‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 44 sur 81 · CH. III. SURCROIT DE BEATITUDE · texte numérisé non relu

CH. III. SURCROIT DE BEATITUDE

sont venus tous les biens, triomphalement assise aux côtés du Fils qu'elle a enfanté de ses entrailles, et communiant, en vertu de son droit maternel, à la domination du môme Fib sur la terre et sur les cieux » (i). Pouvoir se dire, en toute vérité, cette Reine si universelle, si puissante, si g-lorieuse, elle est de ma race ; plus encore, elle est ma mère, une mère de qui j'ai tout reçu, qui me connaît, qui me reg-arde avec amour, qui me porte continuellement dans son cœur, et la contempler face à face, n'est-ce pas une consolation sans ég^ale; et, dans l'attente même de la vision de Dieu, n'y aurait-il pas là de quoi procurer un avant-g-oût du paradis ?

Et cette joie ne s'éteindra pas. Ce saisissement de l'âme, éprouvé par les serviteurs de la Vierge au premier moment de leur entrée dans le ciel, ne sera pas une allégresse passag-ère ; car ni la beauté de Marie, ni son amour ne sont de ces choses qu'on puisse se lasser de goûter. S'il se fait quelque changement dans l'état des bienheureux, ce sera pour leur apporter un nouveau surcroît de jouissance. Aujourd'hui, leur jouissance est purement spirituelle ; vienne l'heure de la résurrection, la présence de Marie sera désormais une fête pour tous leurs sens : fête des yeux qui ne pourront se rassasier de la contemplation de sa beauté divine ; fête des oreilles, qui l'entendront chanter plus suavement que toutes les vierg'es les cantiques du ciel, à la suite et sur les pas de l'Agneau ; fête du toucher, car une telle mère, après avoir tant de fois collé ses lèvres sur les lèvres de Jésus, ne peut refuser d'ouvrir ses bras aux autres fils de sa dilection ; fête

i) Id., Ibid., c. 9, 575.

même de l'odorat, car c'est d'elle qu'il est écrit : « La myrrhe, l'aloès et la casse s'exhalent en parfums de ses vêtements » (i); fête enfin du cœur de chair qui palpitera plus doucement à la vue de cette mère à jamais bénie.

La Vierge elle-même, conversant familièrement avec Brigitte, sa bien aimée servante, lui révéla le bonheur qu'elle apporte à ses enfants : « Je suis, lui disait-elle, la mère de ceux qui nagent dans les délices du paradis. Lors même que les petits enfants ne manquent de rien, il leur suffit de regarder le doux visag'e de leur mère pour sentir croître leur joie. C'est ainsi qu'il plaît au Seigneur de faire goûter aux habitants delà cour céleste un contentement sing-ulier et des transports d'allég-resse à contempler la beauté de mes vertus et ma splendeur virg'inale, quoique d'une manière incompréhensible sa puissance les ait déjà mis en possession de tout bien » (2). Il faudrait entendre encore le saint évêque Amédée de Lausanne '( montrer cette multitude innombrable de tout âg-e, de tout sexe, de tout ordre et de toute dignité, sauvée par les mérites et par les prières de Marie, acclamant sa bienfaitrice et, dans une sainte jubilation, la proclamant bienheureuse ». Au moins ferons-nous après lui le souhait « d'appartenir un jour à cette tout heureuse assemblée de vos fils, ô clémente, ô pieuse, ô douce Marie » (3).

Cette manifestation, que Marie fera d'elle-même à ses enfants glorifiés, n'est, il est vrai, que l'accessoire de leur béatitude éternelle. Mais pourtant de quelles

(i) Psalm., xLiv, 8; col. Cant., iv, 14.

(2) Bevcliit. S.Briffitiae, 1. iv, c. i38. t. I, p. 538.

^Z) S. Amed. Lausan., hom. 8 de Marine V. pleniludme P. L.

CLxxxviii, i346.

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<léliccs elle les comblera! Encore ici faisons appel à quelques faits qui nous aident à nous former une idée de ce bonheur futur. L'hisloire des Saints parle, à maintes reprises, d'apparitions de la Vierge, et notamment des visions par lesquelles Marie consola tant de fois ses serviteurs, à l'heure de leur dernier passage. Voyez-vous ces hommes épuisés par de longues souffrances, pâles, défaillants, n'ayant plus qu'un souffle de vie? Tout à coup le mourant semble revivre; le regard s'illumine, le corps se dresse, les bras se tendent ; une indicible expression de joie rayonne sur son visage. On dirait à le voir qu'il n'est plus de la terre, tant il paraît je ne sais quoi de céleste et de divin dans toute sa personne. D'où vient cette transformation subite? De la présence de Maiie qu'il entrevoit au travers des ombres de la mort. Si une vue très imparfaite de cette divine mère suffit à produire de tels effets dans l'âme et sur le corps d'un moribond, jugez de ce qu'elle produira, quand elle apparaîtra dans tout l'éclat de sa beauté de Mère et de Vierge, et dans la pleine manifestation de son incomparable bonté (i).

(i) On connaît la charmante Irçende racontée par Jean Hérolt, dans son Majusin des miracles de lu B. Vierje. C'est l'exemiile consigné sous le numéro 79. Un clerc, très dévot à la bienheureuse Marie, la suppliait fréquemment de lai manifester sa beauté, elle dont il est écrit au livre des Cantiques : Vous êtes tonte belle, ô mon amie, et il n'y a pas de tache en vous. La Mère de miséricorde, touchée de son pieux désir, lui manda par un de ses anges que sa prière était exaucée. 11 la verra; mais il devait savoir que des yeux qui l'ont une fois contemplée, ne pouvaient plus rien voir de terrestre. Le clerc répondit qu'il lui importait peu d'être aveugle, pourvu qu'il lui fût permis de voir la Reine du ciel. Cependant, après le départ de l'ange, il se prit à penser anxieusement que, s'il perdait totalement la vue, il lui faudrait mendier pour vivre. Il se résolut donc à ne regarder l'apparition que d'un œil. .Mais tel fut le ravissement causé dans son âme par l'inetTable beauté de la Reine du ciel, qu'il s'apprêtait à ouvrir l'aulre œil, quand la vision disparut. Grande fut sa tristesse. Malheureux, se disait-il, en pleurant, que n'élais-je tout yeux pour la voir [ilus pleinement. Et il se remit à prier notre Dame de se montrer encore à lui, protestant qu'il perdrait volon-

On peut donc à bon droit souscrire à celte conclusion que Suarez attribuait à je ne sais quel livre de saint Bonaventure sur les Louanges de la Vierge, Mère de Dieu: « C'est le glorieux privilège de la gloire de Marie que notre plus grande gloire et notre plus grande joie vienne, après Dieu, de Marie » (i).

IL — Mais là ne s'arrêtent pas les biens que les élus du ciel reçoivent actuellement de Marie. Certes, elle ne les aide pas, comme elle le fait pour nous, à mériter, à expier, à combattre, à vaincre : toutes choses qui sont incompatibles avec l'état de la gloire. En quoi donc peut-elle les assister? Avant tout, à prier plus efficacement la divine miséricorde pour leurs clients de la terre et du purgatoire. Je les vois se tourner vers elle, avant de faire monter leurs demandes vers le trône du Médiateur, afin qu'elle les appuie de son autorité maternelle. Et Marie, mêlant sa voix à leurs voix, leur donne une confiance d'être exaucés qu'ils n'auraient pas sans elle; car, pour les cieux comme pour la terre, elle est, après Jésus, la médiatrice universelle.

Pourquoi n'ajoulerions-nous pas aussi qu'elle leur obtient de son Fils certains privilèges de grâce qui ne sont pas renfermés dans leur béatitude substantielle? Les Anges des hiérarchies plus élevées peuvent, en dehors de la vision béatifique, recevoir immédiatement de Dieu certaines révélations particulières par où leur sont manifestées les libres dispositions

tiers son autre œil pour avoir le bonheur delà contempler à nouveau. Et la très pieuse Vierge Marie, condescendant aux vœux de sun serviteur, lui apparut une seconde fois ; mais à l'ineffable consolation qu'elle lui donna par sa vue, cette bonne mère joignit un autre bienfait : elle lui conserva le second œil et lui rendit le premier.

(i) Suarez, de Mysleriis vitae Christi, D. xxi, s. 3, ia fine.

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