béatitude; mais, ajouterons-nous, il n'est pas nécessaire que qui voit la cause en pénètre tous les effets, à moins de la comprendre suivant toute sa puissance , comme Dieu connaît toutes choses en se comprenant lui-même. Quant aux créatures qui le voient sans \e comprendre, chacune connaît en lui d'autant plus de choses qu'elle jouit plus pleinement de la gloire ; tout ainsi que le nombre des conclusions déduites des principes spéculatifs est plus ou moins grand suivant la force de l'intelligence. Et voilà pourquoi, lorsipie Dieu se sert des esprits angélirpies pour la production d'etVels appartenant soit à l'ordre de la grâce, soit même à celui de la nature, les anges supérieurs illuminent les inférieurs et leur révèlent les pensées divines, comme il est dit expressément au chapitre septième de la Hiérarchie céleste, ti au commencement du quatrième chapitre des Noms divins ».

Telle est la doctrine du Docteur angélique. D'ailleurs, il fait expressément reiiiar(picrdeux choses. C'est d'aLord que l'illumination renferme en soi et la puriiication etle perfectionnement : la purification, puisqu'elle exclut une certaine ignorance \nescientiam); le perfectionnement, car instruire est perfectionner l'intelligence qu'on éclaire. C est, de plus, qu'il appartient aux seuls esprits supérieurs d'ilhunincr les autres, encore que ceux-ci puissent parler aux esprits plus élevés qu'eux : car l'illumination a [)our fin de révéler ce qu'on voit en Dieu, tandis q le par la parole on révèle ce qu'on voit en soi-même et de soi-même.

cil. VI. — LA MÈllE DES ANGES l/j3

par Marie » (r). Rien de plus, rien de moins. Est-ce là, je le demande, lui attribuer la grâce qui sanctifia les Anges ? Je ne trouve rien de plus décisif dans les paroles d'Albert le Grand. Le bienheureux, après avoir accumulé des raisons qui militent pour ou contre le privilège qu'aurait Marie d'être une mère, non seulement pour les hommes, mais encore pour les esprits angéliques, conclut enfin : « On peut dire aussi qu'elle est mère des Anges au point de vue de l'origine, ^e/?/tura, parce qu'elle a engendré le père et le restaurateur des Anges m (2). Etre le restaurateur des Anges, c'est rendre la grâce aux hommes déchus, et leur faire prendre place dans les phalanges angéliques. Donc, rien de probant dans ce premier membre du texte. L'autre expression aurait plus de force; maisil faudrait, avant tout, démontrer que, dans la pensée du bienheureux Albert le Grand, le Christ est le père des Anges à raison de ce qu'ils tiennent de lui comme homme, et non pas seulement de lui comme Dieu.

Cette dernière distinction suffît également à renverser l'argument basé sur un passage célèbre, où saint Bernard recherche de quelle manière « Jésus-Christ a été fait rédemption pour les Anges (3)..., attendu qu'ils n'ont jamais été rachetés : les uns, par ce qu'ils n'en ont pas eu besoin, les autres, parce qu'ils n'ont pas mérité cette grâce; ceux-là, parce qu'ils ne sont pas tombés, ceux-ci, parce que leur ruine est irréparable. Voici, répond-il, en deux mots, la solution du problème. Celui quia relevé l'homme tombé, a donné

(i) Ricard, à S. Laurent , de Laudib. B. M. V. L. iv, c. 9 , n. 7, 0pp. Alberti M t. XX. p. ii5.

(:>.) Alberl. M. Super Missas est, q. i4-t, 0pp., t. XX, p q8. (3) 1 Cor.,i, 3o.

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à l'Ange de ne pas tomber : brisant les chaînes de l'un, il a préservé l'autre, et c'est ainsi qu'il a été la rédemption de l'Ang-e aussi bien que celle de l'homme » (i).

D'accord, c'est de la personne du Christ que les Anges ont reçu leur beauté surnaturelle et c'est par lui qu'ils l'ont conservée : car il ne serait pas Dieu, s'il n'était la première source de tous les biens dans l'ordre de la nature , de la g-râce et de la gloire. Mais ce n'est pas là ce qu'il s'agit de prouver. Pour inférer du texte de saint Bernard que la maternité de Marie s'étend aux purs esprits dans la mesure où elle embrasse les hommes, il faudrait encore montrer que, dans la pensée du saint, c'est du Christ en tant qu'homme et de ses mérites que les Anges tiennent leur rédemption larg-ement dite, c'est-à-dire, et leur grâce originelle et leur persévérance dans cette grâce. Or, il n'y a rien dans le texte qui nous oblige à l'admettre. Tout au contraire, le contexte nous le défend. En effet, avant de posçr la question qu'il vient de résoudre pour les Anges, saint Bernard 'avait exposé la manière dont le Verbe est devenu pour l'Eglise justice, sanctification, rédemption. Or, son explication renverse de fond en comble la théorie qu'on veut lui prêter.

Écoutons-la plutôt. « 11 est vrai, au commencement, dès le principe, existait le Verbe, mais ce fut seulement quand on leur eut annoncé qu'il avait revêtu notre chair que les pasteurs vinrent en hâte le contempler dans sa crèche.. . Jusque-là, tant qu'il n'était que Dieu, ils ne pensaient pas à s'approcher de lui. Comme

(i) s. Bernard., Serni. a in Gantic, n. 6. P. L. clxxxiii, 880.

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donc au commencement élait le Verbe, mais Verbe en Dieu..., ainsi, dès le même commencement, le Verbe élait sagesse, était justice, était rédemption, mais pour les Ancfes. Afin qu'il le fut aussi pour les hommes, le Père l'a fait tout cela dans la chair, et lui-même s'est fait ce que l'a fait le Père. Aussi est-il écrit : Dieu l'a fait pour nous sag'esse, justice, sanctification et rédemption (i). L'Apôtre ne dit pas simplement qu'il l'a fait sai^esse et le reste, mais qu'il l'a fait tel, dans la chair et pour nous, parce que ce qu'il était pour les Anges, il l'est alors devenu pour les hommes » (2).

Est-ce assez clair? Le Verbe qui était en Dieu, et tel qu'il était en Dieu, c'est-à-dire, esprit purement incorporel, a élé la justice, la sanctification et la rédemption des esprits angéliques. C'est afin de l'être aussi pour nous qu'il s'est fait visible dans notre chair, le petit enfant que les pasteurs ont adoré. Donc, au témoignage de notre saint docteur, L»s hommes et les Ang-es ont été dilTéremment sanctifiés par Jésus- Christ : ceux-ci par le Verbe demeurant au sein du Père, ceux-là par le Verbe incarné dans notre nature et mort pour la sauver.

Acceptons de confiance un passag-e de saint Vincent Ferrier, qui, si l'on en croit Sedlemayer et ceux qui le suivent, serait plus démonstratif : « Dieu révéla, dès l'orig-ine, aux esprits ang-éliques que leurs ordres seraient un jour rétabUs dans leur intégrité première. Il leur dit donc à tous qu'il se proposait de produire une vierg-e dont le Fruit repeuplerait la cité céleste.

(i) I Cor., I, 3o.

(2) S. Bernard., ibid., n. 5, 880.

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Imaginez quelle idée se formèrent les saints Anges de cette Vierge sainte qui devait un jour réparer leurs ruines » (i). Relisez nos observations sur le texte de Richard de Saint-Laurent; c'est assez pour être convaincu que saint Vincent Ferrier n'apporte aucun appoint à l'opinion qu'on voudrait étayer de son témoignage.

A plus forte raison serait-il chimérique de faire appel à l'autorité de saint Cyrille d'Alexandrie, parce qu'il a dit au concile d'Ephèse, en parlant de la Mère de Dieu : « Par elle, les Anges et les Archanges sont dans l'allégresse, les démons prennent la fuite, le tentateur est tombé du ciel ». Il suffirait, en effet, de rappeler que le saint est l'un de ceux qui, parmi les anciens Pères, ont le plus expHcitement assigné la réparation du péché comme motif déterminant de l'incarnation. Mais il n'est pas besoin de remonter jusque-là pour montrer combien ce texte prouve peu ce qu'on voudrait lui faire dire. « Par elle, dit saint Cyrille, les Anges et les Archanges sont dans l'allégresse. » Oui, et justement, puisque leur joie, c'est de voir Dieu glorifié, les pécheurs venant à la pénitence, et les vides de leurs propres phalanges comblés par l'accession des hommes. « Par elle les démons prennent la fuite et le tentateur est précipité du ciel. ■) Oui encore, puisqu'elle est la femme prédestinée qui, dans son Fils et par son Fils, écrase la tête du serpent, plus terrible aux démons qu'une armée rangée en bataille, tour de David d'où pendent mille boucliers et les armures des forts. N'est-ce pas assez pour justifier les paroles du saint docteur ; et tout cela ne peut il

(i) s. Vinc. Ferrer., Serm. 4 de Concept. V. M.

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avoir lieu, à moins que Marie n'ait concouru à la /m.stificatlon des Anges, comme elle a coopéré à la rédemption des hommes?

Mais, dira-t-on, cela ne va-t-il pas à diminuer en quelque manière les hautes idées que nous devons avoir de la bienheureuse Vierge Marie? Sans doute, si nous lui ôtions son diadème royal , et si, parce qu'elle n'est pas mère des Anges aux mêmes titres que nous la saluons mère des hommes, elle devait perdre à leur égard sa qualité de Reine et de Souveraine. Non, si tous ces privilèges sont indépendants de la part qu'elle aurait eue dans leur première sanctification. Disons plus : c'est cela même qui doit porter jusqu'à l'excès notre culte pour la Mère de Dieu; car il ne nous suffit plus de lutter avec les esprits angéliques, de respect, de confiance et d'amour envers elle : ce qui serait assez pour eux serait trop peu pour nous, puisque nous lui sommes incomparablement plus fils et qu'elle nous est plus mère.

D'ailleurs, Marie, pour n'être pas mère des Anges de la même manière qu'elle est la nôtre, ne leur en porte pas moins une affection qui n'est égalée que par celle du Dieu fait homme. C'est qu'elle les aime en Dieu et pour Dieu, suivant le degré d'union qu'ils ont avec Dieu. Pourtant, elle ne peut avoir pour eux ce je ne sais quoi qui vient à l'amour de la maternité complète, de la communauté du sang, des sacrifices même et des douleurs que la vie des objets de cet amour a coûtés.

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