‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 5 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Retour sur la comparaison entre les deux mères, l'Eglise et Marie, pour mieux entendre comment, dans les fonctions même par où l'Église continue la mission du Christ, Marie conserve sa prééminence, et demeure à ce point de vue, comme en tout le reste, la Mère de l'Église.

I. — Nous avons dit la prééminence de la maternité spirituelle de Marie sur la maternité de l'Eg-iise, prééminence qui se révèle principalement en deux grands actes : l'acte par lequel a été surabondamment remplie pour nous la fontaine de vie surnaturelle, d'où coule et coulera toute grâce d'adoption; l'acte par lequel ces mêmes grâces et cette même vie vont s'épanchant, dans le cours des âges, sur chaque homme en particulier pour le vivifier et le sanctifier. Je n'ai pas à revenir sur le premier : nous savons assez que Marie seule, à l'exclusion de toute autre créature, et par conséquent, de l'Eglise elle-même, a coopéré à cet acte, commencé dès la conception du Christ et consommé sur le Calvaire. Ce qui nous reste à exposer plus à fond, c'est le rôle, non plus exclusif, mais prépondérant qui lui revient dans le second acte.

Il pourrait sembler, au premier coup d'œil, que, dans cette œuvre de la sanctification des hommes par l'application des mérites du Sauveur, la part principale appartient à l'épouse du Christ, la sainte Eglise.

eu. II. — L EGLISE, FILLE DE MAHIK -jij

A elle, en effet, Jésus-Christ a sing-ulièrcment confié les quatre fonctions ([ui concourent à la préparation, à la formation, au perfectionnement des enfants adoptifs de Dieu, je veux dire : le magistère doctiinal qui propage et conserve la foi, le ministère sacré qui sanctifié par le sacrifice et par les sacrements, le ministère non moins auguste ni moins efficace de la prière universelle qui ouvre les sources de la miséricorde, enfin le pouvoir pastoral qui promulg-ue les lois du Christ et gouverne les chrétiens au nom et par l'autorité du Christ. Telle est la mission de l'Ég-lise sur la terre : prolongement et complément de celle de Jésus-Christ. « Comme mon Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie », disait le Sauveur' à ses Apôtres, et dans leur personne, à tous ceux qui devaient leur succéder jusqu'à la fin des siècles. Or, nous ne lisons nulle part qu'il ait confié semblables fondions à sa mère. Et comme ces fonctions vont toutes à nous vivifier dans le Christ, ne faut-il pas en conclure que Marie n'a plus dans le second acte la prééminence qui lui est propre, quand il s'agit du premier ?

Quand nous serions oblig-és d'en convenir, Marie serait encore la mère par excellence : car, tout bien considéré, c'est une plus grande chose de prêter son ministère à l'acquisition g-énérale des grâces vivifiantes, que d'être simplement l'organe de la distribution qui se fait des mêmes g"râces à travers le temps et l'espace. Mais nous prétendons autre chose pour la Mère de Dieu. Ce n'est pas en vain que l'Eglise l'a toujours honorée, sans restriction, comme sa reine et comme sa mère ; en vain qu'elle lui crie, de cette vallée de larmes : Montrez que vous êtes mère; mère de Notre Seigneur

3o L. VIII. LES ENFANTS DE MARIE

et la nôtre; en vain qu'elle la supplie d'une même voix avec ses enfants de tourner vers nous les regards de sa iniséiicorde et de nous faire admettre, après cet exil, à la vision de son béni Jésus. Et comment le droit de la Sainte Vierge à la répaitilion des grâces le céderait-il à celui de l'Eglise, quand elle a par mérite ce que l'Eglise a reçu ^d^v pure grâce (i) ?

Non, la sainte Mère de Dieu ne possède pas, comme l'Eglise et sous la même forme, les pouvoirs de sanctification déposés par le Christ aux mains des Apôtres. Jamais on ne l'a vue définissant authentiquement la croyance, célébrant le sacrifice eucharistique, administrant les sacrements, portant des lois obligatoires pour les fidèles, offrant enfin devant l'autel les prières de la sainte Liturgie; quoiqu'elle nous ait donné l'Auteur de notre foi, le Pontife de la nouvelle alliance, notre suprême Législateur et notre tout-puissant Intercesseur auprès du Père. Mais, encore un coup, sa prééminence n'en demeure pas moins entière, indiscutable, parce que ses opérations sont d'un ordre supérieur. Et voilà ce qu'il nous reste à montrer plus explicitement, en reprenant les quatre fonctions par où l'Eglise continue la mission du Christ, son Epoux ; cette mission dont le but et le terme est la formation complète des fils adoplifs du Père.

IL — Parlerons-nous de son rôle dans rétablissement, la propagation et la conservation de la vraie foi? 11 se résume en un mot, en un litre: Reine des Apôtres; si haute, si profonde et si incomparable est son influence dans ce ministère de l'Apostolat. Je ne

(i) II" partie. L. v, c. i.

CH. II. L'iÎGLISE, FILLE DE MARIE 3l

rappellerai pas, ce (jue j'ai tli'jà dit ailleurs, comment elle ^[ilVi/islitutrice des Apôlvcs eux-mêmes : tellement que si « Jean l'Evang-éliste parla plus divinement des mystères de Dieu que ses autres compag-nons d'Apostolat, ce fut, au témoignage de saint Ambroise, parce qu'il avait tout près de lui le sanctuaire des secrets du ciel » (i). Je ne rappellerai pas non plus qu'elle fut la première à faire connaître le Sauveur Jésus au Précurseur encore prisonnier dans le sein de sa mère, aux Juifs dans la personne des bergers, aux Gentils dans la personne des Mages; et que, si V Esprit de vérité descendit si pleinement sur les Apôtres, au jour de la Pentecôte, ils en furent pour une grande part redevables à ses prières; présag-es manifestes de sa perpétuelle mission dans l'ordre de la foi. Je ne rappellerai pas davantage, pour l'avoir écrit dans un autre endroit, comment la foi dans le Christ-Dieu se rattache indissolublement à la reconnaissance de ses titres, au culte d'amour et de vénération qui lui est rendu (2). Je ne traiterai pas même ce côté si curieux de l'histoire des hérésies qui nous fait voir, dans le plus grand nombre d'entre elles, les attaques contre les privilèges de la Mère de Dieu s'alliant avec les négations dirigées contre tels ou tels articles de notre foi. C'est ce qui nous apparaît plus nettement dans le Nestorianisme, chez les Iconoclastes, les Albigeois, les Hussites, les Protestants de toute secte, et finalement, quoique d'une manière plus voilée, dans le Jansénisme.

Enfin je laisse à d'autres le soin de raconter tant de

(i) s. Ambros,, Institut. Vlrj., c. 7, n. 00. P. L, xvi, 319. Voir II' Partie, L. v, c. 2.

[1) \' Partie, L. 1, c. 3.

faits parliculiers où Marie se révèle dans son rôle de maîtresse, non plus seulement par les inspirations et les illuminations intérieures qu'elle obtient de son Fils, mais par des manifestations extérieures et sensibles. L'histoire des Missions est pleine de ces faits merveilleux. On les trouve en Chine, au Japon, dans les deux Amériques chez les sauvages du Marag-non et des Montagnes Rocheuses, dans les Indes Anglaises et même de nos jours en Europe (i).

Un fait pourtant mérite d'être explicitement signalé, parce que ce n'est plus seulement une âme ig'norante ou égarée, mais un pasteur des âmes, un docteur, dont Marie se fit, dès le troisième siècle, la maîtresse visible. Cet heureux disciple de la Mère de Dieu fut le célèbre Grégoire de Néocésarée. Le saint, universellement connu sous le nom de Thaumaturge, à cause des nombreux miracles qu'il opéra, venait, malgré ses résistances, de recevoir la consécration épiscopale. Il se préparait dans la retraite à prendre possession du siège de Néocésarée, ville presque totalement païenne, qu'il devait convertir au Christianisme, à force de vertus, de dévouement et de prodiges. J'emprunte mot à mot le récit qui va suivre à saint Grégoire de Nysse, qui pouvait l'avoir reçu lui-même de son aïeule Macrine, laquelle avait vécu as'ec les disciples et les contemporains du Thaumaturge, sinon avec le Thaumaturge lui-même.

Donc, encore qu'il eût suivi pendant plusieurs années les leçons d'Origène, et peut-être même à cause

(i) Tout le monde a lu l'apparition de la B. Vierge au P. Alphonse de Ratisbonne, et l'illumination soudaine dont elle fut la cause. Je pourrais raconter un fait plus merveilleux encore, arrivé récemment dans l'Inde et d'une authenticité certaine.

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