CH. 111. CE QUE RECLAME LA MERE DE GRACE
le molif en est qu'ils ont, par rapporta nous, clans un degré plus ou moins élevé, la dig-nité de principe ; el c'est là sur quoi doit se régler l'hommage que nous 'eur rendons. Et rien de plus juste : car participant, chacun dans leur mesure et dans leur ordre, à l'excellence qui fait de Dieu le sujet et le terme de notre adoration, ne faut-il pas qu'ils participent à des degrés divers au culte de ce premier principe, créateur et conservateur de tout ce qui n'est pas lui?
Or, si nous nous retournons vers Marie pour la considérer comme la Mère des Hommes, notre mère à tous, que voyons-nous en elle? Une participation, la plus haute dans son ordre, à la paternité spirituelle de Dieu. Mon être divin, cette image de la nature audessus de toute nature qui resplendit dans mon âme et qui me sacre enfant de Dieu, héritier du ciel et cohéritier de Jésus-Christ, je l'ai par elle, après son Fils. Personne, en dehors et au-dessous de lui, n'a concouru comme cette bienheureuse Mère du Sauveur à m'eng-endrer à la vie de la grâce, et personne, non plus, ne contribue comme elle, soit à la conserver, soit à la perfectionner en moi. Voilà certes une raison solide de l'honorer, moins sans doute que Jésus-Christ, la cause principale de ma régénération, mais incomparablement plus que tous ceux à qui je suis redevable de mon être de nature ou de mon perfectionnement dans ce même être.
J'ai appris des théologiens et des Pères que la bienheureuse Vierge, étant la Mère de Dieu, possède à ce titre un droit spécial et comme une souveraineté très éminente sur toutes les créatures; d'où cette conclusion que la souveraineté, réclamant une sujétion respectueuse de la part des inférieurs, c'est le droit de
2l6 L. ]X. LE CULTE DE LA SAINTE VIERGE
Marie que nous la lui rendions, dans la mesure où elle e&t notre Dame et notre Reine (i).
Allons plus loin, à la suite de Suarez. Parmi les titres sur lesquels est fondée la royauté de Notre Seigneur, il faut signaler comme l'un des plus solides sa fonction de Rédempteur. N'est-il pas juste qu'il règne sur nous, lui qui nous a tirés de l'esclavage et rachetés par son sang? Regnavit a ligno, chante l'Eglise ; il a régné par la croix. C'est la belle pensée qu'exprimait s-aint Augustin, quand il prêchait à son peuple : « Le Christ a concjuis le monde non par le fer, mais par le bois » (2). « Parce qu'il s'est fait obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix, Dieu l'a exalté, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse, au ciel, sur la terre et dans les enfers w (3). Voyez-vous la royauté de Jésus naître de sa Passion, c'est-à-dire, de l'acte suprême par lequel il nous a délivrés? C'est pourquoi, lui qui jusqu'à ce moment répudiait le titre de roi que lui offrait l'enthousiasme des foules, le voilà maintenant qui ne parle que de royauté. Ses ennemis l'accusent d'usurper le titre de roi; Pilale l'interroge : Êtes-vousroi? Et Jésus, rompant le long silence dans lequel il s'était jusque-là renfermé : Oui, répondit-il, vous l'avez dit : Je suis roi (4). Et pour que le monde sache bien d'où lui vient cette royauté, il va se montrer
(i) Suarez, de Mi/sleriis vitae Christi. D. xxii, s. s, g Tertia ratio.
(2) Domuit orbem non ferro, sed liçno. Enarr. in l'salm. XCV, 2. P. L. XXXVII, 1228. C'est de cette manière abrégée qu'on cite ordinairement le texte du grand évêque. En réalité, il est un peu différent. Le voici tel qu'il se lit à l'endroit indiqué. « Quo nondum porreclum est Romanum imperium, jam Christus possidet ; quod adhuc clausum est ils qui ferro pugnanl, non est clausum El qui ligno pugnat. Dominus enim regnavit a figno. Quis est qui ligno pugnal ? Christus. De cruce sua vicit reges, et .subjugatis in fronte crucexn fixit. »
(3) Philip., Il, 10.
(4) Joan., xyiii, 87