CHAPITRE
De la place occupée par la maternité spirituelle dans le culte de la Sainte Vierg-e. — Comment elle concourt à lui donner sa qualité d'hyperduiie, — mais surtout à faire de lui le culte de l'amour le plus filial. — Explication et justification de certaines formules et de certaines pratiques où ce dernier caractère s'est plus singulièrement manifesté.
I. — 11 me semble entendre ici plusieurs de mes lecteurs qui me disent : Vous nous avez parlé de la maternité divine comme du motif principal; et même, en un certain sens, comme du motif unique qui nous oblige d'honorer la bienheureuse Vierge Marie : car cette maternité n'est pas seulement par elle-même la plus excellente des dignités qui puisse être conçue dans une pure créature; elle reuferme encore éminemment et virtuellement la plénitude de grâce et la surabondance de gloire qui réclament nos hommages, attendu qu'elle en est comme la racine et le centre. Mais oubliez-vous donc la maternité spirituelle, ou bien la tenez-vous pour chose indifférente au culte de Marie?
A Dieu ne plaise que je veuille mériter ce reproche! Pour m'en laver, je pourrais appliquera la maternité de grâce ce que j'ai dit de la plénitude de grâce. Glorifier la Mère de Dieu, c'est honorer, non seulement la Sainte et la Bienheureuse par excellence, mais encore la Mère des hommes : car la maternité spirituelle n'est pas seulement inséparable de la maternité divine;
CH. ni. CE QUE RÉCLAME LA MÈRE DE GRACE 2l3
elle en jaillit comme de sa première source. Donc, à tout bien considérer, le culte que je rends à la Vierg-e parce qu'elle est Mère de Dieu, je le lui rends implicitement aussi parce qu'elle est Mère des hommes, ma mère selon l'esprit.
Mais là ne doivent pas s'arrêter nos explications, La maternité spirituelle influe d'une manière plus explicite et plus directe sur le culte que nous devons à la divine Marie; et c'est ce que je me propose de montrer dans le présent chapitre. Afin de rendre ce point de doctrine plus net et plus intelligible, il importe d'indiquer en deux mots quels sont les actes qui vont plus ou moins prochainement à constituer le culte religieux dont il est ici question. Saint Thomas, auquel il faut toujours revenir dans ces matières, en distingue une triple classe. Ce sont d'abord les actes qui constituent formellement le culte en lui-même; ceux là, par conséquent, à qui de par leur nature spécifique il appartient immédiatement et proprement de relever l'objet de notre culte en nous abaissant nousmêmes devant lui. Tels, par exemple, s'il s'agit deDieu, l'adoration, le sacrifice, et les actes semblables. Mais en dehors de ces manifestations soit intérieures, soit extérieures de notre culte, opérations ayant pour principe €licitif\di vertu spéciale de religion, il y a les actes de vertu qu'elles présupposent, la foi, l'espérance, l'amour; il y a les actes qu'elles ordonnent à leur fin propre; et c'est dans ce sens que saint Jacques (i) a compté parmi les œuvres d'une religion sainte et pure devant Dieu, la visite des orphelins et des veuves dans leurs afflictions, le soin de se préserver des
(i) Jacob., 1, 27.
2lli L. IX. LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE
souillures du siècle (i). Si j'écrivais un traité de théolog-ie scolostique, ce serait le lieu de ranger chacune des expressions de notre culte à la place spéciale qui lui convient dans cette classification. Mais, comme je crois l'avoir déjà noté, outre qu'un pareil travail nous mènerait trop loin, rien ne nous oblige à l'entreprendre; car ce n'est ni ne peut être notre intention de nous renfermer dans ce qui constitue formellement I la vertu particulière de diilie. Aussi bien, n'est-ce pas uniquement cela qu'on entend d'ordinaire, quand on parle du culte de la Sainte Vierge et de la dévotion envers elle (2).
II. — Disons, en premier lieu, que la maternité spirituelle de la Sainte Vierge lui confère un titre très pressant à notre culte àlnjperdulie. Pourquoi? Par cette raison manifeste qu'il faut rendre hojmeur, louange et révérence à son principe. Si l'enfant est redevable d'une soumission respectueuse envers son père, le disciple envers son maître, le sujet envers son prince; si c'est un devoir pour nous d'honorer nos supérieurs ecclésiastiques, quels qu'ils puissent être;
(i) s. Thom., 2-2, q. 81, a. i, ad i j a. 4- ad i et 2.
(2) Il faut toutefois avouer que, dans celle étude, nous ne sortirons guère de ce champ. Veut-on savoir combien il est vaste, qu'on lise les questions consacrées par le docteur Angélique à la vertu spéciale de religion, c'est-à-dire à la vertu qui a pour fin de rendre à Dieu le culte réclamé par sa qualité de Créateur, et son excellence incréée source de toute excellence et de tout bien créé. Vous y trouverez parmi les actes intérieurs ou extérieurs de la religion : la dévotion, l'oraison, l'adoration, le sacrifice, les oblations faites à Dieu, notamment celles des décimes, le vœu, le serment, les chants et les louanges, etc. Jugez par là de tout ce que peut renfermer le culte formel et spécifique de la bienheureuse Vierge, indépendamment des actes qui concourent aie compléter, soit comme prémisses nécessaires, soit comme auxiliaires appelés par lui à son aide et dirigés vers son but, l'honneur, la louange et l'exaltation de cette glorieuse Reine du ciel et de la terre.