‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 25 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le culte de la Sainte Vieriçe, étant un culte absolu et non pas simplement un culte relatif comme est celui des images, Marie ne peut être en aucun sens objet de latrie. — Toutefois, parce que son excellence est essentiellement dépendante de la grandeur et de la bonté divines, l'honneur qu'on lui rend va tout droit, de sa nature, à la g-lorificatlon de Dieu, Notre Seigneur.

Les questions appellent les questions. Après celle que nous venons d'examiner, il en surgit une seconde, elle aussi de grande importance. Le culte que réclame de nous la maternité divine est-il un culte absolu^ ou simplement un culte relatif? Cette question, dis-je, est de grande importance : car elle nous fournira l'occasion de réfuter plus d'une erreur, et d'éclairer encore certaines controverses qui, jadis au moins, partagèrent l'Ecole.

I. — Avant tout, définissons les termes. Les dénominations formelles de culte relatif et de culte absolu se rencontrent à peine chez les Pères et chez les anciens maîtres; elles sont, sinon d'invention, au moins d'usage plus récent (i). Mais la chose qu'on a voulu signifier par elles a toujours été reconnue par nos docteurs.

(i) On peut toulefois siçnaler l'expression de culte relatif dans saint Taraise, in SS. Deiparae Praesentat., n. i3. P. G. xcvni, 1496. lUius quoquc, utpolc quae mater extitit ejus qui secundum carnem nobiscum coQversatus est, imasçinem cultu relativo veneramur, non quidem materiae veneratione, quod absit, sed honorera referentes ad exemplar.

igO LIV. IX. LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE

Tous, en effet, sont d'accord pour disting-uer un double sujet de culte: l'un qui renferme en lui-même l'excellence ou la dignité par où s'explique le culte ; l'autre en qui ne se trouve ni excellence, ni dig'nité propre à motiver un culte, mais uniquement une relation plus ou moins étroite avec le sujet qui possède en lui-même et cette excellence et cette dig-nité. Si nous honorons le premier, c'est d'un culte absolu; quand nos hommages vont au second, le culte est relatif, et pure ment relatif. Éclairons celte distinction par des exemples. Vénérez-vous un saint du ciel, le culte que vous lui rendez est un culte absolu; car cet ami de Dieu possède en lui-même la perfection de grâce et de gloire sur laquelle est appuyé votre culte. Vénérez-vous son image, le culte, en tant qu'il se rapporte à l'image, est relatif, parce que ce n'est pas à raison de sa matière ou de sa forme artistique que vous l'honorez, mais uniquement à raison des perfections surnaturelles qui brillent dans l'exemplaire mis sous vos jeux par l'image.

De là suit une conséquence bien digne de remarque. C'est que le second genre de culte, celui qui s'adresse immédiatement à l'image, ne pourrait sans impiété s'arrêter à l'image ; car ce serait reconnaître en elle une excellence qui ne saurait convenir à des créatures privées de raison, et professer à son égard des sentiments de dépendance, incompatibles avec la dignité de la nature humaine. 11 faut donc que le mouvement de notre culte passe outre, et qu'il aille par l'image à l'exemplaire représenté dans l'image (i).

(i) Par où l'on voit que le culte absolu peut aller seul, tandis que le culte relatif, celui d'une image par exemple, est tout à la fois et par une connexion nécessaire le culte absolu du prototype.

en. II. NATURE DU CULTE RENDU A MARIE

C'est ce que nous enseignent les Pères réunis à Nicéc pour condamner l'hérésie des Iconoclastes. « Lorsqu'on adore l'imag-e du Christ, c'est le Christ qu'on adorele Christ dont elle porte la ressemblance. » Voilà ce que disait nn de ces Pères aux applaudissements du Concile, et ce que le Concile sanctionna lui-même par sa définition : « L'honneur rendu à l'imag-e passe au prototype; tellement qu'adorer l'image est adorer la personne représentée par l'image » (i). Donc, concluait le prêtre Jean, parlant dans le même Concile au nom des Evêques Orientaux et d'après saint Basile, donc il n'y a pas là deux adorations, l'une de l'imag-e et l'autre de l'exemplaire, mais plutôt une seule et même adoration, parce que « l'honneur rendu à l'imag-e va directement et tout entier à l'exemplaire >; (2). Ainsi le même culte est à la fois absolu et relatif : absolu, en tant qu'il se rapporte au prototype ; relatif, en tant qu'il s'exerce sur l'image, considérée formellement comme image, parce que l'honneur que l'image reçoit passe au prototype; « quoniam honos qui eis exhibetur refertur ad protypa » (3).

(i) Labbe, Coll. Conc, Concil. VIT, ad. 7, t. VU, 886 et 556.

(2) Voici le texte entier: Quia rex dicitur etiam res^is imai^'o, et non duo reges ; neque enim imperium scinditur; neque gloria dividitîir, quemadmotlum principatus et polestas una est (juae nobis dominatur, sic etiam glorificatio a nobis una est et non multae, propterea quod imag'inis honor ad exemplar transit. Unde et b<eatus Pater indicavit non esse duas ado:atioaes, sed unam ipsius imaginis et primi exemplaris.

(3) Imagiuibus non exhibetur religionis cultus secundum quod in seipsis consideranliir, quasi res quaedam, sed secundum quod sunt imagines ducentes in Deum incarnatum ; motus autem qui est in imaginem, prout est imaiz;o non consislit in ipsa,sed tendit in id cujus est imaero; cl idco ex hoc quod imaginibus Chrisli exhibetur relin'ionis cidtus, non diversiticalur ralio lalriae nec virlus religionis, S. l'hom., 2-2, q. 81, a. S, ad 3. Donc tous les hommages que vous oflVez au Christ, vous pouvez les rendre à son image, parce que c'est tout un de 1 adorer en luimême ou dans sa représenlation. Aussi bien lui parlons nous, le prionsnous dans ces images comme si nous éiions en sa présence. Or, ce que j'cii dit des images, il faut l'ejitcndre, toute proportion gardée, des objets

Voilà pourquoi les grands scolastiques du treizième siècle, sûrs de n'être pas mal compris ou mal interprétés par des hérétiques qui n'existaient pas de leur temps, n'hésitèrent pas à appeler du nom de latrie le -culte de vénération rendu par l'Eglise soit à la croix du Sauveur, soit à ses autres représentations. « C'est, disait saint Bonaventure, parce que l'image, celle du Crucifié, par exemple, ne s'offre pas à nous pour ellemême, mais pour le Christ qu'elle représente » (i); parce que c'est tout un de regarder l'image en tant qu'image, je veux dire l'image faisant acte d'image, et de voir en elle le sujet qu'elle exprime (2); parce que le mouvement de l'âme vers l'image, en tant qu'elle est image, ne s'arrête pas à elle, mais atteint en elle et par elle l'exemplaire qui se présente aux regards en elle et par elle (3).

C'est ce dont nous pouvons nous rendre compte nous-mêmes. Quand nous sommes prosternés devant notre crucifix, à qui pensons-nous en le contemplant,

sanctifiés par raltouchement de sa, chair adorable. En eux aussi, c'est le Chriiit que nous honorons, et du même culte que s'il était lui môme sous nos yeux Quand un enfant baise la main gantée de sa mère ou le bord de son vêtement, ne lui donne-t-il pas le même gage de filiale tendresse,(jue s'il posait ses lèvres sur les lèvres maternelles, et ne serait-ce pas chose ridicule de lui reprocher que ni le gant ni le vêtement ne méritent par eux-mêmes une telle démonstration d'affection respectueuse ?

(1) S. Bonav., in m Sentent. ^ D. 3, a. i, q. 2.

(2) S. Thom,, 3 p., q. 25, a. 3.

(3) Id , 2-3. q. 81, a. 3, ad 3. Le Concile de Trente a très nettement exposé toute cette doctrine. « 11 faut conserver dans les temples les images du Christ, de la Vierge Mère de Uieu et des Saints, et leur rendre l'honneur et la vénération qui leur sont dus : non pas que l'on croie qu'elles ont en elles quelque chose de divin, qui les fasse dignes de noire culte; non pas aussi qu'on doive leur adresser des prières ou se confier en elles, à l'exemple des gentils qui mettaient leur espérance dans les idoles; mais parce que l'honiieur qu'on leur rend, se rapporte aux prototypes qu'elles représentent; en sorte que par les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et prosternons, nous adorions le Christ et vénérions les Saints dont elles portent la ressemt)la,ncc». Gonc. Trident., sess. 25.

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