‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 4 sur 81 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

(a) S. Jean. Chrj'sost., Horn. 26 (al. 26) in Joan., n. i . P. G. lix, i53.

« Celui qui descendit avec sa toute-puissance sur Marie pour qu'elle conçût et mît au monde le Fils unique de Dieu; celui-là même descend dans les eaux et les rend ft'condes pour y faire renaître les enfants de Dieu; cette fontaine matérielle vivifiée par la venue de l'Esprit devient le sein de l'Eglise (utérus Ecclesiae), le sein de la grâce ». Rupert. Tuit., de Oper. Sp. S. L.III, c. 9. P. L. clxvu, 1648.

t;il. 1. PARALLia.E ENTRE MAIUE ET L EGLISE 21

tient à l'Eg-lise : c'est son patrimoine inaliénable ; et s'il donne la vie surnaturelle à qui le reçoit, c'est qu'il est le sacrement de la renaissance déposé par le Seigneur entre les mains de son unique épouse. Aussi, tous les enfants d'adoption qui naissent au milieu des sectes hérétiques sont vraiment les fils de l'Egalise, tout autant que s'ils avaient été matériellement baptisés par elle. C'est cette grande vérité que l'Eg-lise par ses pontifes et ses docteurs a défendue contre les Donatistes de l'Afiique, au jugement desquels tout baplême, administré en dehors de la véritable Eglise, était essentiellement frappé de stérilité. Hérétiques et schismatiques,même sans le savoir ou sans le vouloir, agissent pour elle, parce que ce n'est pas le mérite de celui qui baptise qui opère dans l'eau baptismale, mais le sacrement qu'il confère. Or, encore une fois, ce sacrement n'est pas leur propriété, mais celle de l'Eglise, la véritable épouse du Christ.

Ne m'opposez pas non plus qu'on peut renaître indépendamment du baptême, quand, par exemple, un adulte est, avant de l'avoir reçu, justifié par la foi et par la contrition parfaite : car cet adulte, entrant ainsi dans la famille de Dieu, doit avoir, au moins implicite, le vœu du baptême, c'est-à-dire, de cette eau régénératrice que les Pères nous représentaient tout à l'heure comme le sein virginal de l'Eglise . Et c'est pourquoi tout fidèle renaît du Christ Epoux et de l'Eglise épouse. Enlevez toute influence de ce divin mariage, et le non baptisé demeure dans la mort.

L'Eglise est mère, parce qu'elle engendre les fidèles à la vie divine par le baptême. Ce n'est là toutefois qu'une de ses fonctions maternelles. Elle est encore mère, parce qu'elle donne à ces nouveau-nés tout ce

dont ils ont besoin pour arriver à la plénitude de l'âg-e parfait dans le Christ : lumière, force, nourriture, remèdes salutaires. C'est où tendent ses enseig-nements, sa discipline maternelle, et les sacrements dont elle est la dispensatrice. Ainsi remplit-elle la seconde fonction de toute vraie mère, qui consiste à conserver en le formant le fruit de ses entrailles. Saluons donc cette mère, aimons-la, soyons pour elle des enfants respectueux, tendres et dévoués.

D'ailleurs, n'oublions pns que cette maternité de l'Église a des degrés. L'Eglise notre mère n'est pas une abstraction. Elle se révèle à nous par ses pontifes, par ses ministres, par ses prêtres, en un mot, partons ceux, qui, dans une mesure plus ou moins large et plus ou moins prochaine, ont reçu la mission légitime de nous façonner à la vie des enfants adoptifs de Dieu. C'est pour cela qu'ils sont nos pères à différents titres et que nous les appelons de ce nom (i).

Or, cette mère des fidèles, la Sainte Eglise, est doublement vierge. Vierge d'esprit, parce qu'elle enfante non de la volonté de la chair, non par l'opération de l'homme, mais par l'influence invisible de l'Esprit de son divin Époux, le Christ; vierge d'esprit encore, parce qu'elle est pure et sans corruption dans sa foi, pure dans sa morale, pure dans sa doctrine; « parce qu'elle a ses pensées aux choses de Dieu, et non pas aux choses du monde, soucieuse uniquement de plaire

(i) Le Souverain Pontife, vicaire de Jésus-Christ et le chef de son E-lise, est le Père commun, le saint Père Chaque évèque est pour ses fidèles, suivant une expression bien connue, le Rèvérendiss me Père en Dieu; le pasteur est père aussi dans la partie de l'Eglise commise à son zèle; tout prêtre l'est également dans l'exercice du ministère sacré; parce que tous concourent à parfaire notre formation dans le Christ. Eph., IV, ii-i3.

cil. I. — PARALLKI.K ENTRE MARIE ET l'ÉGLISE 23

à l'Epoux céleste (i) «.Vierge de corps, elle ne Test pas, il est vrai, dans la tolalilé de ses membres; mais elle conseille et favorise la sainte virginité; mais elle g-arde avec une vigilance constante la pureté des mœurs; mais elle demande une continence complète à ses ministres, et voit avec bonheur une partie de ses enfants embrasser la chasteté parfaite, à l'exemple et sur les pas de son divin Epoux.

Telle est notre mère, la sainte Eg-lise du Christ. Grande, sans doute, et féconde est sa maternité; belle, sa virginité. Mais combien plus parfaite est l'une et l'autre de ces communes prérogatives dans la Vierge Marie. La mafernité de Marie l'emporte incomparablement sur la maternité de l'Eglise. Elle l'emporte, parce que Marie seule est mère de Jésus-Çhrist selon la chair; seule elle est Mère de Dieu, et il n'y en a pas d'autre. Elle l'emporte encore au point de vue de la maternité spirituelle. Nous le savons, il fallait deux choses pour que l'homme pût recouvrer la vie de la grâce, et redevenir ce qu'il était avant sa chute, fils adoptif de Dieu : premièrement, réparer loutrage fait à Dieu par le péché, et rouvrir les sources de la grâce fermées par sa juste colère; secondement, faire l'application des mérites du Sauveur, et, suivant les temps et les personnes, distribuer les richesses que la Passion nous avait acquises. Telle est l'œuvre delà Rédemption et, par conséquent , de notre régénération dans le Christ.

Marie seule, à l'exclusion de l'Eglise, a sa part de choix auprès du Rédempteur et par le Rédempteur, dans le premier acte de la commune régénération. Au Calvaire, où Jésus-Christ paya de son sangla rédemp-

(i) I Cor., vil, S4-

2f^ L. VIII. LES ENFANTS DE MARIE

tion du monde, j'ai trouvé Marie, concourant à cette œuvre par l'oblation qu'elle y fait de la grande victime librement donnée par elle, et recevant par une déclaration authentique le titre et la qualité de mère. Sans doute, l'Eg-lise y est aussi; mais au lieu de coopérer aucunement avec le Sauveur à ce premier enfantement des fils adoptifs de Dieu, elle n'est là que pour être rachetée, que pour y naître à la vie surnaturelle dans le côté entr'ouvert de son divin Epoux. Elle n'y remplit donc pas comme Marie la fonction de mère. A ce point de vue, Marie seule est mère des membres du Christ; tellement seule et tellement mère que l'Eglise, comme nous le dirons bientôt, est elle-même sa fille, puisque l'Eg-lise est du nombre des rachetés.

Si nous passons au second acte, c'est-à-dire, à l'application des mérites de Jésus-Christ qui se fait à travers les âges, encore que l'Eglise y prenne une si large part, la prééminence appartient toujours à Marie. Sans doute, ce n'est pas elle qui administre les sacrements comme l'Eglise, ou prêche la doctrine du Christ; ce n'est pas elle, non plus, qui par office promulgue les lois du Christ, et règle par ses ordonnances la vie des chrétiens Ce rôle spécial, Jésus-Christ l'a mis aux mains de son épouse, l'Eglise. Mais cela même, la Vierge, Mère de Dieu, le fait; et nous le prouverons avec évidence dans le chapitre suivant, elle le fait, non pas comme l'Eglise, mais d'une manière plus excellente et plus relevée. El, par conséquent, sa maternité surpasse à tous égards la maternité de l'Eglise.

Ai-je besoin de montrer que la Mère de Dieu dépasse incomparablement aussi l'Église, au point de vue de la virginité dans la fécondité? Saint Augustin l'a trop clairement exposé, pour qu'il soit nécessaire

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d'ajouter de nouvelles explications. Où donc est dans l'Eg-lise, en dehors de Marie, la virg-inité s'alliant à la maternité suivant la chair; virginité et maternité si parfaites l'une et l'autre qu'il est impossible d'en concevoir ou de plus pure ou de plus haute?

Et, si nous parlons de la virginité suivant l'esprit, Marie nous apparaît encore l'emportant comme à l'infini par sa foi, par sa pureté, par sa charité, par toutes les vertus, en un mot, qui constituent la virginité des âmes, sur tous les membres de l'Eg-lise et sur l'Eg-lise elle-même; non seulement sur l'Eglise militante, où la faiblesse humaine nous montrera toujours bien des taches, mais sur l'Eglise triomphante, si immaculée qu'elle puisse être.

Enfin, bien que l'une et l'autre aient conçu du Saint Esprit; bien que ce divin Esprit ait à chacune donné la fécondité, à Marie pour enfanter Jésus-Christ et ses membres, à l'Église pour engendrer les fils d'adoption, nous n'oserions, sans craindre de les ofFenser l'une l'autre, attribuer à l'Eglise l'inefFable plénitude du et Saint Esprit que nous avons reconnue dans Marie : car l'Église elle-même reçoit de la plénitude de Marie, comme Marie participe à la plénitude du Christ.

m. — Jusqu'ici le parallèle entre les deux vierges et les deux mères, entre l'Eglise et Marie, nous a présenté deux caractères principaux : caractère de ressemblance, et caractère de supériorité du côté de la Mère de Dieu. C'est là ce que signifie la formule si fréquemment employée par les Pères : V Eglise imite la Mère du Christ ; Ecclesia imitatar MatremChristi. Proposition qu'ils ne retournent jamais pour dire de Marie qu'elle est faite à la ressemblance, à l'imitation

de l'Église. Celle-ci, toute proportion gardée, représente Marie comme Isaac représentait Jésus-Christ, comme la Jérusalem de la terre représentait celle du ciel. C'est que, dans cette communauté de privilèges, la prééminence appartient excellemment à Marie : prééminence de sainteté, prééminence d'union avec le Saint Esprit, prééminence de virginité, prééminence de maternité.

Quand la sainte Écriture veut parler de la ressemblance entre la créature raisonnable et le Créateur^ elle dit que Dieu fit l'homme à son imaje (i). Ainsi le Fils de Dieu a créé l'Église à l'image de sa propre mère. Dieu ne ressemble pas à l'homme, mais l'homme à Dieu; pareillement, c'est l'Église qui ressemble à Marie, non pas Marie qui ressemble à l'Eglise.

Donc, la bienheureuse Vierge peut être considérée comme un exemplaire dont l'Épouse du Christ est la plus parfaite image. La notion d'image, en contiaste avec celle d'exemplaire, enferme essentiellement une double idée : l'idée de similitude, et l'idée d'une certaine dépendance quant à l'origine. La perfection divine est l'exemplaire de toute perfection créée, parce que toute perfection créée reproduit dans une mesure plus ou moins grande les perfections du Créateur, et parce que celles-ci sont la source d'où procède celle-là. Oi", ces deux caractères de l'image se révèlent manifestement dans le rapport de l'Église avec Marie. Qu'il y ait similitude, c'est ce que nous avons pleinement démontré dans ce chapitre même. Qu'il y ait relation

(i) Le mot imûgp, quand il s'agit d'exprimer la ressemblance entre le Créateur et sa créature, ne s'emploie que de la créature raisonnable. Les autres, celles-là surtout qui sont purement matérielles, sont des vestiges. Voir notre ouvrage de la Grâce et de la Gloire, t. I, L. I, c. 5, p. 59, suiv.

cil. I. PAHAl.LKLE ENTRE MARIE ET L EGLISE 27

d'orig-ine, c'est encore une v«'rité sans conteste; si l'Eglise existe, si elle est mère et vierg-e, si l'Esprit habile en elle pour la rendre vivante, féconde et sainte, c'est que Marie a librement enfanté et librement donné son Fils pour le salut du monde; c'est que, puissante et miséricordieuse distributrice des grâces, elle fait constamment descendre les rosées célestes sur le sacerdoce et le peuple dti Christ.

De là à la conclusion finale où nous voulions arriver par tout ce qui précède, il n'y a qu'un pas : l'Eg-lise est vraiment la fille, la première fille de la Mère de Dieu. Ce n'est pas à ses fils seulement, mais plus encore à elle, qu'il convient de dire à Marie : Monstra te es.^e matrem; montrez-vous une mère pour moi. Aussi bien, que faudrait-il ajouter à ce que nous avons médité jusqu'ici, pour saluer en Marie la Mère de l'Église, tout aussi bien que la Mère des hommes ou la Mère des fidèles? L'Eg-lise est faite à l'imag-e de Marie comme un enfant porte en soi la ressemblance et les traits de sa mère; et l'Eg-lise existe, vit, opère dépendamment de Marie. N'est-ce pas là tout ce qu'il faut pour établir entre elles la relation de mère à fille et de fille à mère? Nos docteurs l'ont bien vu, puisque tant de fois ils ont appelé cette bienheureuse Vierge la Mère de l'Ég-lise, Si les membres du Christ sont les enfants de Marie, suivant la mesure même de leur incorporation dans la personne du Christ, comment l'Église, corps mystique du Christ, et prolong-ement du Christ au travers des siècles, n'appartiendrait-elle pas au même titre à Marie ; d'autant mieux que l'Ég-lise ne peutjarnais être séparée du Christ, tandis que rien n'assure infailliblement aux membres une indéfectible incorporation dans sa personne mystique?

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