CH. H. I.KGLISE, FILLE DE MARIE
(Je l'enseignement de cet illustre maître, Grég^oire sentait le besoin d'être instruit plus exactement des mystères du Christianisme, et particulièrement du grand mystère de la Trinité. C'est pourquoi, « le nouvel élu suppliait Dieu de l'éclairer sur ce qui le rendait perplexe; résolu d'ailleurs à ne pas entrer dans le ministère de la prédication, avant qu'une lumière divine n'eût pleinement dissipé les nuages. Or, il arriva qu'ayant passé toute une nuit à méditer en lui-même sur la doctrine de la foi, sans voir assez nettement ce qu'il devait tenir (car il y en avait alors qui par leurs subtilités corrompaient la saine doctrine et faisaient hésiter même des hommes prudents et doctes), il arriva, dis-je, qu'il vit paraître devant ses yeux un personnage, ayant l'aspect auguste d'un vieillard, beau d'une beauté divine, avec un extérieur et des traits où tout respirait la grâce et la sainteté. Effrayé à cette vue, Grégoire se jette hors de sa couche, et demande à ce visiteur étrange qui il est et pourquoi il est venu. Celui-ci, l'ayant rassuré d'une voix douce, lui répondit qu'il venait de la part de Dieu pour le tirer des anxiétés où il était touchant la règle de la foi.
« Grégoire remettait ses sens et commençait à contempler le mystérieux vieillard avec une joie mêlée d'élonnement, quand celui-ci, étendant la main, lui montra du geste une seconde apparition faisant face à la première. C'était une forme de femme, mais d'une excellence et d'une majesté bien supérieures à la condition humaine. S'iisi d'une nouvelle terreur à son aspect, Grégoire détournait les yeux, ne sachant de nouveau que penser de cette vision dont il ne pouvait soutenir l'éclat : car ce qui la rendait surtout prodigieuse, c'est qu'elle brillait dans les ténèbres de la nuif,
éclatante comme une torche embrasée. Mais voici que les deux personnages se mirent à conférer ensemble de la doctrine, objet de ses troublantes recherches. Et c'est ainsi qu'il apprit leurs noms : car ils les disaient en se parlant l'un à l'autre. Et il entendit celui des deux qui s'était montré sous l'extérieur d'une femme, inviter nommément Jean l'Evangéliste à expliquer à ce jeune homme le mystère de la vraie piété; et Jean de répondre qu'il était prêt à complaire en cela, comme en tout le reste, à la Mère du Seigneur. Or, après que l'Evang-éliste eut clairement formulé cette doctrine, la vision s'évanouit. Grégoire, resté seul, écrivit immédiatement ce qu'il venait d'apprendre ; si bien qu'il enseigna toujours dans son église conformément à cette règle, et qu'il la transmit à ses successeurs comme le patrimoine et l'héritage divin, grâce auquel la foi seconserva pure de toute hérésie » (i). Grégoire de Nysse affirme que, de son temps, on conservait encore à Néocésaréele texte original, écrit de la main du saint évêque, et « c'est de quoi chacun peut s'assurer de ses yeux, en l'allant voir dans les Archives de cette Eglise », dit encore le mênic Grégoire de Nysse, après avoir rapporté le symbole ainsi miraculeusement enseigné par la Mère de Dieu (2).
(i) s. Grego.-. NysL-en., Or. de Vita S. Greijor. Thaumat P. G. XLVi, 90g, sq(j.
(5) On peut voir dans VHisfoire des Auteurs sacrés.,, de Dom R. Ceillier (t. 111, c. xvii, a. s, | 3), la lon^-iie liste des monuments ecflcsiastiques où ce symbole est inséré, ou du moins cité, avecratteslaliou du miracle, Ce fait porte donc toutes les j?;-aranties désirables d'authenticité.On croit que saint Basile parlait de ce symbole quand, dans une de ses lettres aux fidèles de Néocésarée, il kur disait : « Peut-on avoir ur.e preuve plus certaine de ma Coi, que de savoir que j'ai été élevé par une aïeule de bienheureuse mémoire et née dans votre ville. Je parle de l'illustre Macrine. Les cnseij^nements du bienheureux Gréçoire qu'elle avait reçus comme de première source par une fidèle tradition, elle les conservait dans son cœur, et nous en nourrit, pour ainsi dire, dés le
(Ml. II. L KGLISE, FILLE DE MARIE OU
Ce que la sainte Vierg-e a fait pour le Tliaumaturg-e, de combien de manières ne l'a-t-elle pas renouvelé pour d'autres.
11 me plairait de le démontrer par une foule de témoignages etde faits, si notre grand Pontife Léon XIII n'avait pas magistralement exposé ce rôle de Marie dans \xx\Q Lettre apostolique qu'il adressait récemment à toute l'Eglise. C'est donc lui qui va nous dire ce qu'est la Sainte Vierge, et quelle est son action constante dans l'ordre de la foi.
« Nous le savons, le fondement et le principe des dons divins, grâce auxquels l'homme, dépassant l'ordre de la nature, s'élève jusqu'aux biens éternels, est la foi; mais, c'est très justement aussi qu'on le proclame, rien n'est efficace pour acquérir et perfectionner celte même foi comme l'action secrète de celle f{ui nous a donné l'Auteur de la Joi, de celle qui fut saluée bienheureuse à cause de sa foi, de celle enfin dont il a été dit : Personne, ô Vierge très sainte, n'est rempli de la connaissance de Dieu que par vous; personne n'est sauvé que par vous, ô Mère de Dieu; personne n'obtient un don de la miséricorde que par vous (i).
« Et certes, il ne paraîtra pas exagéré d'affirmer que c'est principalement sous sa conduite et par son assistance que la sagesse et la loi évangéliques se sont répandues si rapidement, à travers des obstacles et des difficultés sans nom, portant avec elles, chez l'universalité des hommes, un nouvel ordre de justice et
berceau; ». S. Basil , Ep. 20^, a.d Neocaesar., n. 6. P. G. xxxii, 7:2,
(î) S. Germ. Constant , Or. 2 in Dorin. B. M. V. P. G xcvi i.
de paix. C'est là ce qui inspirait l'âme et la prière de saint Cyrille d'Alexandrie, lorsqu'il s'adressait en ces termes à celte Vierge bénie : Par vous les Apôtres ont prêché le salut aux nations... ; par vous la sainte croix est célébrée et adorée dans tout l'univers...; par vous toute créature, emprisonnée jusque-là dans les erreurs idolâtriques, est amenée à la connaissance de la vérité ; par vous les fidèles sont arrivés au saint baptême, et des églises ont été fondées dans toute nation (i). C'est elle encore, comme l'en glorifiait le même saint docteur, qui a procuré à l'Eglise et affermi dans ses mains le sceptre de la foi; elle dont le soin constant fut toujours de maintenir parmi les peuples, ferme, intacte et féconde, la foi catholique. « Nombreux et bien connus sont, dans l'histoire, les monuments de cette maternelle vigilance; et parfois on les a vus s'y révéler d'une manière vraiment admirable. Ce fut surtout aux époques et dans les pays où la foi s'alanguissait par suite d'une indifférence lamentable, ou bien encore chancelait sous le choc pernicieux des erreurs, que l'auguste Vierge rendit présente à tous sa miséricordieuse influence. Alors, en effet, sous son impulsion et grâce à son appui, des hommes éminents par leur sainteté et leur zèle apostolique se levèrent pour repousser les efforts des méchants, ramener les esprits à la piété de la vie chrétienne et les enflammer d'amour pour elle. Entre tous, et puissant à lui seul comme plusieurs, brilla dans cette double tâche Dominique de Guzman, appuyé qu'il était de sa confiance dans le Rosaire de Marie.
(i) S. Cyrill., Hom. ii, e diversis. Encom. B. M. Deip. P. G. lxxvii, io32.
CH. H. — l'Église, fille de marie 87
« Non, personne ne peut mettre en doute la très larg"e paît revenant à la Mère de Dieu dans les services rendus par les vénérables Pères et Docteurs de l'Ég'lise, qui travaillèrent avec un dévouement admirable soit à défendre, soit à mettre en pleine lumière la vérité catholique. C'est, en effet, de celle qui est le Siège de la divine Sagesse, qu'ils reconnaissent avoir reçu la féconde inspiration de leurs meilleures pensées; et, par conséquent, c'est à elle et non pas à euxmêmes qu'ils rapportent leurs victoires sur la malice des erreurs.
« Enfin, les rois et les Pontifes romains, défenseurs de la foi, ont toujours imploré, les uns pour leurs expéditions saintes, les autres pour la promulgation de leurs décrets solennels, l'assistance du nom de la divine mère, et jamais sans en éprouver la secourable puissance. C'est pourquoi l'Éylise et les Pères offrent à Marie des louanges aussi méritées qu'elles lui sont glorieuses : Salut , ô bouche perpétuellement éloquente des Apôtres, solide fondement de la foi, rempart inébranlable de l'Église (i); salut, ô vous par qui nous avons été enrôlés parmi les citoyens de l'Église une, sainte, catholique et apostolique (2); . salut, source largement ouverte d'où les ruisseaux de la divine sagesse ont jailli, refoulant par les eaux très pures et très limpides de l'orthodoxie le flot montant des erreurs (3). Réjouissez-vous, parce que, seule, vous avez détruit toutes les hérésies dans le monde entier (4). Telle est la part, la grande part que la très auguste Vierge a prise dans l'expansion, les combats,
(i) Hymne A^xTiaro; des Grecs.
(2) S. Joan. Damasc, Orat. in Annunc. Deigren. P. G. xcvi, 656.
(3) S.Germaii. Coiist.. Or. in Dcip. Praesentat., n. i4.P.G.xcviu,3o5.
(4) In officio B. M. V.
les triomphes de la foi catholique. Ne suffit-elle pas à rendre de plus en plus manifeste ce que cette bienheureuse Vierge est dans le plan divin, et tout à la fois à réveiller chez tous les fidèles du Christ une grande espérance d'obtenir ce qui est aujourd'hui l'objet commun de tous leurs vœux »? Le Pontife veut ici parler de l'union de tous les baptisés dans un seul bercail, sous un seul pasteur. « Donc, poursuit-il, il faut se confier à Marie, invoquer Marie. Oui pourra, comme elle, amener à terme par sa puissante influence l'accord des nations chrétiennes dans la profession d'une même foi, dans la communion paraite d'une même charité?
« Quelle autre vertu pourrait, comme la sienne, promouvoir chez tous les peuples chrétiens cette gloire nouvelle et si désirable de la religion, je veux dire l'accord des esprits dans l'unité d'une même croyance, l'union des volontés dans l'étreinte d'une même charité parfaite? Et que ne voudra-t-elle pas faire pour que les nations dont son Fils unique a si instamment demandé au Père la communion la plus étroite, et qu'il a lui-même appelées par un seul baptême au même héritage du salut, héritage acquis et payé d'un prix immense, se portent toutes ensemble vers ce but commun dans son admirable lumière? Quels trésors de bonté providentielle ne daignera-t-elle pas employer, soit pour alléger les longs travaux que cette tâche impose à l'Eglise, épouse du Christ, soit pour réaliser dans la famille humaine ce bienfait de Yunité, fruit insigne de sa maternité » (i)?
Arrêtons notre citation sur ces derniers mots:
(i) Léo XIII, Encycl. Adjulricem populi ;5 sept. (Sgô).
CH. II. — l'Église, fii.i.e de marie 89
« U unité, fruit insiç/ne de sa maternité, w Le Clirislianisme nous offre deux unités, dominant toutes les autres. Il y a l'unité de l'Hoinme-Dieu et l'unité de l'Eglise. Unité de l'IIomme-Dieu qui résulte du mystère de l'Incarnation. Alors, en effet, la nature divine et la nature humaine furent indissolublement alliées dans une seule et même personne, et d'une union tellement étroite et substantielle que Dieu est homme, et l'homme. Dieu. Unité de l'Eglise en vertu de laquelle les hommes, groupés dans une foi commune et dans un môme accord de volontés, sous l'autorité du même Chef invisible, visiblement représenté par son Vicaire, forment un seul corps, le corps mystique du Christ, vivifié par un seul et même esprit, l'Esprit du Christ. Or, cette deuxième unité sort de la première, et se modèle sur elle, comme sur son archétype.
Marie donc, ayant concouru d'une manière si réelle et si prochaine à l'union qui fait l'Homme-Dieu, a dû coopérer par là même à l'union qui en est l'épanouissement, c'est-à-dire à l'union qui fait l'Eg-Iise de Dieu. Mais, parce que cette seconde union n'est pas comme la première à l'abri de toute attaque, parce que les schismes et les hérésies viennent constamment la mettre en péril, il faut, par une conséquence naturelle, quela maternité delà Vierge intervienne constamment pour la défendre et la fortifier; en un mot, qu'elle prévienne ou foudroie les hérésies et les schismes, en quelque temps et quelque lieu qu'ils se produisent. Et c'est là ce que l'Eglise nous enseigne dans la louange qu'elle donne à la Mère de Dieu : « Réjouissez-vous, ô Vierge Marie : car vous avez exterminé toutes les hérésies, vous qui avez donné votre assentiment aux paroles de l'Ange Gabriel, à ce moment où vous avez
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enfanté 1 Homme-Dieu (i) ». Ainsi, la Sainte Vierge, après nous avoir donné, comme Mère de Dieu, celui qui est à la fois la Lumière du monde et le Chef du corps dont nous, fidèles, nous sommes les membres, agit sans cesse, en vertu de son rôle même de mère, pour maintenir et confirmer l'unité des esprits et des cœurs dans la même foi et dans la même charité : tant il est vrai que l'unité est le fruit naturel de sa maternité (2).
Tout à l'heure, Léon XIII nous rappelait une foule de faits où s'est révélée d'une manière éclatante cette fonction de la Mère de Dieu. C'est de tout temps que la sainte Eglise a reconnu ce même pouvoir dans l'extirpation des divisions et des erreurs. Ainsi, pour en rapporter encore un exemple, la cessation du grand schisme d'Acace, au commencement du sixième siècle, fut attribuée par les évêques d'Orient à l'intercession de la Mère de Dieu. « Voilà, disent les Pères du synode de Constantinople, dans leur lettre au pape Hormisdas, voilà que... par Y intercession de la glorieuse Vierge Marie, tous les membres autrefois séparés sont revenus à l'unité dans la charité, par la grâce du Saint Esprit » (3). A la même époque et dans la même cause, Epiphane, élu par le concile pour occuper le sièg-e de la nouvelle Rome, écrivait au Souverain Pontife afin de lui notifier son adhésion parfaite à la foi et à la communion de l'Eglise romaine, et ses efforts pour
(i) Messe votive de }a B. Vierge, de la Septuagés. à Pâques, — dans le trait.
(2) Maria thésaurus et hortus benedictionis, columna et firmamentum veritatis, splendor et nitor gratiae,... imperatrix et doctrix gloriae, fundamentum Ecclesiae,... magistra perfectorum. L. de Corona B. Virff. (attribué souvent à S. Ildefonse), c. 5. P. L. xcvi, 292.
(3) Relalio Synodi Constantin, de ordin. Epiphanii ep. Labbe, Gonc. t. IV, p. i524.,
cil. II. — l'église, fille de marie 4i
extirper les derniers restes du schisme. Or, il attribuait, lui aussi, la fm d'une si grande calamité « à la grâce du Saint Esprit et à l'intercession de la très sainte et très glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu » (i). Faut-il rappeler encore la lettre du pape Grégoire à Germain de Çonstantinople, oiî ce Pontife, félicitant le saint patriarche de ses combats pour la défense des images, « glorifiait la Souveraine de tous les chrétiens qui, disait-il, avait été son rempart..., dirigé et protégé qu'il était par elle. Or, ajoutait le Pontife, ce triomphe sur l'erreur n'a rien qui doive étonner. Si Béthulie fut sauvée par la main d'une femme d'Israël qui frappa de mort le terrible Holopherne..., comment votre Sainteté, sous la tutelle de la Mère de Dieu, n'auraitelle pas poussé vigoureusement les ennemis de la foi, et remporté sur eux une glorieuse victoire » (2)?
Voilà donc une première fonction qui, pour ne pas convenir à Marie dans la forme et de la manière dont elle appartient à l'Eglise, ne lui en est pas moins siiréminemment propre (3).
III. — Tel est aussi le jugement qu'il faut porter de la seconde, je veux dire, du ministère qui nous communique et perfectionne en nous la vie surnaturelle par le saint sacrifice et par les sacrements. Assertion pourtant qui semblerait, au premier coup d'œil, être un véritable paradoxe. Quelle prééminence, en effet, pourrait bien avoir la bienheureuse Vierge sur l'Eglise du Christ, au regard des sacrements ? Sans
(i) Relatlo Epiphanii ep. Ibid., i535, i538.
(3) Conc. Nicaeii. II, Act. IV. Labbe, t. VI, p. 288, sq.
{?,) Lire sur ce sujet Abelly, cvôque de Rodez, Sentiments des SS. Pères... touchant les excellences de la Très Sainte V. M. i^Paris, i674>, p. 190, suiv.
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doute, elle a reçu, pendant sa vie mortelle, ceux dont les fruits n'étaient pas incompatibles avec sa dignité de mère et sa qualité de vierge toujours immaculée ; sans doute encore, personne ne puisa jamais comme elle à ces sources de grâce, parce que nulle préparalion de coeur n'égala jamais la science. Mais enfin ce n'est pas la vertu de ses mérites et de son sang- qui les rendent efficaces ; ce n'est pas en son nom ni par elle qu'ils sont administrés ; encore moins est-ce d'elle que la sainte Eglise les a reçus. En quel sens donc, et à quel point de vue pouvons-nous être plus redevables à la Vierge qu'à l'Eg^lise de tous les biens que les sacrements nous apportent? La réponse à cette question servira, je l'espère, à rehausser encore l'idée que nous avons de sa maternité spirituelle, sans rien enlever à l'Eglise de l'honneur et de la reconnaissance qu'elle mérite.
Je me rappelle ce mot de Bossuet parlant de la Sainte Vierge : « Première origine du sang- de Jésus, c'est de là que commence à se répandre ce beau fleuve de grâces qui coule dans nos veines par les sacrements, et qui porte l'esprit de vie dans tout le corps de l'Ég-lise «.Oui, les sacrements, si nous remontons à leur source, viennent orig-inairement de Marie. Véiité incontestable, mais qu'il faut méditer à loisir : car il en sortira cette naturelle conséquenceoùnous voulons aboutir, qu'ici, comme en tout le reste, le rôle maternel de Marie prime celui de notre seconde mère dans l'ordre de la grâce, l'Eg-lise.
Commençons par considérer la sainte Eucharistie, puisqu'elle est de tous les sacrements le plus auguste et le plus sacré. Jésus-t?Jirist avait dit à ses disciples : « En vérité, en vérité, je suis le pain vivant, descen-
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du du ciel. Le pain que je donnerai c'est ma chair. Oui niançe ma chair el qui hoit mon sang- demeurera en moi el moi en lui w (i). Celle promesse, il la réalisa dans la dernière Cène, aimanl les siens jusqu'à la fin. Prenez, mangez ; ceci est mon corps. Buvez ; car ceci est mon sang. Et parce que tous, dans la suite des âges, devaient participer à ce mystérieux banquet, il ajouta : Faites ceci en mémoire de moi (2). Voilà rEucharistie. Je n'y vois pas seulement, comme dans les autres sacrements, la vertu divine qui sanctifie les âmes, mais le principe même de la vie divine, le corps vivant el vivitiant de mon Maître, le Christ tout entier. Le Christ, dis-je, non pas seulement nourriture, mais encore victime, et nourriture, parce qu'il est victime. Car la messe est un sacrifice, et la consécralion, qui renouvelle le sacrifice de la croix, met pour nous Jésus-Christ sous la forme d'une victime immolée ; c'est ainsi qu'il nous applique les fruits de l'immolation sanglante du Calvaire et que nous le mangeons. Sacrifice vraiment digne de la majesté souveraine; banquet le seul convenable pour les enfants de Dieu .
Or, c'est ici qu'apparaît le rôle incomparable de la bienheureuse Mère de Dieu. Je ne saurais mieux l'exposer qu'en citant un passage de saint Augustin, qui s'applique merveilleusement à notre sujet. « Jésus- Christ Notre Seigneur, écrit cet illustre Père, a voulu que notre salut fûtdans son corps et dans son sang... Au commencement était le Verbe, et le Verbe était eu Dieu et le Verbe élait Dieu (3). Voilà l'aliment
(i) Joan., VI, 5i, sqq.
(2) Luc, XXII, 19.
(3) Joan,, I, I .
éternel ; celui qui nourrit et les Anges et les Vertus et tous les esprits célestes. Ils le mangent, ils s'en engraissent ; et cette nourriture, qui fait leur joie et leur rassasiement, ne diminue ni ne se consume. Mais quel homme pourrait la manger comme eux? Où est le cœur capable de la prendre ? 11 fallait donc que cet aliment devînt un lait pour être propre à nourrir les enfants que nous sommes. Mais à qui convient-il de convertir une nourriture solide en lait ? C'est la fonction propre de la mère. Ce que mange la mère est aussi mangé par l'enfant. El comme l'enfant n'est pas capable de manger le pain dans sa propre substance, que fait la mère ? Elle s'incarne ce pain ; par un mystérieux travail elle en fait du lait, et de ce lait elle alimente son enfant w (i).
Ne voyez-vous pas ici l'image fidèle de ce qu'a fait Marie pour nous, ses petits enfants ? Qui de nous pouvait se rassasier du pain des Anges, ce pain dont ils se nourrissent parla contemplation et par l'amour de la divine essence ? Et pourtant, fils de Dieu comme eux, dieux même par la grâce comme ils le sont par la gloire, il nous fallait un aliment qui répondît à notre dignité, à notre tempérament surnaturel. Le voilà ce pain des Anges, mis à notre portée par Marie (2). Pain spirituel, invisible, et par conséquent
. (i) s. Auj^uslin., Enarrat. inpsalin. XXXIII, Serm., i, n. 6. P. L. XXXVI, 3o3.
(2) Ipsum panem (mater) incarnat et per humilitatem mamillaeet lactis succum pascit infantem. S. Au^ust., /. c. « Donc, ô Mère, allaitez notre Dourrilare, allaitez le pain céleste, allaitez l'aliment des An^es ; allaitez Celui qui vous a faite pour cire fait de vous. » Cette apostrophe à la B. Vierge est de saint Maxime de Turin, ou peut-être d'un auteur très ancien dont l'œuvre aurait été publiée sous son nom. Serin. 11 de Assumpt. B. M. V . P. L. i.vii, 866. Le saint dit encore dans le sermon suivant, 2« sur l'Assomption. « Lacta, Maria, Creatorem tuum ; lacta