III. — Avant de quitter ce sujet, je dois résoudre
i) Judith., XV, 10.
une objection qui s'est déjà produite à propos du purgatoire. II s'agissait, dans le présent chapitre, d'exposer les avantages actuels que procurent aux serviteurs de Marie la dévotion qu'ils ont pour elle et les hommages dont ils l'entourent. Or, je n'ai rien dit, semble-t-il, qui ne soit l'apanage commun de tous les prédestinés, quelle qu'ait été d'ailleurs la mesure de leur culte. Une première solution de la difficulté, c'est qu'au ciel il n'y a ni ne peut y avoir que des serviteurs de Marie. N'est-elle pas la mère commune, la reine commune; une mère incomparablement plus aimée, une reine plus honorée de tous que la multitude innombrable de tous les élus ? Donc, en ce que j'ai dit des bienfaits de Marie, il n'y a rien qui ne réponde à l'amoureuse dévotion que chacun de ceux qui les reçoivent nourrit pour elle. Mais, il faut l'ajouter aussi, bien que la présence de Marie soit pour tous une cause de grande allégresse ; bien qu'elle ait pour chacun des habitants du ciel une tendresse de mère, et que personne ne soit privé des effets de celle tendresse ; cependant, il y a je ne sais quoi de particulier pour ceux qui l'ont plus aimée et mieux servie pendant leur vie mortelle.
Ici bas même, sur celte terre d'exil, Marie n'a-telle pas des attentions plus maternelles pour les âmes qui lui sont tout spécialement dévouées ? Je parlais tout à l'heure des apparitions par lesquelles on l'a vue consoler et fortifier des justes mourants. Pourraiton citer une seule de ces grâces qui ne fût pas la récompense d'une dévotion particulière envers la Reine du ciel?
C'est, nous l'avons déjà fait remarquer, la doctrine de saint Thomas que, même au ciel, en dehors de