‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 29 sur 81 · CH. II. — NATURE DU CULTE RENDU A MARIE · texte numérisé non relu

CH. II. — NATURE DU CULTE RENDU A MARIE

N'y a-l-il donc plus de dilîérence essenliclle entre le culte de la bienheureuse Vierg'e et le culte de Notre Sei^^-neur, et ne sommes-nous pas ramenés à le considérer comme une adoration purement relative? Non certes; et ce serait avoir bien mal compris la doctrine exposée jusqu'ici, que d'en venir à semblable conclusion. Entendez plutôt les maîtres résoudre la difficulté. C'est encore en traitant la question du culte de latrie qu'ils l'ont fait. « il semble, dit saint Bonaventure, qu'il faille adorer la Mère du Christ d'un culte de latrie. Car, au témoignage de saint Jean Damascène, l'honneur qu'on lui rend se rapporte à Celui qui s'est incarné en elle (i). Donc, s'il faut rendre nn culte latreutique à l'image du Christ, parce que le culte de l'image passe au Christ, son prototype, on doit au même titre, pari ratione^ honorer la Vierg-e d'un culte semblable, puisque l'honneur de la mère remonte naturellement au Fils ». Telle était l'objection. Voici la réponse du docteur Sémphique : « L'honneur se rapporte à quelqu'un d'une double manière : ou comme à son sujet, ou comme à SAjin. L'honneur rendu à la Mère du Christ va au Fils, mais comme à sa./in; l'honneur rendu à l'image du Christ remonte à lui, mais comme à son sujet. C'est pourquoi, qui adore l'image du Christ adore le Christ et non l'image (c'est-à-dire, la matière de l'imag'e); mais qui adore la Mère du Christ adore à la fois le Christ et sa mère » (2).

C'est, quant à la substance, la solution donnée par le docteur Angélique sur le même texte de saint Jean Damascène. Oui, « l'honneur de la mère se rapporte

(i) s. Joan. Damasc, deOnhod. Fide. L. iv, c. 17. P. G. xciv [s) S. Boiiavi-'nt., iii Sentent. III., D. 9, a i, q. 3, ad !.■

au Fils : car c'est à cause de lui qu'elle est digne de noire culte. Pourtant, ce n'est pas de la manière que l'honneur de l'image se rapporte à l'exemplaire représenté par elle : car l'imag-e, considérée en elle-même et dans sa réalité propre et matérielle, est réfractairc à toute vénération » (i). Encore une fois, le mouvement de mon esprit et de mon cœur ne s'arrête pas à l'image; il va tout droit par elle au prototype qu'elle représente. Ainsi, lorsque sais: d'admiration dans la lecture d'une œuvre de génie, je dis en la montrant : Quel beau, quel merveilleux livre! Ce n'est pas du livre matériel que je parle, mais des pensées dont il est le signe et l'expression.

Encore donc qu'il y ait nécessairement quelque chose de relatif dans le culte de la Mère de Dieu, comme en celui des Saints, ce culte se distingue par tout lui-même de l'honneur purement relatif que l'on doit soit à la croix du Sauveur, soit aux autres instruments de son supplice. Et la sainte Eglise le montre bien dans les Offices consacrés à leur mémoire. Jamais, même par un mot, elle ne loue dans ces objets matériels ce qu'ils sont par eux-mêmes, tandis qu'elle exalte en Marie les qualités inhérentes qui l'ont faite si sainte, si grande et si belle.

De tout ce que nous venons de dire on doit tirer une triple conclusion : le culte de Dieu seul esi purement absolu, parce que Dieu seul est l'êlre absolu par nature, l'être indépendant de tout être qui n est j)as lui; le culte des objets inanimés, qu'ils repré-

(i) S.Thoin., 3 p , q. 25, a. 5, ad a. Et encore : « Honor matris refcrtur ad Filiiim non sicut ad subjectiini : scilicet ut sit uuus moins in niatrem et Filiiini siout est in iinat;inibus; sed reftrlur in Filiuni sicut injinem. quia propler Filium mater honoratur ». Idem, iu Sentent. III. D. f), q. I, a. 2, sol. 3, ad i.

CH. II. MATURE UU CULTE UENUU A jMAlUE :> I I

sentent le Sauveur ou ses membres vivants et glorifiés, est simplement relatif, parce qu'ils n'ont rien en eux-mêmes (\m leur mérite nos liommag-es; enfin le culte de la bienheureuse Vierg-e et des Saints participe à la fois du culte relatif et du culte absolu, parce <jue leur excellence, encore qu'elle leur soit propre, descend de Dieu. Toutefois, de peur de tomber dans de regrettables équivoques, c'est par le nom du culte absolu qu'il faut le désigner, comme la substance créée se range aussi dans la catégorie de l'être absolu, bien qu'elle soit essentiellement dépendante de l'Etre incréé.

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