‹ La Mère de Dieu et la mère des hommes (volume 3)Chapitre 51 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Grandeur et multiplicilé des louanges données à Marie par les chréliens, ses enfants. — Les deux procédés, employés par les théolog-iens et les Pères pour exalter les perfections de Dieu, mis en usage pour dire les perfections de sa mère. — Considérations spéciales sur les séries d'Ave et sur la multitude des noms attribués à la Sainte Vierffe.

I. — Le dernier chapitre nous a fait admirer l'universalité du culte rendu par les enfants de la Vierg-e à leur céleste mère. C'était, avant tout, de l'universalité dans l'espace qu'il traitait. Mais l'enchaînement des idées nous a conduits à considérer encore cette même universalité sous d'autres faces. Voilà pourquoi je laisserai ces côtés du culte de Marie pour en méditer la perfection. Or, si l'on y regarde de près, la perfection d'un culte se révèle par les louang-es qu'il fait monter vers son objet. Il importe donc grandement d'étudier la nature et l'étendue des louang-es données par les chrétiens de tous les âges à la Mère de Dieu. J'ai moins la prétention de dire ici des choses nouvelles que de recueillir les idées éparses dans les Livres qui précèdent, pour les présenter dans leur ensemble et les compléter.

Lorsqu'il s'ag-it, pour eux, de glorifier les perfections divines, les théologiens, à la suite des Pères, emploient un double procédé : le procédé qu'on est convenu d'appeler démonstratif oyx rationnel ei lepro-

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cédé mystique (j). L'un met en usage les figures et les symboles, l'autre suit la voie plus abstraite de la pure raison.

Ce dernier, c'est-à-dire, le procédé rationnel, part du principe évident par lui-même que l'effet doit être éminemment contenu dans sa cause, et que l'exemplaire porte en lui toutes les beautés de ses images. Considérant donc que Dieu est le premier principe de tous les êtres, on doit affirmer universellement de sa perfection les perfections que nous trouvons en eux : la sagesse, la bonté, la justice, et les autres. C'est le premier degré de celte louange. Mais, à toute perfection créée il se mêle nécessairement des imperfections. Par conséquent, après avoir affirmé de Dieu les beautés qui se rencontrent dans les créatures, il faut nier de lui toutes les imperfections qui leur sont adhérentes ou qu'elles supposent. Et parce que nos perfections elles-mêmes sont [onjours courtes par quelque endroit, notre sagesse sujette à l'erreur, notre bonté mêlée de défaillances, notre pouvoir fini et borné ; parce que les attributs divins surpassent à l'infini les perfections créées, non seulement telles qu'elles sont réalisées dans les faits, mais telles encore que nous pouvons les concevoir, les Pères et les théologiens vont jusqu'à nier de Dieu ces mêmes perfections. Vous les entendrez dire que Dieu n'est ni bon, ni sage, ni puissant; et qu'il faut l'honorer par le silence : tant sa grandeur est au-dessus de nos conceptions et de notre langage (2).

(1) Dionys. Areop., Eoist. g, ad Tituin; Petavius, de Deo, L. 1, c. 5, D. 4. sqq. ; ThoîTiassin,, rte Deo. L. iv, c. 7. 12.

(2)« Vous me demandez, dit saint Augustin, qu'est-ce que Dieu? Ecoutez : Dieu est ineffable; il nous est infiniment plus facile de dire ce qu'il n'est pas que ce qu'il est. Vous regardez la terre, ce n'est pas Dieu vous

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Toutefois, si nous n'attribuons pas à Dieu la sag^esse, la puissance et les autres perfections dont la créature nous donne le spectacle et l'idée, ce n'est pas qu'elles ne se rencontrent point en Dieu. Elles y sont comme dans leur source, d'une manière suréminente, incompréhensible, ineffable. C'est pourquoi nous dirons de Dieu qu'il est, non pas sage ou puissant, mais sur-sage et sur-sag-esse, sur-puissant et sur-puissance, ou bien encore qu'il est le seul sage, le seul juste, le seul puissant, le seul bon. « Nemo bonus nisi solus Deiis (i); personne n'est bon que Dieu seul x, a dit Notre Seigneur. Ainsi l'Ange de l'Ecole a-t-il résumé la pensée des Pères sur la connaissance et la louange des perfections divines ; et quiconque aura parcouru leurs œuvres confessera l'impossibilité de le faire en moins de mots et plus exactement (2). L'esprit humain, dans la voie,

regardez la mer, ce n'est pas Dieu ; vous regardez tout ce qui se meut sur la terre, les hommes et les animaux, ce n'est pas Dieu. Rien de ce qui plonge au sein des eaux, rien de ce qui vole au travers des airs, n'est Dieu; tout ce qui brille au firmament, les étoiles, le soleil, la lune, le ciel lui-même, n'est pas encore Dieu. Considérez les Anges, les Vertus, les Puissances, les Archanges, les Trônes, les Dominations, vous n'avez pas vu Dieu. Et qu'est-ce donc que Dieu? J'ai pu seulement dire ce qu'il n'est pas. Vous demandez ce qu'il est? Ce que l'œil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a jamais entendu, ce qui n'est pas monté au cœur de l'homme (Cor., ii, g). Comment voulez- vous que ce qui ne n'est pas monté au cœur puisse arriver jusqu'à la langue'/ » (S. August., Enarràt. inpsal. lxxxv, n. 12. P. L. xxxvn, 1090).

(i) Luc, xvni, 19.

(a) « Secundum doctrinam Dionysii(de il/j/s^(ca theol., c. i ; de Coel- Hierarch., c. 2; de Divin. Nomin., c. 2 et 3) tripliciter ista fnempe sapiens, sapientia et hujusmodi) de Deo dicuntur. Primo quidem, affirmative^ut dicamus, Deus est sapiens ; quod quidem de Deo oportet dicere, propler hoc quod est in eo similitudo (exemplaris) sapientiae ab ipso fluentis. Quia tamen non est in eo sapienlia qualem nos intelligimus et nominamus, potest vere negari, ut dicalur, Deus non est sapiens. Rursum, quia sapientia non negatur de Deo quia ipse deficiat a sapientia, sed quia supereiiiinentius est in ipso quam dicalur aut intelligatur, ideo oportet dicere quod Deus sit supersapiens. Et sic per ipsum triplicem modum loquendi secundum quem dicitur Deus sapiens, perfecte Dionysius dat intelligere qualiter ista Deo attribuantur » S. Thom., de Potentia, q. 7, a. 5, ad 2. C'est là ce qu'il appelle, ailleurs, la voie par

ne peut s'élever plus haut. La foi, sans doute, étend l'horizon de sa connaissance; elle-même peut être plus ou moins éclairée; mais, pour avoir le mode propre de concevoir les choses divines, il faut être inondé des splendeurs de la gloire.

Venons au second procédé de connaissance et de louange. Il consiste principalement à se représenter les perfections de Dieu sous le symbole et la figure des objets sensibles et matériels. Rien de plus conforme à l'état présent de notre nature, où nous remontons des choses qui se voient et se sentent à ce qui, par sa nature, est invisible et spirituel (i). C'est ainsi que Dieu est pour nous le soleil des âmes, la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. Veut-il, dans les prophètes, nous manifester sa puissance protectrice ou vengeresse, il parle cent fois de son bras étendu. Nous lisons qu'il a des yeux à qui rien n'échappe, doux pour le juste, terribles pour les impies. Et ces expressions et d'autres du même genre sont si fréquemment employées dans les Ecritures que des hommes grossiers en prirent autrefois occasion de croire la divinité corporelle, taisant ainsi du moyen qui leur était donné de mieux la connaître, un moyen d'en méconnaître la nature et les propriétés.

C'est comme une conséquence de ces deux procédés, procédé rationnel et procédé symbolique, que les Pères et les théologiens ont expliqué la multiplication des noms divins. Dieu, dans l'éternité, n'aura qu'un nom, parce que nous y contemplerons son essence et

affirmai ion, Ja voie par négation, la voie par excès, ou suréminence ; via per affirmationem, per negationem. per excessum et supereminentiam.

(i) S. Tliom., in Sent.,D. 34, q. 3, a. i et 2; i p., q. i, a. 9, etc.

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dans cette essence toute perfection, d'un seul regard, d'une vision toujours une, éternellement la même : car la multitude des noms répond à la multitude des concepts dont les noms sont les signes. « En ce jour, a dit le prophète, il n'y aura qu'un Seigneur, et un aussi sera son nom » (i). Mais dans l'état présent de nos connaissances, où nous allons à Dieu par les perfections des créatures, il nous faut multiplier les concepts et les noms, si nous voulons nous former quelque représentation moins incomplète des choses divines. Dieu, quand il exécuta l'éternel dessein de manifester au dehors les infinies richesses de son être, en multiplia et diversifia les images qui sont les créatures, afin que ce qui manque à l'une pour cette manifestation de la divine bonté fût suppléé par une autre (2). C'est de la même manière que le nombre et la diversité des idées et des noms supplée, dans une certaine mesure, à ce que noms et représentations mentales ont de trop imparfait (3).

Ces notions préliminaires une fois posées, nous entendrons mieux la magnificence des louanges données à la Mère de Dieu ; car, on peut le dire, elles passent, toute proportion gardée, par les mêmes phases que la connaissance et la louange divine elles-mêmes, et nous Talions montrer dans le suite de ce chapitre.

Mais, avant d'entrer en matière, il convient de se pénétrer d'un principe très important, si l'on veut apprécier à sa juste valeur ce (jue les Pères et les Saints ont écrit et prêché des grandeurs de Marie. C'est que cette bienheureuse mère n'a besoin dans les

(i) Zachar., xiv, g.

(3) S. Thom., I p , q. 47, a. i.

(3j S. Thom., Gompend. TheoL, P. I, c. 24.

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éloges que nous faisons d'elle, ni de nos mensonges^ ni de nos exagérations (i). « 0 Fille de David, Mère du Seigneur et du Dieu de David, je vous saluerai par les cantiques de votre père. Ce serait une honte et comme un sacrilège de vous offrir des ornements d'emprunt à vous qui resplendissez de votre propre gloire ». Ainsi parlait déjà saint Méthode au troisième siècle (2). Si vous me dites que l'authenticité de ce discours est mise en doute, vous n'en nierez pas du moins la haute antiquité. Appuyé sur ce principe, le disciple de saint Anselme, Eadmer, refusait de faire appel aux Apocryphes, suivant lesquels un ange aurait d'avance annoncé la naissance de Marie. « L'Eglise, écrit-il, n'a pas voulu confirmer ces récits de son autorité. Elle a toujours tenu pour chose inconvenante de rien mêler de risqué aux louanges de la Mère de Dieu : car ce qui est incontestablement vrai renferme une si ample matière d'éloges que, à vouloir la glorifier selon son mérite, on fléchit comme écrasé sous le poids de ses véritables grandeurs » (3). Même pensée chez saint Bernard, dans sa fameuse lettre aux chanoines de Lyon : « La Vierge royale n'a pas besoin d'une louange mensongère, tant elle possède de titres authentiques à la gloire ; tant sont vrais les insignes de ses dignités ».

Même principe encore dans une réponse de Pierre de Celle à Nicolas, moine anglais de Saint-Alban,qui lui reprochait d'être trop avare, quand il s'agissait de louer Marie (4). H lui écrivait : « Pour en venir, à la

(i) Cf. Pelav., de Incarnat., L. xiv, i P. c.8, § 9. (2)S. Method., Serm. de Simeone et Anna.,'?. G. xvin, 369. (3J Eadmer., de Excellent. B. M. F., c, 2, P. L. clix, 56o. (4) S.Bernard., ep. 174, ad Ganonic. Lugdiin., n. a. F. L. clxxxii,

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question, vous faites sonner bien haut vos louang-es de la Vierge; et moi aussi, je lui présente les miennes. Les paroles sortent précipitées de votre bouche, et moi je dispose mon discours avec poids et mesure. Vous faites la vendang-e de votre vig-ne avant l'heure, quand les grappes sont encore aig-res ; et moi j'attends la maturité des fruits pour les servir à table. Vous glorifiez la Vierge ; et moi je la glorifie comme vous. Vous la proclamez sainte; et moi, tout autant que vous. Vous l'exaltez au-dessus des chœurs angéliques; et je le fais aussi. Elle est, dites-vous, exempte de tout péché; je l'affirme comme vous. Vous assurez qu'elle est Mère de Dieu, notre médiatrice auprès de Dieu : je ne le confesse pas moins. Quelque tour que vous donniez à votre vénération, à vos respects, je suis avec vous, je pense comme vous.

« Mais si, dédaignant la monnaie courante et de bon aloi, vous en fabriquez une autre que n'a pas été autorisée la Chaire de Pierre... je m'arrête et je me refuse à franchir imprudemment les bornes posées par l'Eglise. Je crois pourtant et je professe que Marie possède incomparablement plus de priviièg-es que nous n'en connaissons : car telle est en elle l'élévation de la grâce et de la g-loire que je ne peux y atteindre... Sachez-le, les hommag'es que nous offrons à Notre Dame doivent respirer le respect et non la flatterie, la maturité et non le jeu, la dévotion du cœur et non la verbosité » (i).

Il importe assez peu de rechercher scrupuleusement si, dans l'espèce, le saint abbé de Clairvaux et le futur évêque de Chartres firent une heureuse application du

(1) Pet. Cellensis, ep. 7J, P. L. ccii, 6^8, 633.

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principe, en combattant l'un et l'autre l'introduction d'une fête (celle de la Conception de la Vierg-e) que l'Eglise romaine n'avait pas encore adoptée. Le principe demeure, indépendamment de l'usage exagéré qu'on en peut faire. Pris dans son vrai sens, il est tout à l'honneur de Marie : car il revient à dire qu'il n'est pas besoin d'oripeaux pour celle qui s'avance en reine, parée d'un vêtement lissé d'or ef chargé de pierreries. Or, et c'est là que je voulais en venir avec cette remarque, on ne saurait admettre, après les Jansénistes (i), que tant de Pères ou de saints et savants personnages aient pu méconnaître un principe si nettement reconnu. De quelle gloire sont donc pour Marie les louanges que nous allons entendre tomber de leurs plumes et de leurs lèvres I

II. — Commençons cette étude par le procédé rationnel. Nous n'avons plus à dire comment toutes les perfections de grâce et de gloire, si largement distribuées par la divine munificence aux hommes de tous les siècles, et particulièrement aux âmes les plus favorisées entre les amis de Dieu, sont affirmées de la bienheureuse Vierge. Ce serait nous répéter sans fin. Relisez, par exemple, dans le premier volume sur la Mère de Dieu, ce que nous écrivions alors des règles^ d'après lesquelles on peut déterminer les prérogatives appartenant à la maternité divine (2), et vous en serez pleinement convaincu. Et comment Marie n'aurait elle pas, à elle seule, tous les privilèges de

(i) Dans les Avei'lissemenls salutaires nux dévots indiscrets de la S. F., ils iavilaient les chrétiens de leur temps « à ne pas imiter les Saints en leurs façons de parler extraordinaire^ et figurées en l'honneur de Marie ».

(2) I" partie, L. m, ch. 6.

eu. II. MULTITLE VARIÉTÉ DES LOUANGES 3gg

grâce partagés entre les autres, puisqu'elle participe secondairement, après son Fils Notre Seigneur, à la qualité de cause et de source des mêmes grâces.

C'est trop peu d'attribuer à Marie les perfections des autres saints : il faut ajouter à la voie à'affirmaiion celle de négation; c'est-à-dire^ écarter de celte Reine de la terre et du ciel les imperfections si communes dans la famille humaine, et celles-là mêniedont les plus grands saints ne furent jamais exempts. De là ces formules, si souvent répétées, où elle est appelée la toute pure, la toute parfaite, la toute sainte, pure, sainte et parfaite par elle-même, en tout, toujours et partout, semper et undequaque.

Et c'est là ce que signifiait aussi Denis le Chartreux dans cette prière dont je me rappelle avoir cité jadis un fragment : « 0 ma plus que très aimable et plus que très vénérée Dame..., par cela même que vous êtes devenue Mère de Dieu, vous êtes d'une dignité comme infinie. Nous ne pouvons atteindre ni votre sainteté, ni votre grandeur, ni votre gloire; indignes de vous contempler, impuissants à vous offrir des hommages égaux à votre mérite. Que ferons nous donc? Ce que nous faisons pour Dieu. De même, en effet, que nous pouvons nous former une connaissance telle quelle du Créateur à l'aide des créatures, en affirmant de lui tout ce qu'il y a de perfection et de bonté dans les choses créées, mais sans les imperfections qui les déparent ; ainsi, très douce Marie, nous vous contemplons dans les autres femmes et nous vous attribuons, à vous seule, tout ce que nous y voyons de sainteté, d'excellence et de perfection, mais dans un degré plus haut, rejetant loin de vous tout ce qu'il y a de bas, de défectueux et d'imparfait. Dans les unes brille la virginité,

mais sans la fécondité: vous, vous êtes mère et vierge, et mère de qui? Du Créateur de toutes choses... » (i). J'abrèg-e à regret un texte qui revient si directement à notre matière; d'autant plus qu'il indique assez nettement avec la voie de nég-ation les deux autres voies.

Nous l'avons vu, cette voie de nég-ation, quand il s'agit de Dieu, ne s'arrête pas là. Elle nous mène jusqu'à professer notre impuissance à concevoir les perfections divines et notre incapacité d'en parler : tellement que nous les honorons par notre silence. Or, c'est là précisément, si nous en croyons les Pères, que vont aboutir les efforts pour louer dignement les incomparables perfections delà Mère de Dieu. En voulezvous la preuve ? Reportez-vous à ce que nous avons écrit ailleurs de l'incommensurable grandeur de cette divine mère(i); et vous y verrez les Saints professer à l'envi l'impuissance où ils sont de concevoir et d'exprimer les privilèges de Marie (2). ,„

« Disons quelque chose de la louange de la très sacrée Vierge. Mais que pouvons-nous faire, nous, si petits, si faibles, si impuissants? En vérité, quand tous

(i) Dionys. Carthus., de Lande vilae solitnr., a. 9; col. de Viia et fine solitar., L. n, c. 2.

(3) Au témoiçnag'e des Livres Saints (TU Re^:. vin, 10, sqq ; II Parai., V, II, sqq.) quand, lors de la dédicace du temple, les prêtres, après avoir introduit l'arclie dans le Saint des saints, furent sortis de ce lieu redoutable, et que les léviles et les chantres, accompa^Ui's d'une infinité d'instruments, célébraient les louançes du Seigneur, « une nuée remplit la Maison de Dieu ; et les prêtres ne pouvaient plus demeurer dans le Temple, ni remplir leurs Fonctions : car la gloire du Seigneur avait rempli la maison du Seigneur ». Ne vous seinble-t il pas voir dans ce fait mémorable une figure se rapportant a Marie? Du moment que cette Vierge a reçu dans son sein la véritable arche de l'alliance, et qu'elle est devenue singulièrement la .Maison du Seigneur, on peut entonner des cantiques à son honneur; mais la gloire de Dieu (jui la couvre pour nous comme d'une nuée, arrête bientôt ce ministère de louanges, et c'est par notre silence qu'il convient de l'exalter.

(2) I" partie, L. 11, ch. 2, n. i.

cil. II. MULTIPLE VARIÉTÉ DES LOUANGES ^01

nos membres se chang-eraient en autant de langues, personne ne suffirait à l'œuvre. Elle est plus grande que la mer, celle dont nous nous efforçons de dire les louang-es : car elle a porté dans ses entrailles immaculées le Dieu que la création tout entière ne peut enserrer dans ses limites » (i).

Faut-il s'étonner que les plus illustres parmi les enfants de l'Eglise confessent ainsi leur impuissance à parler des perfections de Marie, quand l'Eglise ellemême leur a donné ^l'exemple d'un semblable aveu ? Après avoir prodigué sans mesure et sans trêve les plus magnifiques éloges à la divine Vierge, loin de penser avoir assez fait : Ouibus te laudibus efferam, nescio; je ne sais par quelles louanges vous exalter », s'écrie-t-elle enfin (2) . Et l'Eglise grecque, malgré l'enthousiasme poétique de ses pontifes et les innombrables panégyriques composés par elle à la gloire de Marie, se réfugie pareillement dans le silence :

(i) Pseudo-Augustinus, sermo 208. n. 5: col. n. 4- P- L- xxxiXj^iSo, sq. L'auteur est ou saint Fulbert de Chartres ou saint Ambroise Autpeit. Voir encore le second discours sur l'Assomption (lettre 10), n. 3, à la suite des œuvres de saint Jérôme, P. L. xxx, i44-

« Obsecro, Domina mea clarissima, si ego loquar aliquid minus dignum quam merealur dignitas tua, non milii hoc proveniat ad aiiimae detrimentum, sed obveniat ad meriti et gloriae coelestis augmentum. Scio enim, scio quia, si omnia mea membra in linguas verteren/ur, non valerem, ut dignum est, effari laudes tuas, quas sublimis gloria tuae singularis virginilatis jiromeretur. Scio, inquam, Domina mea, etiamsi omnia ossa mea passent loqui, non tamen invenirent in coelo aut in terra aliquam similem tibi. In coelo autem similis tibi nullus est, quia, si de Deo agimus, Deus major te est, et idcirco similis tui non est. Si vero de sanctis vel angelis velaliquibus crealuris, quamvis a Uco creatis, vult aliquid dicere lingua nostra, manifestum est quod omnes creaturas exccllil et praecellit dignitas tua, quia, sicut scriptum est : Exaltala es super choros angelorum ad coelestia régna. Obsecro iteium. Domina mea, millies plus quam charissima, servulos tuos qui te libenter honorant, et tibi dévote serviunt, et de te quod dignum est deccnter loquuntur, precibus tuis omnes adjuva et sustenta, conforta ab omni peccato, conserva et perdue illos ad immortaliaFilii tuigaudia «.Philippus de Harveng, abbas Bonae-spei, Ord. Praemons., in Camerac. diocesi, S. Bernardo familiaris » In Cantic. , cant. if/or(ilitates. P.h.ccm,p. 5ig.

(aj Offic. B. M. V.per annum, rcsp. i noct.

(( Lorsque nous voulons vous célébrer dig-nement, ô la plus innocente des créatures, tout genre d'éloges nous fait défaut » (i).

Les Pères et le Saints vont-ils s'arrêter à cette voie de négation et de silence ? Non : car il en est des perfections attribuées à Marie comme des perfections divines. Si nos idées, puisées dans la contemplation des perfections de la créature, sont incapables de les représenter comme il convient, ces perfections pourtant sont en Marie, mais d'une manière excellemment supérieure, ineffable. Voici donc qu'intervient le troisième degré de connaissance et de louange : ce que saint Thomas a nommé la voie par excès, la uoie de siiréminence. Nous savons ce que cela signifie, quand il s'agit d'exprimer les perfections divines. Or, on trouverait des milliers de textes où le même langage est employé pour rendre les perfections de la bienheureuse Vierge. Je rappellerai quelques-uns de ceux qui nous sont déjà connus. C'est ainsi que les Pères l'ont nommée la sur-sainte, la sur-mère, la sur-bénie, la sur-très-immaculée, la sur-pleine de grâces : témoins, par exemple, cette apostrophe de l'hymnographe saint Joseph, dans les Menées des Grecs : « 0 sur-sainte, vous avez engendré le Verbe sur-saint » (2); et cette prière tirée d'un commentaire sur le Cantique des Cantiques : « Que le sur-très-doux Crucifié nous accorde ces biens par les mérites et les intercessions de sa sur-très- suave mère, la Vierge Marie » (3).

0 Marie, lui disent-ils encore, ô Vierge, ô Mère de Dieu, vous seule êtes sainte ; vous seule, innocente;

(1) Ex Men., die 27 april... Pielas Mar. Graecor., p. 114.

(a) Ex Jfen., i3 jan,, P.G. cv, io'|8.

(3) Pes, Thesaur. novissini. Anecdol,, t. II, i p., p. 680.

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